FAZER LOGIN15 joursPOV : Ayana — Appartement de Lola, 15h00Lola était rentrée chez elle depuis quelques jours, et l'appartement avait retrouvé son visage d'avant. Le berceau blanc près de la fenêtre, le mobile d'oiseaux qui tournait lentement dans le courant d'air, cette odeur de talc et de lait tiède qui flottait dans les pièces comme une signature invisible. Élodie dormait contre l'épaule de sa mère, les poings serrés, la respiration régulière, et Lola, malgré les traits tirés par les nuits sans sommeil, affichait ce regard serein des mères qui ont traversé l'orage et savent que le calme est revenu.J'étais venue les mains chargées de fruits et de riz, comme chaque fois depuis qu'elle avait quitté l'hôpital. Je posai mes sacs dans la cuisine, préparai du thé au miel, et m'assis à côté d'elle sur le canapé. Nous bûmes en silence, bercées par le souffle ténu d'Élodie. Lola berçait doucement sa fille, les yeux mi-clos, et je la regardais faire avec un mélange de tendresse et d'admiration. Cette
28 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 07h30Un mois avait passé, et le visage d'Élodie avait changé. Elle n'était plus la petite chose fragile de la couveuse, reliée à des machines par des fils translucides. Ses joues s'étaient arrondies, ses yeux — les mêmes que ceux de Mathias, gris-bleu et profonds — suivaient les mouvements autour d'elle avec une curiosité insatiable. Elle gazouillait, attrapait les doigts qu'on lui tendait, et son sourire édenté avait le pouvoir de faire fondre toutes les angoisses.Ce matin-là, je la tenais dans mes bras, assise près de la fenêtre ouverte. Lola dormait encore dans la chambre voisine, épuisée par une nuit de coliques, et Mathias, qui avait insisté pour qu'elle se repose, était parti tôt à une réunion en me confiant sa fille. Je la berçais doucement en murmurant des paroles sans importance, consciente que cette enfant était devenue le centre de gravité d'une famille que personne n'avait vue venir.En un mois, j'avais regardé Mathi
POV : Ayana — Supermarché du quartier, 11h00J'étais sortie faire quelques courses sans autre intention que de remplir le réfrigérateur. Rien d'important, du riz, des légumes, du poisson fumé pour le dîner. Le supermarché était presque vide à cette heure de la matinée, baigné d'une lumière blanche et froide qui tombait des néons. Je déambulais dans les rayons sans me presser, savourant la banalité de l'instant comme on savoure un fruit mûr, consciente que la vie ordinaire était devenue un luxe que je n'avais pas connu depuis des mois.C'est en poussant mon chariot vers la caisse que je le vis.Il sortait du magasin, un sac à la main, et tenait la porte ouverte pour une femme brune qui riait à quelque chose qu'il venait de dire. Le même visage que j'avais connu. La même démarche, ce port de tête légèrement incliné, les yeux gris qui captaient la lumière. Il posa une main dans le dos de la femme, un geste intime, naturel, le genre de geste qu'on fait sans y penser quand on a l'habitude
59 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 08h00Un mois s'était écoulé depuis la naissance d'Élodie. Un mois de visites quotidiennes à l'unité néonatale, de biberons stérilisés, de couveuses et de regards anxieux. Un mois à regarder cette petite fille fragile prendre du poids, gramme après gramme, jusqu'à ce que les médecins annoncent enfin qu'elle pouvait rentrer chez elle. Aujourd'hui, c'était le jour du premier rendez-vous de suivi, un simple contrôle, une formalité. Mais pour Lola, c'était une montagne.Je préparai du café dans la cuisine en pensant à tout ce qui avait changé. Mathias était devenu un père attentif, presque méconnaissable. Lola, malgré la fatigue et les nuits sans sommeil, rayonnait d'une force nouvelle. Et moi, je me sentais étrangement en paix, comme si la naissance d'Élodie avait recollé les morceaux épars de notre histoire.Mon téléphone vibra. Un message de Mathias : « Rendez-vous à 10h à l'hôpital. Tu viens ? » Je répondis « Oui » sans hésiter, attrap
POV : Lola — Hôpital Universitaire, Élodie était née à midi quarante-sept.Un petit cri faible, à peine un miaulement, avait empli la salle d'accouchement. La sage-femme l'avait posée sur ma poitrine, minuscule, plissée, les poings fermés, et j'avais pleuré sans pouvoir m'arrêter. Sept mois et vingt-cinq jours de grossesse. Une prématurée qui pesait moins de deux kilos, mais qui respirait seule, qui bougeait, qui vivait.Maintenant, elle dormait dan¿s une couveuse de l'unité néonatale, reliée à des capteurs qui surveillaient son cœur, ses poumons, sa température. Je la regardais à travers la vitre, debout malgré la fatigue, une main appuyée contre la paroi transparente. Mathias se tenait à côté de moi, silencieux, les yeux rivés sur ce petit être qu'il avait failli ne jamais connaître.— Elle est belle, dit-il enfin.— Elle est minuscule.— Elle est forte. Comme sa mère.Je tournai la tête vers lui. Il regardait Élodie avec une intensité que je ne lui avais jamais vue, comme s'il déc
POV : Mathias — Appartement de Zongo, 08h00Le café était prêt quand elle sortit de la chambre, enveloppée dans un drap léger, les cheveux en bataille et les yeux encore gonflés de sommeil. Elle me sourit, ce même sourire qu'elle m'avait offert à l'aube, et s'assit à la table sans rien dire. Je posai une tasse devant elle, et elle la prit à deux mains, souffla sur le liquide brûlant.— Tu as bien dormi ? demandai-je.— Mieux que jamais.— Pas de regrets ?Elle leva les yeux vers moi, et je vis qu'ils étaient clairs, sans ombre.— Aucun. Et toi ?— Aucun.Un silence confortable s'installa, ponctué par le bruit des cuillères contre les tasses. Puis mon téléphone vibra sur la table. Un message de ma secrétaire : « Les dossiers pour la réunion de ce matin sont prêts, je vous attends à 10h. »— Il faut que je passe chez moi, dis-je en me levant. Je dois récupérer des documents avant la réunion.— Vas-y. Je t'attends.— Tu veux que je revienne ?— Oui. Quand tu auras fini.Elle se leva, m'a
PDV : Adrien Son corps se souleva. Retomba. Et puis...Tous les yeux rivés sur le moniteur.Ligne plate.Ligne plate.Mon cœur s'arrêta.Ligne...Bip.Bip.Le monde entier retint son souffle.« Bip bip bip bip. »—« ON A UN RYTHME ! » hurla l'infirmière, sa voix explosant de joie incrédule.Le mon
POV : Dr. Adrien KoffiLa mort a une odeur. Pas celle qu'on imagine, douce, paisible, éthérée. Non. La mort sent l'antiseptique, le sang, et cette chose indéfinissable que seuls ceux qui ont passé des années dans les salles d'opération peuvent reconnaître : le désespoir humain.Et en ce moment, mes
L'instant où tout s'effondre.Mon cœur se mit à battre plus vite. Un rythme sourd, primaire, viscéral. Ce genre de battement qui vient des fonds de notre cerveau reptilien, cette partie ancestrale qui sait reconnaître le danger avant même que notre conscience ne l'identifie.Instinct primaire. Quelqu
Chapitre 1 :POV : Ayana MensahLes gens disent toujours que le bonheur est une question de perspective. Que c'est une construction mentale, un choix conscient, une architecture de l'esprit.Moi, je construisais des buildings.Et ce matin-là, debout dans mon cabinet d'architecture situé au cœur du







