ANMELDENLysandraLa cour, pleine, de monde, de corps, de visages, ils sont là, tous, pour voir, pour assister, pour jouir, du spectacle, du combat, du sang, ils sont là, les deux, face à face, lui, Valdren, le roi, l'ours, la bête, et l'autre, l'amant, le noble, le blond, le passé, ils sont là, épées, nues, brillantes, dans le soleil, de l'après-midi, qui tape, qui brûle, qui éclaire, chaque, goutte, de sueur, chaque, goutte, de sang, à venir, ils sont là, et moi, je suis là, aussi, en haut, sur le balcon, avec les autres, les dames, les courtisans, ceux qui regardent, qui attendent, qui espèrent, un mort, un blessé, un vainqueur, je regarde, je suis, excitée, non, pas excitée, je ne sais pas, ce que je suis, peut-être, les deux, peut-être, rien, je ne sais plus, je ne sais pas, mon cœur, bat, fort, vite, comme un tambour, de guerre, de mort, de désir, peut-être, je ne sais pas, je ne veux pas savoir.Les lames, se croisent, une première fois, un bruit, métalliqu
LysandraLe nom, sur toutes les lèvres, un nom, que je connais, que j'ai connu, que j'ai aimé, peut-être, il y a longtemps, avant, avant tout ça, avant lui, avant Valdren, avant le palais, avant la favorite, avant, ce nom, qui revient, qui me revient, de loin, du passé, de Hauterive, un noble, un seigneur, un homme, mon premier, mon premier amour, peut-être, si ça existe, l'amour, peut-être, je ne sais plus, je ne sais pas, mais ce nom, qui résonne, qui me frappe, qui me réveille, comme un coup, comme une gifle, comme une lame, je le vois, arriver, dans la cour, sur son cheval, beau, trop beau, ses cheveux, blonds, comme les blés, ses yeux, bleus, comme le ciel, son sourire, qui me connaît, qui me reconnaît, qui m'attend, je suis à la fenêtre, je le regarde, il lève les yeux, vers moi, vers ma fenêtre, il me voit, il sourit, plus large, plus fort, comme si, rien, n'avait changé, comme si, le temps, n'était pas passé, comme si, je n'étais, pas, devenue, ce que je s
LysandraLe miroir, immense, doré, baroque, un cadeau, de lui, pour moi, je me regarde, dedans, et je vois, quoi, une femme, belle, jeune, puissante, une favorite, une reine, peut-être, la reine, je vois la reine, dans ce miroir, dans cette glace, dans ce reflet, ce n'est pas moi, c'est elle, la reine, celle que je pourrais être, celle que je serai, peut-être, un jour, bientôt, toujours, la couronne, sur ma tête, le sceptre, dans ma main, le trône, sous mes fesses, le pouvoir, dans mon sang, la peur, partout, dans mes veines, dans mes os, dans mon cœur, la peur, de quoi, de tout, de rien, de moi, de ce que je pourrais devenir, de ce que je deviendrai, peut-être, sûrement, la reine, moi, reine, cette chose, cette femme, cette puissance, ça me terrifie, ça me glace, ça me tue, un peu, beaucoup, à petit feu.Je recule, d'un pas, de deux, le miroir, me regarde, toujours, cette femme, dedans, qui me ressemble, qui n'est pas moi, qui me juge, qui m'attend, qui
LysandraLa musique, elle emplit la grande salle, des violons, des tambours, des flûtes, des sons qui se mêlent, qui tournent, qui enivrent, les corps, partout, des corps qui dansent, des corps qui boivent, des corps qui s'enlacent, la fête, la grande fête, pour célébrer, quoi, je ne sais plus, une victoire, une alliance, une naissance, peu importe, ce n'est qu'un prétexte, pour la décadence, pour l'excès, pour l'oubli, je suis là, au milieu, ma robe, de soie rouge, transparente, presque rien, mes cheveux, défaits, ma peau, couverte de bijoux, de perles, de diamants, de choses qui brillent, qui pèsent, qui cachent, qui révèlent, je bois, du vin, rouge, comme le sang, comme ma robe, comme mes lèvres, je ris, de quoi, je ne sais pas, de tout, de rien, de ce monde, de cette cour, de ces gens, de moi.Les mains, partout, sur moi, des mains d'hommes, des mains de femmes, des mains qui veulent, qui prennent, qui touchent, je les laisse, je ne sens rien, ou si p
LysandraLe collier, ce cercle de fer, autour de mon cou, depuis si longtemps, depuis toujours, je ne le sens plus, je ne le vois plus, il fait partie de moi, comme une cicatrice, comme une marque, comme une chaîne, ce soir, il est là, devant moi, Valdren, agenouillé, devant moi, ses mains, qui tiennent une clé, petite, dorée, elle brille, dans la lumière des bougies, il la regarde, puis il me regarde, ses yeux, ces yeux gris, pleins de quelque chose, de tendresse, de peur, d'espoir, d'amour, peut-être, si un roi peut aimer.— Je vais l'enlever.Sa voix, basse, solennelle, je ne bouge pas, je ne comprends pas, l'enlever, enlever quoi, le collier, le fer, la marque, la chaîne, la servitude, il veut me libérer, il veut me rendre ma liberté, cette chose que je n'ai jamais eue, cette chose que je ne connais pas, cette chose qui me fait peur, plus peur que la mort, plus peur que tout.— Je vais briser ton collier, te rendre libre, tu pourras
Lysandra Les tambours, je les entends avant de voir quoi que ce soit, ce roulement sourd, ce battement de guerre, ce son qui fait trembler les vitres, je suis dans ma chambre, je regarde par la fenêtre, la cour s'emplit, des chevaux, des soldats, des bannières, et lui, au centre, sur son cheval noir, je le vois de loin, sa silhouette, immense, inoubliable, mais quelque chose ne va pas, quelque chose cloche, il penche, légèrement, vers la gauche, sa main presse son flanc, du sang, je le vois, même d'ici, ce rouge sombre, cette tache qui s'étale, qui grandit, qui coule entre ses doigts. Je descends, les escaliers, quatre à quatre, mes pieds nus claquent sur la pierre, je ne sens rien, ni le froid, ni la douleur, rien, que cette urgence, cette peur, cette chose qui me serre la gorge, j'arrive dans la cour, la foule s'écarte, les soldats baissent les yeux, je marche, vers lui, il est descendu de cheval, il tient à peine debout, deux gardes l







