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Chapitre 28

Author: lerougeecrit
last update publish date: 2026-06-20 01:00:13

Vincenzo

Venise en décembre n'était pas une promesse de romance ; c'était un linceul de marbre et de givre.

Depuis la proue du bateau privé qui fendit les eaux noires du Grand Canal, je fixais la brume — ce givre épais qui rampait sur la lagune, avalant les palais baroques et les poteaux d'amarrage usés par le sel. L'humidité viciée de la mer Adriatique se mêlait au froid de la nuit vénitienne. C'était un froid tranchant, une lame de rasoir qui s'e

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  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 28

    VincenzoVenise en décembre n'était pas une promesse de romance ; c'était un linceul de marbre et de givre.Depuis la proue du bateau privé qui fendit les eaux noires du Grand Canal, je fixais la brume — ce givre épais qui rampait sur la lagune, avalant les palais baroques et les poteaux d'amarrage usés par le sel. L'humidité viciée de la mer Adriatique se mêlait au froid de la nuit vénitienne. C'était un froid tranchant, une lame de rasoir qui s'engouffrait sous mon pardessus en cachemire noir et mordait la peau de mon cou avec une insistance presque obscène. Autour de nous, les façades des édifices séculaires ressemblaient à des spectres figés, des géants de pierre s'effritant sous le poids des siècles et des secrets qu'ils protégeaient.Mais l'hiver m'importait peu. Les morsures du gel, la nuit d'encre, l'hostilité latente de cette ville bâtie sur des abîmes... tout cela s'effaçait. Mon attention, mon oxygène, toute l'intensité

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 27

    AvaL’odeur entêtante de l’antiseptique et du cuir synthétique froid flottait dans la pénombre de la clinique privée. Une adresse d’un anonymat absolu, presque sépulcral, nichée sur les hauteurs escarpées de Posillipo, loin de la rumeur étouffante des ruelles de la basse ville et des regards obliques des balances du port. Ici, le silence et la discrétion s’achetaient à coups de liasses de billets de banque non traçables, une règle d’or absolue pour quiconque avait le privilège ou la malédiction de porter le nom de De Luca.Allongée sur la table d’examen en acier inoxydable, je gardais les yeux désespérément rivés sur les fissures du plafond de plâtre blanc, tentant de réguler le rythme de mon souffle. Le gel d’imagerie qu’on venait de m'étaler sur le bas-ventre était glacial, une morsure chimique qui contrastait douloureusement avec la température de ma peau. À mes côtés, Vincenzo se tenait debout. Immobile. Une mass

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 26

    VincenzoLe silence qui s’abattait sur Naples ce soir-là n’était qu’une trêve de façade, une ruse de cette putain de ville pour mieux nous saigner au tournant. C’était ce genre de calme lourd, poisseux, saturé par les effluves de soufre et de marée basse qui remontaient du port, une atmosphère suspendue qui précède invariablement les grands massacres ou les orages d’été. Mais pour la première fois depuis des mois, la tempête ne grondait pas à l’intérieur de mes propres murs. Mes verrous étaient tirés. Les sentinelles étaient en place dans la pénombre des jardins, le doigt sur la détente. Le domaine n'était plus un avant-poste militaire ou un tribunal improvisé ; il était redevenu mon sanctuaire de marbre noir.Depuis notre retour de la villa Bellini, les eaux de la baie semblaient s'être apaisées, lissées par une pellicule sombre et protectrice. Ma démonstration de force aux côtés d'Ava face à Alfonso Bellini, ce vieux débris d’aristocrate qui lui servait de grand-père, avait eu l'eff

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 25

    AvaLe fracas de l’écume contre la coque en fibre de carbone résonnait jusque dans mes os. Chaque secousse arrachant un gémissement silencieux à ma gorge serrée, une vibration sourde qui se mêlait au hurlement rauque des moteurs jumeaux. L’aube sur le golfe de Naples n’avait rien d’une promesse ce matin. Elle s’étirait en traînées d’un rose violacé, une traînée de sang séché qui déchirait l’obscurité avec une lenteur cruelle, presque obscène. L’air empestait le sel, l’iode et le kérosène brûlé, un parfum de fuite et de fin du monde.Je gardais les yeux rivés sur la ligne d’horizon, là où la mer Tyrrhénienne épousait le ciel dans un flou de brume saline. Je refusais, par pur instinct de survie, de croiser le regard de l’homme assis en face de moi.Vincenzo.Il était là, immobile au centre du tumulte, une divinité païenne taillée dans le granit et le silence. Une vague plus violente que les autres souleva le puissant hors-bord avant de le rabaisser brutalement contre la surface de l’eau

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 24

    VincenzoLe vent de la mer Tyrrhénienne s'engouffrait par les hautes fenêtres ouvertes du grand bureau, apportant avec lui une fraîcheur iodée, presque coupante, qui ne suffisait pas à refroidir l'atmosphère pesante de la pièce. L’air de Naples sentait l’orage, ce goût de soufre et de sel qui précède les grands cataclysmes.Je me tenais debout, immobile devant les baies vitrées, observant les lueurs lointaines du port qui clignotaient comme les derniers feux d'un empire en sursis. Mes mains étaient enfoncées dans les poches de mon pantalon de costume noir, mes épaules tendues sous le tissu.Derrière moi, le silence n'était brisé que par le bruissement discret des feuillets que Matteo manipulait. Il venait de terminer son rapport sur le transfert des fichiers originaux vers notre coffre-fort de la banque de Lugano. Valenti avait plié. Il avait rampé sous la menace, exactement comme il le f

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 23

    AvaL’air de la galerie possédait cette neutralité stérile, propre aux cubes blancs destinés à sanctifier l'art. Une odeur de peinture fraîche, de vernis à retoucher et de cire d'abeille flottait sous les hauts plafonds, un espace de lumière et de silence que Vincenzo m’avait offert pour en faire mon royaume. Ici, au cœur de la Galerie Ava Bellini, le sang de Naples ne coulait pas.Mes talons aiguilles claquaient sur le béton ciré, un bruit sec, métronomique, qui trahissait l'électricité nerveuse parcourant mes veines depuis l'aube. Vincenzo m’avait ordonné de rester cloîtrée au manoir. Il avait exigé une captivité dorée entre les murs de sa forteresse, sous l'œil lourd et protecteur de ses soldats.Mais le Parrain De Luca, malgré toute sa prescience et la terreur qu'il insufflait à cette ville, oubliait une chose fondamentale : je n’avais pas survécu à l’enfer, aux humiliations, ni à la folie obsessionnelle de Michaël pour me transformer aujourd'hui en une madone silencieuse, recluse

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