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CHAPITRE 7 – La panne

Auteur: L'encre
last update Date de publication: 2026-07-08 06:10:00

L’air était frais, humide. Le vent s’était levé et faisait danser les feuilles mortes sur la chaussée. On sentait la pluie arriver. Une goutte s’écrasa sur son front, puis une autre. Élise releva le col de sa veste en jean et ouvrit le capot. Elle n’y connaissait rien en mécanique. Son père disait toujours qu’il fallait savoir changer une roue et vérifier le niveau d’huile, mais elle n’avait jamais écouté. Elle regardait le moteur comme on regarde une langue étrangère, avec l’espoir absurde que les mots finiraient par former un sens. Tuyaux, câbles, pièces métalliques noires de graisse. Le moteur fumait légèrement. Ou peut-être que c’était de la vapeur. Elle n’en savait rien.

C’est à ce moment-là qu’elle vit la voiture.

Derrière elle, à une centaine de mètres, une forme sombre qui approchait lentement. Trop lentement. Élise plissa les yeux, la main en visière pour se protéger de la pluie qui commençait à tomber sérieusement. La voiture roulait au pas, tous feux éteints. Elle distinguait mal la marque, le modèle. Une berline, grosse, foncée. Noire probablement.

Le cœur d’Élise se serra. Elle pensa à la silhouette près du portail, aux nuits où elle avait cru sentir un regard dans son dos, à cette impression lancinante, ces dernières semaines, d’être suivie. La voiture se rapprochait. Elle n’allumait toujours pas ses phares. La pluie redoublait, crépitant sur le capot, sur la route, sur ses épaules.

La berline ralentit encore. Presque à sa hauteur maintenant. Élise se tenait debout devant sa voiture, figée, la clé à la main. Elle ne savait pas quoi faire. Courir ? S’enfermer dans l’habitacle ? Crier ?

La berline s’arrêta.

Un long moment de silence, juste la pluie. Les vitres de la voiture étaient teintées, opaques. Élise ne voyait rien à l’intérieur. Elle serra son téléphone dans sa poche, comme si cet objet inutile pouvait encore la protéger.

Puis la berline redémarra.

Elle s’éloigna lentement, comme à regret, ses pneus chuintant sur la chaussée mouillée. Élise la regarda disparaître au tournant, le cœur au bord des lèvres. Elle ne savait pas ce qui venait de se passer. Un automobiliste prudent ? Un voisin qui hésitait à s’arrêter ? Ou autre chose, quelque chose qu’elle refusait de nommer parce que le nommer, c’était déjà lui donner prise.

Elle resta là, sous la pluie, le temps que ses jambes cessent de trembler. Elle était trempée maintenant, ses cheveux collés aux tempes, sa veste en jean trop mince pour la protéger. Elle regarda le moteur inerte, la route déserte, le ciel noir.

Et puis elle entendit un autre bruit.

Un moteur, encore. Pas celui d’une berline. Quelque chose de plus modeste, de plus mécanique. Un deux-roues. Le bruit se rapprochait, pétaradant dans la nuit. Un phare jaune unique troua l’obscurité, tremblotant sur la chaussée défoncée. Une moto. Une vieille Honda 125 qui fumait en ralentissant.

Élise retint son souffle.

La moto s’arrêta à sa hauteur. Le pilote coupa le moteur, bascula la béquille, descendit. C’était un garçon jeune, à peine plus âgé qu’elle, vêtu d’un pantalon de travail taché de graisse et d’un blouson en cuir élimé. Il n’avait pas de casque. Ses cheveux bruns étaient plaqués par la pluie sur son front. Il avait des mains larges, des épaules solides, et des yeux sombres qui la regardaient avec une intensité calme.

Il ne souriait pas. Il ne posa pas de questions idiotes. Il regarda le capot ouvert, la voiture arrêtée, la jeune fille trempée sur le bas-côté, et il dit simplement :

— Problème de carburateur, je parie.

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