LOGINTout s’embrouille dans ma tête.
Épouse-moi.
Je ferme les yeux brusquement.
— Non…
Le mot m’échappe à voix basse, presque comme une prière.
C’est absurde. Complètement absurde.
Je passe une main sur mon visage, essayant de me ramener à quelque chose de concret, de rationnel.
— Ce n’est pas une solution…
Ce n’est pas une solution… c’est un piège.
Je me laisse finalement tomber sur le lit, le regard perdu dans le vide. Mon corps proteste légèrement, une douleur sourde me rappelant à la réalité.
Tu n’as plus rien…
Ses mots reviennent.
Je serre les dents.
— J’ai encore ma mère.
Mon téléphone se met à vibrer sur la table de nuit.
Je sursaute légèrement.
L’écran s’allume.
Papa.
Mon cœur se serre immédiatement.
Je décroche sans réfléchir.
— Papa ?
— Elena…
Je me redresse aussitôt.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Ta mère…
Mon souffle se bloque.
— Elle a fait un malaise ce matin.
Le monde vacille légèrement.
— Quoi ?
— Elle est à l’hôpital.
Je me lève d’un bond malgré la douleur.
— Dans quel hôpital ? Je viens tout de suite !
— Non, attends—
— Papa, dis-moi où elle est !
Ma voix tremble maintenant, incontrôlable.
Il finit par me donner le nom.
Je ne réfléchis pas.
— J’arrive.
Je raccroche sans attendre.
Mes mains tremblent alors que j’attrape mes vêtements. Je m’habille en vitesse, chaque geste précipité, désordonné.
Ce n’est pas possible… pas maintenant…
Je quitte la chambre presque en courant.
Le trajet me semble interminable.
Chaque minute est une torture. Mes doigts serrent mon téléphone à s’en faire mal, comme si j’attendais qu’il vibre à nouveau, qu’on m’annonce que tout va bien.
Mais rien.
Enfin arrivé, je parcours les couloirs à la recherche de la bonne chambre. Je demande à une infirmière, puis à une autre, jusqu'à ce qu'on me pointe la direction. Sans hésiter, je pousse la porte sans même frapper.
— Maman !
Elle est là, allongée, pâle. Beaucoup trop pâle.
Mon cœur se serre violemment.
— Elena… murmure-t-elle faiblement.
— Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi m’as tu dis que c’est un simple rhume, ce matin ?
Elle détourne légèrement le regard.
— Je ne voulais pas t’inquiéter…
— Tu aurais dû !
Ma voix se brise.
— Tu aurais dû me le dire !
Elle serre faiblement mes doigts.
— Regarde-moi… je vais bien.
— Non.
Je secoue la tête.
— Non, tu ne vas pas bien.
Je me tourne vers mon père.
— Qu’est-ce qu’elle a exactement ?
Il hésite.
Et ce simple geste me terrifie.
— Papa.
Il passe une main sur son visage.
— Son cœur est affaibli… ils doivent l’opérer.
— Quand ?
— Dès qu’on aura l’argent.
Je le fixe.
— Comment ça… “dès qu’on aura l’argent” ?
Il détourne le regard.
— L’opération est coûteuse, Elena.
Je sens quelque chose se fissurer en moi.
— Mais… on peut payer, non ?
Il ne répond pas.
— Papa…
Ma voix est plus basse maintenant.
— Dis-moi qu’on peut payer.
— Non.
Le mot me coupe le souffle.
Je recule légèrement.
— Non… ce n’est pas possible…
— L’entreprise est en difficulté, tu le sais.
— Mais pas à ce point !
Il ne répond pas.
Et ce silence est une réponse.
Je ferme les yeux.
Vittorio…
Non.
Je secoue la tête.
— On peut trouver une solution.
Ma voix devient plus urgente.
— Un prêt, des investisseurs, n’importe quoi—
— Personne ne veut prendre ce risque.
La réalité me frappe de plein fouet.
Je tourne lentement la tête vers ma mère.
Elle me regarde calmement, comme si elle s’était déjà résignée.
— Ne t’inquiète pas, murmure-t-elle. On trouvera une solution.
Je serre sa main plus fort.
— Oui…
Mais ma voix manque de conviction.
On n’a pas de solution…
Et dans ce silence, une pensée me revient.
“Je peux payer l’opération.”
Je ferme les yeux.
— Elena ?
La voix de ma mère me ramène.
Je rouvre les yeux.
— Oui ?
— Tu es sûre que tout va bien ?
Je force un sourire.
— Oui… je suis juste fatiguée.
Elle m’observe quelques secondes comme si elle cherchait à lire en moi.
Puis elle hoche légèrement la tête.
— Rentre te reposer.
Je secoue la tête.
— Je reste.
— Non.
Sa voix est douce, mais ferme.
— Tu reviendras demain.
Je baisse les yeux. Je sais qu’elle a raison mais partir me semble impossible.
Finalement, je me penche et embrasse son front.
— Je reviens demain.
— Je t’attendrai.
Je serre sa main une dernière fois avant de me redresser.
Mon père m’accompagne jusqu’à la porte.
— Elena…
Je m’arrête.
— Je suis désolé.
Je ferme les yeux une seconde.
— Combien ? demandé-je finalement.
Il hésite.
— Papa.
Je le fixe.
— Dis-moi combien.
Il passe une main sur son visage, visiblement accablé.
— Un million.
Le monde se fige.
— Un… quoi ?
— Un million d’euros.
UN MILLION.
Je laisse échapper un rire bref, nerveux.
— Tu plaisantes…
Mais son regard ne change pas.
Et je comprends, ce n’est pas une blague. C’est réel.
Je secoue la tête, cherchant une issue, une faille, n’importe quoi.
— Mais… on peut trouver… on peut—
Je m’interromps.
Parce que même moi, je n’y crois pas.
Mes mains tremblent légèrement. Je sors mon téléphone, ouvre mes comptes.
Trois cent mille.
C’est tout ce qu’il me reste. Je payais tout pendant mon mariage avec Matteo en dehors de ses mondanités. C’est tout ce que j’ai pu économisé.
Je fixe le chiffre.
Trois cent mille…
Je serre les dents.
— Ce n’est pas suffisant…
Ma voix est à peine audible.
Derrière moi, ma mère respire difficilement. Chaque souffle est une lutte.
Et moi…
Je ne peux rien faire.
Rien.
Le silence s’installe.
Et dans ce silence…une voix revient.
“Je peux régler tous tes problèmes.”
Je ferme les yeux.
Non…
“Je peux payer l’opération.”
Ma respiration se bloque.
“Épouse-moi.”
Je rouvre les yeux brusquement.
Mon cœur bat trop vite.
Tu n’as pas le choix.
Je me tourne lentement vers la fenêtre.
La nuit est tombée.
Et avec elle…
Toutes mes illusions.
Je compose le numéro.
Il décroche immédiatement.
— Oui.
Sa voix est exactement la même comme s’il attendait cet appel.
Je déglutis.
— Votre offre…
Un silence.
— Est-elle toujours valable ?
— Oui.
Je ferme les yeux une seconde.
Puis :
— J’accepte.
Le mot me brûle mais je ne reviens pas dessus. Un léger silence.
— Bien.
Je serre le téléphone.
— J’ai une condition.
Cette fois, il marque une pause.
— Je t’écoute.
Ma voix devient plus ferme.
— Je veux un million d’euros. Maintenant.
Un silence.
Je retiens ma respiration.
— C’est déjà fait.
Je fronce légèrement les sourcils.
— Quoi ?
Une vibration.
Bzz.
Je baisse les yeux vers mon téléphone.
Notification bancaire.
Je l’ouvre.
Mes doigts tremblent.
+ 1 000 000 €
Mon cœur s’arrête.
— Comment… ?
— Je t’ai dit que je pouvais régler tes problèmes.
Sa voix est calme. Comme si ce n’était rien. Comme si un million n’était qu’un détail. Je reste sans voix quelques secondes.
— Je passe te récupérer, ajoute-t-il.
— Non.
Je secoue la tête, même s’il ne peut pas me voir.
— Pas maintenant.
Je raccroche. Je n’ai ni le temps, ni le luxe de réfléchir.
Je me retourne vers le médecin.
— Docteur !
Il relève les yeux, surpris.
— Oui ?
Je m’approche rapidement.
— Vous pouvez faire l’opération. Maintenant.
— Madame, comme je vous l’ai expliqué—
— J’ai l’argent.
Le silence tombe.
— Tout.
Il me fixe, incrédule.
— Vous êtes certaine ?
Je lui montre mon téléphone.
— Oui.
Il regarde l’écran.
Puis moi.
Et son regard change.
— Très bien.
Tout s’accélère.
Les portes du bloc opératoire se referment devant moi.
Elle va s’en sortir…
Je m’accroche à cette pensée.
Je n’ai plus que ça.
— Elena…
La voix de mon père me tire brusquement de mes pensées.
Je me tourne vers lui.
Il me regarde… différemment.
Ses yeux glissent sur moi, sur mon téléphone, sur mon sac : calculateur.
—J’ai bien fait de te marier à Matteo. Grâce à lui, nous sommes sauvés.
Mon estomac se noue.
—Tu te trompes, moi et Matteo sommes séparés.
—QUOI ?
—Tu as bien entendu, papa.
— Où est-ce que tu as trouvé cet argent ?
Je ne réponds pas tout de suite.
— Ça ne te regarde pas.
Il fronce les sourcils.
— Je suis ton père.
— Justement.
Ma voix est plus froide.
Plus tranchante.
— Tu devrais te demander comment on en est arrivés là.
— Elena, je te parle sérieusement.
Il s’approche.
— Si tu as réussi à débloquer une telle somme, on pourrait—
— Non.
Je le coupe immédiatement.
— On ne pourrait rien du tout.
Il serre les dents.
— Fais attention à ton ton.
Un rire amer m’échappe.
— Mon ton ?
Je le regarde droit dans les yeux.
— Tu veux vraiment parler de mon ton ?
Ma voix tremble de colère.
— Maman est là, entre la vie et la mort, et tout ce qui t’intéresse, c’est l’argent ?
— Ce n’est pas ce que j’ai dit !
— C’est exactement ce que tu es en train de faire !
Le silence devient électrique.
— Tu as tout détruit.
Les mots sortent sans que je puisse les retenir.
— L’entreprise. Notre vie. Elle.
Je désigne la porte du bloc.
— Tout ça pour quoi ? Ton ego ? Tes jeux ?
Son visage se durcit.
— Tu ne comprends pas—
— Non, c’est toi qui ne comprends pas !
Ma voix claque dans le couloir.
Quelques regards se tournent.
Je m’en fiche.
— Elle t’a aimé toute sa vie. Et toi, tu l’as laissée tomber.
— Ça suffit !
Sa main se lève.
Je la vois.
Je n’ai pas le temps de réagir.
Mais elle ne m’atteint jamais.
Une autre main l’arrête.
Je relève lentement les yeux.
Et je le vois.
Vittorio De Santis.
Il est là, derrière moi. Sa main retient celle de mon père sans le moindre effort apparent.
Son regard est calme mais terrifiant.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
Mon père se fige.
— Qui êtes-vous pour—
Il s’interrompt.
Parce qu’il vient de comprendre.
Son visage pâlit légèrement.
— Monsieur… De Santis…
Vittorio ne le regarde même pas.
Son attention est entièrement tournée vers moi.
— Elena.
Mon cœur rate un battement.
Qu’est-ce qu’il fait ici… ?
Je déglutis.
— Comment… ?
Il relâche lentement le bras de mon père. Puis il s’avance jusqu’à se tenir juste devant moi. Sa présence est écrasante.
— Je t’avais dit que je viendrais te chercher.
Je n’arrive pas à retrouver le sommeil.Le lit était pourtant immense, confortable, presque trop parfait, mais mon corps refusait de se calmer. Je me tournais encore et encore, sans réussir à trouver une position supportable. Mon esprit, lui, était bien trop bruyant pour céder au sommeil.Au bout d’un moment, je me rendis compte que j’avais très soif. Je n’ai rien mangé depuis ce matin/ Je ame suis redressée lentement en me disant que trouver la cuisine dans une maison même aussi grande ne devait pas être sorcier.Dès que j’ai quitté la chambre, le silence du palais m’a avalée.Les couloirs semblaient infinis, tous identiques, tous trop grands, tous baignés dans cette même lumière froide et élégante qui rendait impossible toute orientation. Très vite, je ne savais déjà plus d’où je venais.Je me suis arrêtée.J’ai essayé de revenir sur mes pas.Mais chaque couloir se ressemblait.Chaque porte aussi.Je m’étais perdue.Je me suis mordue la lèvre, essayant de garder mon calme.— Très bi
— Il est temps pour toi d’aller te reposer. Demain sera une journée chargée.La voix de Vittorio ne laissait aucune place à la discussion.Je l’ai regardé un instant, puis j’ai acquiescé.— D’accord.Mon corps de toute façon n’aurait pas suivi davantage. La fatigue n’était plus seulement physique, elle était devenue lourde, diffuse, comme si chaque émotion de la journée s’était déposée en moi sans jamais repartir.Je me suis levée.C’est au moment où je me suis retournée que cela s’est produit.Mon épaule a frôlé son thorax.Un contact bref, presque insignifiant. Pourtant, quelque chose a traversé l’air, une sensation étrange que je n’ai pas su expliquer. J’ai reculé immédiatement, comme si ce geste avait franchi une limite invisible.Vittorio a légèrement réagi, une surprise discrète dans le regard, mais rien de plus. Comme si même cela ne méritait pas d’être commenté.Je me suis reprise, plus froide que je ne l’aurais voulu.Il m’a alors conduite vers ma chambre.Vittorio avance dev
— Entre, dit-il, et son ton coupe net toute hésitation.Je prends une inspiration et obéis. Le hall est immense, noir et brillant, comme un tombeau de richesse. Des lustres en cristal projettent des reflets sur le marbre, et des œuvres d’art que je n’oserais même pas toucher décorent les murs. Tout ici respire le contrôle et le pouvoir.— Où suis-je…?Vittorio s’avance, et à chaque pas, son aura m’enveloppe. Les hommes derrière nous se déplacent silencieusement, ajustant leur position, comme s’ils étaient une extension de lui.— Tu te demande pourquoi tu n’es jamais venu ici alors que tu a été marié à mon fils pendant tant d’année, n’est-ce pas ? demande-t-il, sa voix glaciale mais parfaitement articulée.Je secoue la tête.— Euh.... Matteo… il m’a toujours parlé de vous avec fierté, mais vous êtes… absent. Toujours.Il incline légèrement la tête, évaluant mes mots.— Il est mon fils, mais je n’ai jamais été là pour lui. Et maintenant, il est temps que tu comprennes… ce que signifie ê
Je déglutis, essayant de reprendre contenance.— Vous n’étiez pas obligé de venir, dis-je finalement, en soutenant son regard.— Si.Je serre légèrement les doigts autour de mon téléphone.— J’avais dit que j’allais vous rappeler.— Tu l’as fait.Il incline légèrement la tête.— Et tu as accepté.Ses yeux ne quittent pas les miens. Un frisson me traverse malgré moi.Derrière moi, mon père tente de reprendre contenance.— Elena… qu’est-ce que ça veut dire ?Je ferme les yeux une seconde.Pas maintenant…Mais il insiste.— Cet homme… qu’est-ce qu’il fait ici ? Et cet argent—— Ça suffit. Claqua ma voix, plus sèche que je ne l’aurais voulu.Je me tourne vers lui, le regard dur.— Tu n’as plus le droit de me poser des questions.Il reste figé.— Je suis ton père.— Et moi je suis celle qui vient de sauver ta femme.Le silence tombe brutalement entre nous. Je le fixe sans détour.— Alors non… tu n’as plus aucun droit sur moi.Ses traits se crispent, mais il ne répond pas. Peut-être parce q
Tout s’embrouille dans ma tête.Épouse-moi.Je ferme les yeux brusquement.— Non…Le mot m’échappe à voix basse, presque comme une prière.C’est absurde. Complètement absurde.Je passe une main sur mon visage, essayant de me ramener à quelque chose de concret, de rationnel.— Ce n’est pas une solution…Ce n’est pas une solution… c’est un piège.Je me laisse finalement tomber sur le lit, le regard perdu dans le vide. Mon corps proteste légèrement, une douleur sourde me rappelant à la réalité.Tu n’as plus rien…Ses mots reviennent.Je serre les dents.— J’ai encore ma mère.Mon téléphone se met à vibrer sur la table de nuit.Je sursaute légèrement.L’écran s’allume.Papa.Mon cœur se serre immédiatement.Je décroche sans réfléchir.— Papa ?— Elena…Je me redresse aussitôt.— Qu’est-ce qu’il y a ?— Ta mère…Mon souffle se bloque.— Elle a fait un malaise ce matin.Le monde vacille légèrement.— Quoi ?— Elle est à l’hôpital.Je me lève d’un bond malgré la douleur.— Dans quel hôpital
Quand je rouvre les yeux, tout est silencieux.Le plafond blanc au-dessus de moi me semble étranger. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis. L’odeur antiseptique, la lumière trop nette, le léger bourdonnement d’un appareil quelque part dans la pièce… tout me revient d’un coup.L’hôpital.Ma gorge est sèche. J’essaie d’avaler, mais le geste est douloureux. Mon corps est lourd, engourdi, comme si chaque muscle refusait de m’obéir. Lentement, je tourne la tête.Mes vêtements sont posés sur une chaise. Mon sac est là aussi.Je ferme les yeux un instant, mais les images reviennent aussitôt. La chambre. Matteo. Son regard. Ses mots.“Avec toi… je me sens étouffé.”Une pression se forme dans ma poitrine, mais aucune larme ne vient. C’est comme si quelque chose en moi s’était vidé en même temps que… le reste.Ma main glisse lentement sur le drap, jusqu’à mon ventre.Je m’arrête avant de le toucher.Un frisson me traverse.Il n’y a plus rien.Je retire ma main brusquement, com







