Se connecterJe déglutis, essayant de reprendre contenance.
— Vous n’étiez pas obligé de venir, dis-je finalement, en soutenant son regard.
— Si.
Je serre légèrement les doigts autour de mon téléphone.
— J’avais dit que j’allais vous rappeler.
— Tu l’as fait.
Il incline légèrement la tête.
— Et tu as accepté.
Ses yeux ne quittent pas les miens. Un frisson me traverse malgré moi.
Derrière moi, mon père tente de reprendre contenance.
— Elena… qu’est-ce que ça veut dire ?
Je ferme les yeux une seconde.
Pas maintenant…
Mais il insiste.
— Cet homme… qu’est-ce qu’il fait ici ? Et cet argent—
— Ça suffit. Claqua ma voix, plus sèche que je ne l’aurais voulu.
Je me tourne vers lui, le regard dur.
— Tu n’as plus le droit de me poser des questions.
Il reste figé.
— Je suis ton père.
— Et moi je suis celle qui vient de sauver ta femme.
Le silence tombe brutalement entre nous. Je le fixe sans détour.
— Alors non… tu n’as plus aucun droit sur moi.
Ses traits se crispent, mais il ne répond pas. Peut-être parce qu’il sait que j’ai raison. Peut-être parce qu’il n’a plus d’arguments.
Je me détourne de lui avant qu’il ne puisse dire autre chose.
— L’opération va durer combien de temps ? demandé-je à voix basse, presque pour moi-même.
— Plusieurs heures. Répondit Vittorio.
Je tourne la tête vers lui.
— Les meilleurs chirurgiens sont déjà en place, ajoute-t-il calmement. Elle est entre de bonnes mains.
Je hoche lentement la tête.
Bien sûr… tu as déjà tout organisé…
— Je veux rester jusqu’à ce qu’elle sorte du bloc, dis-je après un court silence.
Il m’observe quelques secondes, comme s’il évaluait cette demande.
— Non.
Je fronce immédiatement les sourcils.
— Pardon ?
— Tu viens avec moi.
— Ma mère est en train de se faire opérer !
— Et rester ici ne changera rien à l’issue de cette opération.
— J’ai besoin d’être là.
— Non.
Il s’approche légèrement.
— Tu as besoin de comprendre dans quoi tu viens de t’engager.
Je reste silencieuse. Mon cœur bat plus vite.
— Et ça ne se fera pas dans ce couloir.
Si je pars maintenant… Une culpabilité sourde remonte en moi.
— Je ne peux pas la laisser.
— Tu ne la laisses pas.
Sa voix se fait plus basse.
— Tu viens de lui donner une chance de vivre.
Je ferme les yeux une seconde. Il a raison et c’est précisément ce qui me fait le plus mal. Je rouvre les yeux lentement.
— Si quelque chose arrive—
— Rien n’arrivera.
— Vous êtes vraiment sûr de vous.
— Toujours.
Cette certitude m’agace autant qu’elle me déstabilise. Je passe une main dans mes cheveux, essayant de reprendre le contrôle.
— Donnez-moi cinq minutes.
— Trois.
Je laisse échapper un soupir.
— Très bien.
Je me tourne une dernière fois vers mon père. Il me regarde, perdu, dépassé par la situation.
— Prends soin d’elle, dis-je simplement.
Il hoche la tête.
— Elena… fais attention.
Je ne réponds pas. Je ne sais même plus à quoi je dois faire attention. Je me détourne et marche vers la sortie.
L’air frais de la nuit me frappe comme un mur. Je cligne des yeux, encore assourdie par l’adrénaline. À l’hôpital, tout était déjà intense, mais ce qui m’attend dehors dépasse tout ce que j’ai pu imaginer.
Une longue allée pavée s’étire devant moi. Des dizaines de voitures noires surgissent simultanément, parfaitement alignées comme un cortège militaire. Les moteurs vrombissent doucement, un son grave, imposant. À chaque portière, un homme en costume sort au même instant, ouvrant la porte avec précision, presque cérémonieuse. Certains me regardent, mais jamais avec curiosité ; plutôt avec une reconnaissance silencieuse : ils savent qui je suis… ou plutôt, à qui je suis maintenant attachée.
— C’est… irréel, murmurai-je.
Vittorio reste derrière moi, immobile, impassible. Son simple regard suffit à me figer. Il n’a jamais levé la voix, et pourtant, chaque muscle de son corps crie autorité.
Je restai longtemps immobile après le départ de Vittorio.La porte venait de se refermer derrière lui mais j’avais encore l’impression que sa présence occupait entièrement la pièce. Mon cœur refusait toujours de ralentir correctement et ma peau brûlait encore à l’endroit où il avait retenu mon poignet.“Je refuse de devenir un homme qui profite d’une femme brisée.”Pourquoi cette phrase me bouleversait-elle autant ?Je laissai échapper un souffle fatigué avant de passer une main dans mes cheveux.Tout était devenu incompréhensible.Quelques semaines plus tôt encore, ma vie semblait parfaitement tracée. J’avais un mari. Un avenir. Une place dans le monde. Matteo et moi formions ce couple que tout le monde admirait.Et maintenant… je me retrouvais dans la forteresse d’un Don de la mafia italienne après avoir presque embrassé son père.Mon Dieu.Je fermai les yeux quelques secondes avant de me diriger lentement vers les immenses fenêtres du salon. Les montagnes italiennes disparaissaient
Je restai immobile près du canapé tandis que Sofia quittait discrètement la pièce derrière les hommes. Dès que la porte se referma, le silence devint encore plus oppressant.Vittorio me regardait toujours. Ce regard me troublait bien plus que je ne voulais l’admettre.Comme s’il réfléchissait déjà à plusieurs coups d’avance pendant que moi, j’essayais encore de comprendre ce qui était en train de se passer.— Qui sont exactement les Russo ? demandai-je finalement.— Une famille qui oublie parfois sa place.La simplicité de sa réponse me fit presque frissonner.— Ils ont attaqué un de vos ports…— Oui.— Et plusieurs hommes sont morts.— Oui.Il répondait avec un calme dérangeant.Comme si la violence faisait partie de son quotidien au point de ne plus provoquer la moindre émotion chez lui.Je le fixai quelques secondes avant d’oser poser la question qui me brûlait les lèvres.— Et maintenant ?Cette fois, un léger silence passa.Puis Vittorio leva enfin les yeux vers moi.— Maintenant
La voiture roulait depuis longtemps déjà lorsque j’ai aperçu les premières lumières au loin.Je regardais silencieusement le paysage défiler derrière la vitre teintée sans réussir à calmer le chaos dans ma tête. La ville avait disparu depuis plus d’une heure et les routes traversaient désormais des collines sombres où seuls les phares du convoi semblaient encore exister.Personne ne parlait.Les hommes installés à l’avant restaient parfaitement silencieux tandis que deux autres véhicules noirs nous suivaient à distance régulière. Tout respirait l’organisation, la discipline, le contrôle absolu.Et cela ne faisait qu’accentuer cette sensation oppressante qui grandissait en moi depuis plusieurs jours.Je n’étais plus dans mon monde.Depuis le soir où j’avais accepté l’offre de Vittorio De Santis, tout semblait irréel, comme si j’avançais dans une existence qui appartenait à quelqu’un d’autre.À côté de moi, Vittorio parcourait calmement plusieurs documents qu’un homme lui avait transmis
Je restai immobile plusieurs secondes après son départ.Le bruit des entraînements avait repris autour de moi, les coups, les respirations lourdes, les ordres brefs échangés entre les hommes… mais tout me semblait soudain étouffé, lointain parce que mon esprit était encore bloqué sur ses derniers mots.“Le jour où je te toucherai, tu ne devras plus penser à un autre homme quand tu fermeras les yeux.”Je déglutis difficilement.Pourquoi est-ce que cette phrase me bouleversait autant ?Je devrais le détester.Tout chez Vittorio aurait dû me faire peur. Son pouvoir. Son contrôle. Cette violence silencieuse qui semblait exister partout autour de lui.Et pourtant…Quand il s’était approché de moi, mon corps avait réagi avant même que ma tête puisse réfléchir.Cette idée seule suffisait à me mettre en colère contre moi-même.— Madame ?Je sursautai légèrement avant de tourner la tête.Bianca venait d’entrer dans la salle.— Monsieur De Santis m’a demandé de vous raccompagner.Évidemment !!!
Vittorio resta quelques secondes devant moi sans détourner le regard. Sa présence suffisait à écraser tout l’espace autour de lui. Même les hommes derrière lui semblaient attendre silencieusement le moindre de ses mouvements.Puis il recula légèrement.— Mange.Je clignai des yeux, surprise par le changement brutal de sujet.— Pardon ?— Tu n’as presque rien avalé depuis hier.Je baissai instinctivement les yeux vers la table. Des assiettes impeccablement dressées occupaient toute la longueur du marbre noir. Fruits frais, viennoiseries, café, plats chauds… assez pour nourrir une dizaine de personnes.Et pourtant, il mangeait presque rien.Je pris finalement la tasse devant moi.— Vous contrôlez toujours tout comme ça ?Il s’assit de nouveau avec ce calme insupportable qui semblait ne jamais le quitter.— Oui.— Ça doit être épuisant.— Non.Je laissai échapper un léger soupir.— Vous avez réponse à tout, c’est incroyable.— Tu apprendras rapidement que dans mon monde, hésiter peut coû
Je n’ai presque pas dormi de la nuit.Même après être retournée dans ma chambre, même après avoir verrouillé la porte derrière moi et être restée de longues minutes sous l’eau brûlante de la douche, les images continuaient de tourner dans ma tête sans me laisser le moindre répit.Cette immense salle blanche et or.Et surtout… Vittorio.Je revoyais encore ses yeux lorsqu’il m’avait aperçue sur le seuil de la porte. Cette colère glaciale qui avait traversé son regard ne ressemblait pas à de la honte. Ce n’était pas non plus de la gêne. C’était pire. Une colère froide, parfaitement maîtrisée, le genre de colère qui ne s’exprime pas par des cris mais par des décisions dangereuses.Je me retournais encore dans le lit lorsque je finis par abandonner définitivement l’idée de dormir. Une faible lumière traversait déjà les immenses rideaux de soie de la chambre, annonçant l’arrivée du matin.Je me redressai lentement.Ma tête me faisait mal. Mon ventre aussi.Chaque partie de mon corps semblai
Tout s’embrouille dans ma tête.Épouse-moi.Je ferme les yeux brusquement.— Non…Le mot m’échappe à voix basse, presque comme une prière.C’est absurde. Complètement absurde.Je passe une main sur mon visage, essayant de me ramener à quelque chose de concret, de rationnel.— Ce n’est pas une solut
La porte s’ouvre. Pendant une fraction de seconde, je ne comprends pas ce que je vois. Mon regard glisse sur les draps froissés, sur des silhouettes emmêlées, sur une peau que je reconnais… puis tout devient brutalement clair.L’air quitte mes poumons.Matteo.Mon mari.Son dos se fige. Son corps s
Bip. Bip. Bip.Je grogne et enfouis mon visage dans l’oreiller.— Tais-toi…Bip. Bip. Bip.Ma main tâtonne à l’aveugle sur la table de nuit. Je rate le réveil une première fois, puis une deuxième.— J’arrive… marmonné-je.Je finis par appuyer dessus. Le silence retombe. Enfin. Je reste immobile que
Quand je rouvre les yeux, tout est silencieux.Le plafond blanc au-dessus de moi me semble étranger. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis. L’odeur antiseptique, la lumière trop nette, le léger bourdonnement d’un appareil quelque part dans la pièce… tout me revient d’un coup.L’hô







