ANMELDENIl n'est pas assis. Il est debout, puis sur la cheminée, puis à la porte. Son rire n'a pas de son.— Je fais le bruit. Je vais dans les couloirs, je passe, je repars. Ils me voient et je ne suis plus là. Je les tire du côté du lavoir. Je les fais courir.— Nyx.— Je ferme les lamperies. Je souffle les lampes. Le noir, c'est moi.— Célestin.Il compte. Il lève la tête.— Je fais tomber. Les lanternes, les sceaux, les verrous des portes de service. Mais pas les gens. Maman a dit, pas les gens.— Lunaire.— Je dors avant, elle dit. Je travaille pendant. Ceux qui dorment dans le poste du nord.— Onyx.Silence. Le chaton noir sur le tapis se déplie. Un garçon de trois ans, les cheveux en désordre, et ses cinq couleurs qui tournent.— Je prends la figure de la blonde.Aurore tourne la tête vers moi.— Non.— Onyx.— Je prends la figure de la blon
Dorian vient à côté de lui. Il ne crie pas, celui-là. Il parle comme on signe.— Je jure. Contre mon nom, contre mon sang. Je combattrai pour elle jusqu'à ce que l'un des deux s'arrête, elle ou moi.Silas fait deux pas, les mains derrière le dos.— Je jure. Et je ne le dis pas pour faire joli. J'ai lu dans la tête de mes frères. Ils le pensent. Je le pense aussi.Ronan ne bouge pas de sa place. Il joint ses deux gants, posément, comme on joint deux choses qui doivent rester l'une contre l'autre.— Je jure de la soigner. De la soigner et de la relever, chaque fois. C'est mon serment et c'est tout ce que je sais faire.Et Théo, qui a la figure rouge et les poings fermés, qui a vingt-quatre ans et l'air d'en avoir dix-sept pour toujours :— Je jure de brûler la maison.Kael tourne la tête vers lui.— Théo.— J'ai dit ce que j'ai dit.— Théo.— Il y a des choses qui ne s
Ils me voient tous en même temps. La figure de Kael se casse en deux. Il fait un pas. Dorian ouvre la bouche et rien ne sort. Silas se lève du puits comme un homme qui a vu un mort. Théo fait un bond en avant et s'arrête net, une main levée dans le vide. Ronan ne bouge pas, ses gants serrés l'un contre l'autre, et sa figure lisse est peut-être la plus terrible de toutes. Je ne crie pas. Je n'ai plus la voix pour ça. — Vous vous battez, je dis, parce que vous voulez savoir lequel est le vrai père. Personne ne répond. — Il n'y a pas de vrai père. Vous êtes tous les pères. Je les regarde, un par un, dans l'ordre où je les ai connus, dans l'ordre des cinq silhouettes de suie sur la paroi d'une grotte. — Tous les six sont à vous cinq. Tous les six ont un morceau de chacun de vous. L'aînée a vos yeux et votre silence. Le petit a les figures de tout le monde. Celui qui c
Ils se manipulent l'un l'autre dans ce rêve comme deux mains dans la même pâte. Chacun tire. Chacun ouvre ses vieilles blessures et les lui montre. Et à la fin, Célestin dirait un chiffre et il aurait raison : personne ne gagne.Théo se réveille à la nuit.Il se réveille dans la paille, sous une peau qu'on a jetée sur lui, avec du sang séché sur la lèvre, et il reste longtemps les yeux ouverts sans bouger. Puis il se lève. Il traverse la cour. Il marche jusqu'au banc de pierre où ma fille dort toujours, la joue sur son bras, et il s'assoit par terre à côté, le dos au mur.Il la regarde longtemps.— Tu as vu la grange, il dit.Lunaire ouvre les yeux. Deux secondes. Deux secondes de pièce chaude et de feu bas.— Oui.— Pourquoi.— Parce que tu l'as vue aussi.Il ne dit rien. Il pose sa tête contre la pierre du banc, contre le bras de l'enfant, et il ferme les yeux.C'est là le câlin, si
Ce n'est pas un combat avec des lames, ni avec des poings. C'est un homme qui a passé sa vie à faire des poisons et à soigner des gens avec, et une enfant de trois ans qui sort de l'ombre comme on sort de sa chambre, à qui on a donné à boire, et qui a compté les gouttes.Ronan s'accroupit.Il prend la fiole. Il la débouche, il la flaire, il la rebouche, et il la met dans sa poche. Et puis il prend autre chose dans sa boîte, un flacon brun, et il en verse un peu sur le dos de son propre gant, et il présente la main à l'enfant, comme on présente une patte à un chien.Nyx pose le doigt dessus.Et elle le retire d'un coup.Pour la première fois depuis que je la connais, ma fille a peur. Ça se voit à rien. Ça se voit à la façon dont son bras s'est arrêté au milieu du geste, à la façon dont sa tête s'est penchée, à ce petit bruit qu'elle fait dans la gorge quand elle se brûle.— Ça brûle, dit-elle.— Ça ne brûle pas,
Un peu de boue. Une pièce. Il ne me regarde pas. Il sait que je suis là. Il sait que je l'écoute, et il ne me regarde pas, et c'est exactement ce qu'il faisait dans cette écurie, il y a des années, quand il éteignait la lanterne pour que je puisse ne pas répondre.La partie dure jusqu'à la tombée du jour. Le vent se lève. Les gens de la meute retournent à leurs affaires, une femme allume le feu sous la marmite, une autre étend du linge sur la corde. On entend les enfants de la meute crier quelque part derrière les murs. Et au milieu de la cour, les deux joueurs restent penchés sur leur bois, et l'ombre du puits traverse l'échiquier à mesure que le soleil descend.Je ne sais pas qui gagne. Je ne crois pas que ce soit la question. À la fin, il reste quatre pièces sur l'échiquier et plus rien à faire avec elles, et ils restent tous les deux la main au-dessus du bois, et Célestin dit :— On ne peut plus.— Non.— Alors c'est fini.







