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CHAPITRE 110 – LA HAINE 2

작가: Déesse
last update 게시일: 2026-08-04 08:11:46

Elles ne tremblent plus parce que la haine les a stabilisées. La haine est un anesthésique. La haine est un plâtre. La haine immobilise ce que le chagrin disloquait. Et mes mains, maintenant, sont immobiles, calmes, sûres, et elles sont les mains d'un homme qui va détruire quelque chose, et qui le sait, et qui le veut, et qui ne s'arrêtera pas.

— Ravel. Une chose de plus.

— Oui, chef.

— Celui qui l'a touchée — le médec
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    Un rire, quelque part, me fait tourner la tête. Une petite fille, cinq ans peut-être, court entre les tables en poursuivant un chien blanc. Elle glisse, tombe sur les genoux, se relève sans pleurer, rit plus fort. Sa mère, plus loin, l'appelle. Je souris. Puis, sans raison, quelque chose se serre dans ma poitrine. Une image, une seule, très brève. Un couloir sombre. Une odeur métallique. Le bruit d'un corps qui tombe sur le carrelage. Je ferme les yeux. J'inspire lentement. Le médecin dit : quand cela arrive, respirer, compter, revenir au présent. Je compte. Un, deux, trois. J'ouvre les yeux. Le parc est là, la petite fille rit, le quatuor attaque un autre allegro. — Ça va ? Matteo m'observe. — Oui. Une bouffée de chaleur. — Tu veux qu'on rentre ? — Non. Je veux du champagne. Il rit, se lève, revient une minute plus tard avec deux flûtes. Je bois trop vite. Les bulles remontent au nez. Matteo raconte je ne sais plus quoi, une histoire sur un cheval qu'il veut acheter, une

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    Il s'incline, sort. La porte se referme. Je reste seul, debout, la main toujours sur la bouche. Puis, lentement, je me laisse glisser jusqu'à ce que je sois assis par terre, adossé au bureau. Je serre l'agrandissement contre moi, sans le regarder, comme on serre un enfant qu'on retrouve. Je ne pleure pas. Je crois que je ne sais plus. Mais quelque chose, en moi, se fissure et se recompose. Depuis deux ans, je vivais dans un monde où elle était morte. Ce monde vient de s'effondrer. Il faut que j'apprenne à respirer dans un monde où elle est vivante — et où elle ne m'a pas cherché. Cette dernière pensée me plie en deux. Non. Non, il y a une explication. Il y en a forcément une. Elle ne m'aurait pas laissé deux ans dans cet enfer. Elle ne m'aurait pas laissé ériger un sanctuaire, tuer des hommes, brûler des convois, si elle avait pu m'écrire trois mots. Elle blessée, peut-être. Elle enfermée. Elle menacée. Elle droguée. Il y a quelque chose. Il y a forcément quelque chose. Je me r

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    Il s'incline, prend la chemise, sort. La porte se referme sans bruit. Je reste seul. Je regarde ma main qui a tenu la photo. Elle tremble. Elle n'a pas tremblé depuis longtemps. Depuis la nuit où j'ai crié dans l'entrepôt jusqu'à ce que mes cordes vocales se déchirent, mes mains n'ont plus tremblé. Ni pour tirer, ni pour signer, ni pour égorger. Elles tremblent maintenant. Je me laisse tomber dans le fauteuil. Dehors, la pluie continue. À l'intérieur de moi, quelque chose que je croyais mort remue, comme un insecte sous une pierre qu'on soulève. Ne pas espérer. Surtout ne pas espérer. L'espoir, chez moi, est un couteau à double tranchant qui ne coupe que dans un sens : le mien. Mais je fixe la porte par laquelle Marek est sorti, et je sais, avec une clarté qui me terrifie, que je n'existerai pas pour autre chose, désormais, tant que je n'aurai pas vu son visage à elle. Aris Marek est revenu au bout de six heures. Six heures pendant lesquelles je n'ai pas quitté le bureau. J'a

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    Mais l'empire ne fonctionne plus. L'empire est un truc en ruine, un squelette, un cadavre qui bouge encore par habitude. Et moi, je ne suis plus un chef qui calcule. Je suis un homme qui cherche. Et ces trois hommes, ces trois Morano à genoux, ils ne sont pas des ressources. Ils ne sont pas des atouts. Ils sont des Morano. Des Morano comme ceux qui ont emporté Althéa, comme ceux qui l'ont effacée, comme ceux qui l'ont renommée. Des Morano comme Vincenzo. Comme les frères. Comme le médecin. — Chef ? Je baisse les jumelles. Je regarde Ravel. Et je vois dans ses yeux quelque chose que je n'avais pas vu avant — pas de la peur, pas du respect, pas de la loyauté. De l'inquiétude. L'inquiétude d'un homme qui suit un chef qu'il ne reconnaît plus, qui fait des choses qu'il ne comprend plus, qui donne des ordres qu'il ne prévoyait plus. Et cette inquiétude, je la note, je l'enregistre, quelque part dans un recoin de mon cerveau qui fonctio

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 110 – LA HAINE 2

    Elles ne tremblent plus parce que la haine les a stabilisées. La haine est un anesthésique. La haine est un plâtre. La haine immobilise ce que le chagrin disloquait. Et mes mains, maintenant, sont immobiles, calmes, sûres, et elles sont les mains d'un homme qui va détruire quelque chose, et qui le sait, et qui le veut, et qui ne s'arrêtera pas. — Ravel. Une chose de plus. — Oui, chef. — Celui qui l'a touchée — le médecin, le spécialiste, celui qui a effacé sa mémoire — je veux son nom. Je veux son visage. Je veux son adresse. Et quand j'aurai tout ça, je veux ses mains. Ravel ne demande pas pourquoi. Il hoche la tête. Il sort. La porte se ferme. Je reste seul dans le bureau. La photographie est devant moi. La jeune femme dans le jardin. Ses cheveux noirs. Sa posture penchée. Et je lui parle — pas à la photographie, pas au fantôme, pas au souvenir. À elle. À la femme v

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