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CHAPITRE 115 — LA RENAISSANCE

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-06 03:51:03

Un rire, quelque part, me fait tourner la tête. Une petite fille, cinq ans peut-être, court entre les tables en poursuivant un chien blanc. Elle glisse, tombe sur les genoux, se relève sans pleurer, rit plus fort. Sa mère, plus loin, l'appelle.

Je souris. Puis, sans raison, quelque chose se serre dans ma poitrine.

Une image, une seule, très brève.

Un couloir sombre. Une odeur métallique. Le bruit d'un corps qui tombe sur le carrelage.

Je ferme les yeux. J'inspire lentement. Le médecin dit
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    AlthéaLa lucarne est au-dessus du lit.Je l'ai voulue ainsi. Aris l'a construite lui-même, un hiver, avec du bois de chêne et du verre épais. Il a dit que c'était absurde, une lucarne dans une chambre à coucher. Il a dit que la pluie ferait du bruit, que le froid s'infiltrerait, que la lumière nous réveillerait à l'aube. Mais il l'a construite quand même. Parce que je la voulais. Parce que je la lui avais demandée.Elle est ouverte sur la mer.Le soir, quand nous sommes couchés, je vois les étoiles. L'été, je vois la Voie lactée, immense, blanche, infinie. L'hiver, je vois les constellations, Orion, la Grande Ourse, Cassiopée. La nuit, parfois, je vois la lune, pleine, ronde, posée sur l'horizon comme une lanterne.Aris est allongé à côté de moi, les mains croisées derrière la tête. Il regarde le ciel, lui aussi. C'est devenu notre rituel. Avant de dormir, nous regardons. Nous cherchons les étoiles filantes. Nous faisons des vœux. Nous parlons du passé, du présent, de l'avenir.— Tu

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    ArisLe sel. Le vent. La lumière.Je me réveille avant l'aube, comme chaque matin. La chambre est encore sombre, mais je sais que le jour n'est pas loin. J'entends la mer, dehors, régulière, calme. Je reste un instant immobile, les yeux ouverts, à écouter. Puis je me tourne vers elle.Althéa dort encore, ses cheveux étalés sur l'oreiller, une main posée sur le drap. Son visage est détendu, paisible. Les cauchemars se sont espacés. Ils n'ont pas disparu tout à fait, mais ils ne la réveillent plus en sursaut. Elle respire lentement. Elle est belle.Je me lève. Je traverse la pièce sans bruit. La maison est petite, simple, construite en bois et en pierre, adossée à une colline, face à la mer. Il y a une cuisine, une salle, deux chambres, une salle d'eau. Et des lucarnes. Partout des lucarnes.Je descends l'escalier. La cuisine sent le café de la veille et le pain frais. Je prépare le feu, doucement, pour ne pas réveiller la maison. Puis je sors sur la terrasse. Le vent me frappe, vif, sa

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    AlthéaNous quittons le pays un matin de brouillard.La voiture est chargée. Nos affaires tiennent en deux sacs. Le reste est déjà parti, par des chemins que je ne connais pas. Aris a organisé notre sortie avec la précision d'un homme qui a passé sa vie à fuir. Faux papiers, vraies frontières, itinéraires secondaires. Nous ne regardons pas en arrière.La route est longue, silencieuse. Les champs défilent, gris et verts, noyés dans la brume. De temps en temps, un village. Une église. Un pont. Des vaches immobiles dans les prés. Le monde est calme, étrangement calme, comme s'il ne savait rien de ce que nous avons traversé.Je pose la main sur mon ventre. Trois mois. Le bébé grandit. Je ne le sens pas encore bouger, mais je sais qu'il est là. Je le sais comme on sait que le soleil est derrière les nuages. Cette chaleur, cette présence, cette promesse.— À quoi tu penses ? dit Aris.— À tout ce qu'on laisse.— Tu regrettes.— Non. Je ne regrette pas. Je pense, c'est tout.— À quoi exactem

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    AlthéaNous roulons toute la nuit.Je dors par intermittence, la tête contre la vitre, bercée par le bruit du moteur. Aris conduit sans parler, les yeux fixés sur la route. Nous traversons des villages endormis, des forêts noires, des ponts au-dessus de rivières invisibles. Le paysage défile, flou, lointain. Je me sens légère, comme si chaque kilomètre effaçait un peu du passé.Au matin, nous nous arrêtons dans une ville moyenne, près de la frontière. Aris connaît une pension, discrète, tenue par une femme âgée. Nous prenons une chambre. Il y a un lit à deux places, une armoire en bois, une fenêtre qui donne sur une cour intérieure. Nous dormons.Je me réveille en sursaut, le cœur battant.Le poison.Je me redresse, la main sur la poitrine. Je respire trop vite. La panique monte, froide, irrationnelle. Le poison. Le poison. Je l'avais oublié. L'antidote a fait effet, mais le poison était dans mon sang, dans mes veines, dans mon corps. Et si l'antidote n'avait pas tout neutralisé ? Et

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    ArisNous nous réunissons le soir même.C'est un entrepôt, au bord du fleuve, loin de la ville. Un lieu neutre, choisi par Andriy. Il y a là une trentaine d'hommes. Ceux qui restent. Ceux qui n'ont pas fui, pas trahi, pas disparu. Les derniers Kervan. Les derniers fidèles.Ils sont debout, en cercle, dans la pénombre. Certains sont blessés. D'autres sont en deuil. Tous me regardent. Je vois dans leurs yeux la fatigue, la peur, la colère, l'espoir. Ils attendent. Ils attendent que je leur dise quoi faire de leur vie, maintenant que tout est fini.Je monte sur une caisse en bois. Je les regarde un par un.— C'est terminé, dis-je.Ma voix est basse, mais elle porte. L'entrepôt renvoie l'écho.— La guerre est finie. Les Morano sont tombés. Le patriarche a fui. Matteo a été épargné. La maison a brûlé. Il n'y a plus de clans. Plus de territoires. Plus de trafic.Un murmure. Des visages se ferment. Des poings se serrent.— Je ne vous demande pas de me comprendre. Je vous demande de m'écouter

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    AlthéaLa nuit est encore pleine de cendres quand nous sortons de la clinique.Mon corps est faible, mais l'antidote fait son œuvre. Je le sens dans ma poitrine, dans mes jambes, dans mes mains qui ne tremblent plus. Je marche lentement, appuyée sur le bras d'Aris. L'aube est grise, froide, mouillée. La ville se réveille à peine. Les rues sont jonchées de débris, de papiers brûlés, de traces de sang que la pluie n'a pas lavées.Nous longeons les quais. Nous évitons la place centrale. Nous prenons des ruelles étroites, des passages que je ne connais pas. Andriy ouvre la marche, arme au poing. Marek ferme la route. Nous sommes quatre, plus le médecin qui nous suit à distance, son sac serré contre lui.Puis je la vois.La demeure des Morano est en flammes.Elle se dresse sur la colline, au-dessus de la ville, comme une couronne de feu. Les fenêtres éclatent une à une. Le toit s'effondre dans un grondement sourd. Des colonnes de fumée noire s'élèvent dans le ciel pâle. Les murs de pierre

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