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CHAPITRE 116 — CAUCHEMARS

مؤلف: Déesse
last update تاريخ النشر: 2026-08-06 08:06:29

Une jeune femme fatiguée me rend mon regard. Vingt ans. Des cheveux longs, châtain foncé, une bouche pleine, des yeux verts que ma mère, paraît-il, m'a laissés en héritage. Je ne me trouve pas belle. Je me trouve arrangée. Comme si quelqu'un, très soigneusement, avait rangé mes traits sur mon visage, comme on range des couverts dans un tiroir.

Je tourne la tête sur le côté, machinalement, et je vois la marque.

Sur mon épaule gauche, une petite cicatrice pâl
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  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 118 — LE BAL 2

    Nous marchons jusqu'à la piste. L'orchestre attaque un morceau plus lent. Une valse. Je pose ma main droite, la blessée, sur le bas de son dos, et ma main gauche accueille la sienne. Sous mes doigts, à travers la soie, je retrouve la ligne de sa colonne. Je ferme les yeux une seconde. Une seule. Nous commençons. Elle danse bien. Elle a toujours dansé bien. Je lui avais appris, dans un salon plein de meubles couverts de draps, un soir d'ennui, il y a une vie. Elle ne le sait pas, ce soir. Son corps, peut-être, le sait à sa place. — Vous dansez sans effort, dit-elle poliment. — Vous menez. — Non. — Vous menez, mademoiselle. Simplement, vous ne vous en apercevez pas. Elle sourit. Ce sourire-là, pour la première fois, ressemble à celui d'avant. Un sourire qui a un peu de moquerie dedans, un peu de défi. — Vous êtes étrange, monsieur Ferreira. — On

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 117 — LE BAL

    Aris Je me tiens dans l'entrée du grand hall depuis dix-neuf minutes. Le carton d'invitation, sous une identité empruntée à un négociant portugais mort depuis dix ans, est passé au premier contrôle sans une hésitation. Au deuxième, un vigile a levé les yeux sur ma carte, sur mon visage, a comparé le nom à sa liste, m'a rendu le tout en s'inclinant légèrement. Personne, ici, ne connaît le vrai visage d'Aris Kervan. C'est cela, mon privilège. Deux ans à ne plus paraître nulle part, deux ans de barbe rasée puis repoussée, deux ans de traits creusés par le deuil ; l'homme qu'on cherchait dans les archives des services n'existe plus. Le gala se tient dans un ancien palais reconverti en fondation, marbre blanc partout, escalier double, verrières où le soir se couche en franges roses. Des serveurs en veste blanche circulent avec des plateaux. Un orchestre, quelque part sur une mezzanine, joue un tango très lent. Je bois

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 116 — CAUCHEMARS

    Une jeune femme fatiguée me rend mon regard. Vingt ans. Des cheveux longs, châtain foncé, une bouche pleine, des yeux verts que ma mère, paraît-il, m'a laissés en héritage. Je ne me trouve pas belle. Je me trouve arrangée. Comme si quelqu'un, très soigneusement, avait rangé mes traits sur mon visage, comme on range des couverts dans un tiroir. Je tourne la tête sur le côté, machinalement, et je vois la marque. Sur mon épaule gauche, une petite cicatrice pâle, en forme de croissant. Je ne me souviens pas comment je me la suis faite. On m'a dit, autrefois : une chute dans l'enfance, un carreau cassé, rien de grave. Je l'ai crue. Je la crois toujours. Mais, ce matin, je la fixe plus longtemps que d'habitude. Elle ne me fait pas mal. Elle ne m'a jamais fait mal. C'est une petite lune posée sur ma peau. Pourquoi, ce matin, ai-je l'impression que quelqu'un, dans le rêve, la regardait aussi. Je m'écarte du mir

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 115 — LA RENAISSANCE

    Un rire, quelque part, me fait tourner la tête. Une petite fille, cinq ans peut-être, court entre les tables en poursuivant un chien blanc. Elle glisse, tombe sur les genoux, se relève sans pleurer, rit plus fort. Sa mère, plus loin, l'appelle. Je souris. Puis, sans raison, quelque chose se serre dans ma poitrine. Une image, une seule, très brève. Un couloir sombre. Une odeur métallique. Le bruit d'un corps qui tombe sur le carrelage. Je ferme les yeux. J'inspire lentement. Le médecin dit : quand cela arrive, respirer, compter, revenir au présent. Je compte. Un, deux, trois. J'ouvre les yeux. Le parc est là, la petite fille rit, le quatuor attaque un autre allegro. — Ça va ? Matteo m'observe. — Oui. Une bouffée de chaleur. — Tu veux qu'on rentre ? — Non. Je veux du champagne. Il rit, se lève, revient une minute plus tard avec deux flûtes. Je bois trop vite. Les bulles remontent au nez. Matteo raconte je ne sais plus quoi, une histoire sur un cheval qu'il veut acheter, une

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 114 — L'OBSESSION

    Il s'incline, sort. La porte se referme. Je reste seul, debout, la main toujours sur la bouche. Puis, lentement, je me laisse glisser jusqu'à ce que je sois assis par terre, adossé au bureau. Je serre l'agrandissement contre moi, sans le regarder, comme on serre un enfant qu'on retrouve. Je ne pleure pas. Je crois que je ne sais plus. Mais quelque chose, en moi, se fissure et se recompose. Depuis deux ans, je vivais dans un monde où elle était morte. Ce monde vient de s'effondrer. Il faut que j'apprenne à respirer dans un monde où elle est vivante — et où elle ne m'a pas cherché. Cette dernière pensée me plie en deux. Non. Non, il y a une explication. Il y en a forcément une. Elle ne m'aurait pas laissé deux ans dans cet enfer. Elle ne m'aurait pas laissé ériger un sanctuaire, tuer des hommes, brûler des convois, si elle avait pu m'écrire trois mots. Elle blessée, peut-être. Elle enfermée. Elle menacée. Elle droguée. Il y a quelque chose. Il y a forcément quelque chose. Je me r

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 113 — SCINTILLEMENT 2

    Il s'incline, prend la chemise, sort. La porte se referme sans bruit. Je reste seul. Je regarde ma main qui a tenu la photo. Elle tremble. Elle n'a pas tremblé depuis longtemps. Depuis la nuit où j'ai crié dans l'entrepôt jusqu'à ce que mes cordes vocales se déchirent, mes mains n'ont plus tremblé. Ni pour tirer, ni pour signer, ni pour égorger. Elles tremblent maintenant. Je me laisse tomber dans le fauteuil. Dehors, la pluie continue. À l'intérieur de moi, quelque chose que je croyais mort remue, comme un insecte sous une pierre qu'on soulève. Ne pas espérer. Surtout ne pas espérer. L'espoir, chez moi, est un couteau à double tranchant qui ne coupe que dans un sens : le mien. Mais je fixe la porte par laquelle Marek est sorti, et je sais, avec une clarté qui me terrifie, que je n'existerai pas pour autre chose, désormais, tant que je n'aurai pas vu son visage à elle. Aris Marek est revenu au bout de six heures. Six heures pendant lesquelles je n'ai pas quitté le bureau. J'a

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