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CHAPITRE 5 : LA MARCHANDISE 3

Author: Déesse
last update publish date: 2026-06-18 23:03:42

Althéa

Je fais le tour de la pièce, lentement, méthodiquement. J'inspecte chaque surface, chaque recoin, chaque objet. Le lit est confortable, presque moelleux après le matelas crasseux de la cellule. La commode contient des vêtements , des robes simples, des sous-vêtements, une chemise de nuit. Rien de sexy, rien de provocant. Juste des vêtements propres, anonymes, fonctionnels. Une vitrine, oui. Une cage dorée pour appâter les prédateurs.

Je réalise soudain ce que cette chambre signifie, et un sourire amer étire mes lèvres. Ce n'est pas une faveur. Ce n'est pas un adoucissement de ma captivité. C'est une mise en scène. On m'a retirée du sous-sol parce que j'ai de la valeur. On m'a nettoyée, évaluée, classée. Maintenant, on m'expose. Les acheteurs viendront me voir dans cette chambre bien rangée, avec mes draps blancs et ma lumière tamisée. Ils m'inspecteront comme Voronine m'a inspectée, comme la femme en blouse blanche m'a inspectée. Et celui qui offrira le plus m'emportera.

Qu'il vienne.

Qu'ils viennent tous.

Je m'assois sur le lit, le dos droit, les mains croisées sur les genoux. La blouse en papier crisse au moindre mouvement. Par la fenêtre dépolie, je devine la lumière du jour, le mouvement des nuages, peut-être la cime d'un arbre agité par le vent. Je ne vois rien distinctement, mais cette lumière est un trésor. Une promesse.

Les pensées viennent quand même. Elles affluent, désordonnées, douloureuses. Maman. La maison. Le lycée. Mes amies. Ce garçon, Théo, qui m'avait invitée au cinéma la semaine dernière et que j'avais refusé par timidité. Tous ces gens qui continuent leur vie, là-bas, dans le monde réel, sans savoir que j'existe encore. Sans savoir que je suis enfermée dans cette chambre vitrine, à attendre qu'un inconnu m'achète.

Mais je ne me laisse pas submerger. Je prends chaque pensée, chaque souvenir, chaque visage, et je les range dans un coffre, au fond de moi, bien à l'abri. Ils sont mon trésor. Ils sont ma force. Ils sont la raison pour laquelle je me bats.

Les heures passent. Le repas de midi arrive, porté par une femme silencieuse qui ne croise pas mon regard. Une assiette en plastique, des couverts en plastique. Rien qui puisse servir d'arme, rien qui puisse servir à fuir. La nourriture est fade, mais je mange. Mon corps a besoin de forces, et mes forces, j'en aurai besoin. Je mange chaque bouchée avec application, comme on charge un fusil.

Le soir tombe. La lumière derrière la fenêtre dépolie passe du blanc au doré, du doré au gris, du gris au noir. Une ampoule s'allume automatiquement au plafond, remplaçant le soleil absent.

Je me suis allongée sur le lit, mais je ne dors pas. Je fixe l'ampoule au plafond, et je réfléchis. Chaque minute qui passe me rapproche du moment où un acheteur franchira cette porte. Chaque respiration est un pas de plus vers l'inconnu. Mais chaque respiration est aussi une préparation.

Je suis vivante.

C'est la seule chose qui compte. Je suis vivante, je respire, mon cœur bat, ma rage brûle. Et tant que je serai vivante, il y aura une chance. Infime, minuscule, presque inexistante, mais une chance quand même.

Et cette chance, je la saisirai.

Je m'accroche à cette pensée comme à une bouée dans la nuit.

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