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Chapitre 5 : David, le seul témoin 2

مؤلف: Dledition
last update تاريخ النشر: 2026-08-17 00:53:03

Cette information me fait dresser l'oreille. Henri Lefèvre a toujours été un homme secret, calculateur. Mais recevoir des visites non identifiées dans sa résidence privée, c'est un comportement qui mérite d'être examiné de plus près.

— Trouve qui est cet homme, dis-je.

— C'est en cours, répond David. Il ne devrait pas nous échapper longtemps.

Le serveur revient avec nos boissons. David boit son café à petites gorgées, observant la salle par-dessus sa tasse. Je touche à peine mon thé. Mon esprit tourne à plein régime, analysant, planifiant, anticipant. Henri Lefèvre. Le patriarche. Le cerveau, peut-être. Je n'ai jamais su quel rôle exact il avait joué dans ma chute. Je sais qu'il ne m'aimait pas. Je sais qu'il voyait en moi une menace pour son fils, pour sa famille, pour son entreprise. Mais de là à orchestrer un vol et une fausse accusation, il y a un pas que je n'ai jamais osé franchir. Aujourd'hui, je commence à me demander si ce pas n'est pas plus petit que je ne le pensais.

— Tu devrais manger quelque chose, dit David, interrompant mes pensées.

Je secoue la tête.

— Je n'ai pas faim.

— Tu ne manges jamais assez. Tu ne dors pas assez. Tu ne te reposes jamais. Tu vas finir par t'effondrer.

Sa voix est neutre, mais je perçois une nuance de reproche. David s'inquiète. C'est son rôle, d'une certaine manière. Il veille sur moi comme un garde du corps veille sur son employeur. Mais il y a autre chose. Une préoccupation plus personnelle, plus profonde. David sait qui je suis. Il sait ce que je prépare. Il sait que cette ville est le théâtre de mes pires cauchemars. Il sait que revenir ici, c'est rouvrir des blessures qui n'ont jamais cicatrisé.

— Je tiendrai, dis-je.

— Je n'en doute pas. Mais tu devrais quand même prendre soin de toi.

Je le regarde droit dans les yeux. Son visage est impassible, mais je connais ce regard. C'est le regard qu'il a quand il essaie de me dire quelque chose sans le dire. Le regard de celui qui se retient de poser une question. Je soupire.

— Qu'est-ce que tu veux savoir, David ?

Il hésite un instant.

— Pourquoi maintenant ? Pourquoi revenir après toutes ces années ?

Je m'attendais à cette question. Je me l'étais posée moi-même, des centaines de fois, pendant les mois qui ont précédé mon départ. Pourquoi maintenant ? Parce que j'ai atteint le sommet de ma puissance. Parce que j'ai les moyens de frapper. Parce que je ne supporte plus d'attendre. Mais il y a une autre raison, plus intime, plus viscérale. Une raison que je n'ai jamais avouée à personne, pas même à David.

— Parce que je suis prête, dis-je simplement.

David hoche la tête. Il sait que je ne lui dirai rien de plus. Il respecte cela. Il n'insiste jamais. C'est l'une des raisons pour lesquelles je lui fais confiance. L'une des rares personnes à qui je fais confiance.

Le déjeuner se poursuit en silence. Je commande finalement une salade, que je picore sans entrain. David mange avec appétit, méthodiquement, comme il fait tout. Nous parlons peu, échangeant des informations pratiques, des confirmations, des ajustements. Puis il est temps de partir. Le notaire nous attend.

Nous quittons l'hôtel ensemble. La pluie a repris, fine et glaciale. Une voiture nous attend devant l'entrée. David ouvre la portière arrière, je m'installe, il s'assied à l'avant. Le chauffeur démarre sans un mot. La ville défile derrière les vitres fumées, grise et silencieuse. Je ferme les yeux un instant, me concentrant sur ma respiration. Le rendez-vous chez le notaire est une formalité. L'agent immobilier, une étape nécessaire. Mais chaque formalité, chaque étape, me rapproche un peu plus de mon objectif.

— David, dis-je sans ouvrir les yeux.

— Oui ?

— Merci.

Je n'explique pas pourquoi. Il ne demande pas. Il se contente de hocher la tête, les yeux fixés sur la route. C'est suffisant. Pour l'instant, c'est suffisant.

Camille

La voiture s'arrête devant un immeuble haussmannien aux pierres noircies par le temps, dans une rue étroite du centre historique. C'est ici que le notaire a son étude, au troisième étage d'un bâtiment qui semble n'avoir pas changé depuis un siècle. La façade est austère, ornée de balcons en fer forgé rouillé, de portes en bois massif, de plaques de cuivre terni. Tout respire la tradition, la stabilité, la permanence. Tout ce que je ne suis plus.

David m'accompagne jusqu'à la porte, puis reste dans le hall pendant que je monte seule. Le notaire m'attend dans son bureau, un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux blancs soigneusement coiffés, aux lunettes rondes perchées sur un nez aquilin. Il se lève à mon entrée, s'incline poliment.

— Madame Moreau, dit-il d'une voix posée. Je vous remercie de votre visite.

Je m'assieds en face de lui, sans un mot. Le bureau est encombré de dossiers, de livres anciens, de gravures représentant des scènes de la ville au XIXe siècle. L'air sent le vieux papier et la cire d'abeille. Le notaire me tend un document, que je lis attentivement. L'acte de vente d'une maison. Une maison située dans le quartier de mon enfance, non loin de celle où j'ai grandi. Une maison que j'ai achetée par l'intermédiaire d'une société écran, quelques semaines plus tôt. Une maison qui me servira de base arrière, de refuge, de quartier général.

— Tout est en ordre, dit le notaire. La transaction a été effectuée conformément aux dispositions légales. Les clés vous seront remises par l'agent immobilier, comme convenu.

Je hoche la tête. Je ne lui fais pas confiance. Je ne fais confiance à personne, à part David. Mais le notaire est un professionnel compétent, discret, parfaitement installé dans le paysage local. Il ne posera pas de questions. Il ne s'intéressera pas à mes motivations. Il se contentera d'exécuter les formalités, sans chercher à comprendre. C'est exactement ce qu'il me faut.

— Bien, dis-je. Je vous remercie.

Je signe les documents, d'une main ferme. Le notaire me tend une copie, que je range dans mon sac. Puis je me lève, prête à partir. Le notaire me rappelle.

— Madame Moreau ?

Je me retourne.

— Je me permets de vous signaler, dit-il prudemment, que la maison que vous venez d'acheter a une histoire particulière. Elle appartenait autrefois à une famille de la ville. La famille Laurent.

Je sens mon cœur s'arrêter une fraction de seconde. Mon visage reste impassible, mais mes pensées s'emballent. La maison que j'ai achetée, par un hasard que je n'ai pas calculé, appartenait à ma famille. À mes parents. C'est la maison où j'ai grandi, où j'ai joué, où j'ai rêvé. La maison que j'ai fuie il y a dix ans.

— Vraiment ? dis-je d'une voix que je force à rester calme.

— Oui. Une famille qui a quitté la ville dans des circonstances difficiles. La maison a été mise en vente il y a quelques années. Elle n'a jamais trouvé preneur. Jusqu'à aujourd'hui.

Je hoche lentement la tête. Le hasard. Le destin. La coïncidence. Peu importe. Cette maison est celle de mon enfance. Cette maison est le symbole de ce que j'ai perdu. La posséder, c'est reprendre un morceau de mon passé. Un morceau que je croyais perdu à jamais.

— Je vois, dis-je. Merci de me l'avoir signalé.

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