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Chapitre 2 : Rencontre troublante

Author: Léo
last update publish date: 2025-12-25 15:05:30

Le lendemain matin, la lumière crue traversait les larges baies vitrées de la villa, découpant des carrés parfaits sur le sol en béton ciré.

Emma était restée un moment dans sa chambre, observant la poussière danser dans les rayons du soleil. Elle se sentait comme une pièce rapportée dans ce décor aseptisé.

Elle descendit dans la cuisine, espérant trouver un peu de chaleur humaine ou, à défaut, une tasse de café. Le silence de la maison lui pesait, une absence presque tangible.

Soudain, une silhouette bougea derrière la grande baie vitrée donnant sur le jardin. La porte-fenêtre coulissa avec un bruit sec.

Un homme entra, apportant avec lui une odeur de terre humide et d'herbe coupée. C’était Marc.

Il portait un jean brut et un t-shirt gris élimé qui moulait sa carrure.

Il avait les mains noircies par le jardinage et une mèche de cheveux bruns tombait négligemment sur son front. Il semblait sortir d'un catalogue de mode, mais son sourire, lui, paraissait réel.

Claire accourut aussitôt, le visage rayonnant d'une jeunesse retrouvée.

— Emma, je te présente Marc, mon mari. Chéri, voici ma fille, Emma.

Marc posa ses outils sur le plan de travail en granit sans détourner les yeux de la jeune fille.

Son regard balaya Emma avec une lenteur calculée, s'attardant sur chaque détail, des pieds jusqu’au sommet du crâne.

C'était un regard qui ne cherchait pas la politesse. Il cherchait une faille, un territoire à conquérir.

— Enchanté, Emma. J’ai tellement entendu parler de toi.

Il s'approcha, sa main tendue vers elle. Emma la saisit, hésitante.

La paume de Marc était brûlante, presque électrique contre sa peau froide.

Il ne lâcha pas sa main immédiatement. Il maintint la pression, imprimant une seconde de trop à ce contact, un silence qui étirait la gêne jusqu’à l’insupportable.

— Le rayon de soleil de la maison, c’est lui, ajouta Claire en posant une main affectueuse sur le bras de son époux, sans remarquer la tension qui flottait entre les deux autres.

Emma retira sa main brusquement, le cœur battant trop vite.

— Je vais préparer le dîner ce soir, annonça Marc en se tournant vers Claire, son ton devenant soudainement léger et enjoué. Je veux qu’on fête l’arrivée de notre invitée comme il se doit.

La journée passa dans une étrange langueur. Emma resta confinée dans ses cartons, tentant de s'organiser, mais ses pensées revenaient sans cesse à ce regard posé sur elle.

Lorsque la nuit tomba, la maison s'habilla de lumières indirectes et tamisées. Le dîner fut installé sur la terrasse couverte.

Le vin coulait dans les verres en cristal. Marc, en chemise blanche aux manches retroussées, s'activait avec une aisance presque théâtrale.

— Tu devrais goûter à ce blanc, Emma. Il vient d’un petit producteur que j’ai découvert lors de mon dernier voyage.

Il se pencha au-dessus de son épaule pour remplir son verre. Son parfum – un mélange boisé et musqué – l’enveloppa comme une chape de plomb.

Sa main frôla la peau de son poignet. Emma sursauta imperceptiblement.

— Pardon, murmura-t-il avec un sourire en coin. J’ai les mains un peu maladroites aujourd’hui.

Il s'assit en face d’elle, juste à côté de Claire. À chaque fois qu’il bougeait, le col de son t-shirt glissait, révélant la naissance d’un torse bronzé, musclé, aux lignes saillantes.

Emma détournait le regard, fixant son assiette, mais elle sentait la présence de Marc comme un aimant. Il était omniprésent, captant toute l'attention de la table.

— Tu sais, Emma, tu as une énergie particulière, lança-t-il, son ton velouté rendant la banalité de la phrase étrangement intime. C’est rare de voir une jeune femme avec un tel regard. Un peu perdu, peut-être, mais tellement vivant.

Claire riait, comblée, ignorant tout de la direction qu'avait prise la conversation.

— Marc est un globe-trotter, Emma. Il a surfé les meilleures vagues du monde, il a traversé des déserts. Tu devrais l’écouter, il a tant à t'apprendre.

Il commença à parler de ses voyages. Il décrivait des plages isolées, la sensation de l’écume sous la planche, la liberté absolue des grands espaces.

Il parlait bien. Il savait comment captiver son auditoire, utilisant sa voix comme un instrument.

Parfois, il s'arrêtait, son regard se fixant sur le visage d'Emma, attendant sa réaction. Elle se sentait comme une proie sous les projecteurs.

— Et toi, Emma ? Quel est ton rêve, au-delà de ces études qui semblent te préoccuper ?

Sa question était directe, presque intrusive. Emma sentit une pointe d'agacement mêlée à une peur sourde.

— Je veux juste... avoir ma propre place. Quelque part où je serai enfin chez moi.

Marc esquissa un sourire qui ne toucha pas ses yeux. Il semblait savourer sa réponse, comme si elle lui offrait une information capitale.

— La liberté, c’est une chose fragile. Surtout quand on ne sait pas encore ce qu’elle coûte.

Il se pencha de nouveau, cette fois pour resservir du vin. Ses doigts effleurèrent le verre, tout près des doigts d'Emma, créant un contact statique qui lui fit frissonner les cervicales.

— Tu verras, ici, tu apprendras beaucoup. Sur les autres, et surtout sur toi-même.

Emma croisa son regard. Les yeux de Marc étaient sombres, perçants, chargés d'une intention qu'elle ne parvenait pas à nommer mais qui la terrifiait.

— Je n'ai pas besoin d'apprendre grand-chose, je veux juste être tranquille, répondit-elle d'une voix un peu trop basse.

Marc rit, un son grave qui sembla résonner contre les murs minimalistes du salon.

— Tranquille ? Oh, je ne pense pas que tu resteras tranquille très longtemps, Emma. La vie a une drôle de façon de nous bousculer.

Claire intervint alors, sans réaliser que la dynamique de la conversation avait basculé dans un registre inconnu.

— Il a raison, ma chérie. Tu vas voir, dans quelques jours, tu seras parfaitement intégrée. Cette maison est faite pour ça.

La soirée s'étira. Marc continuait ses récits, mais Emma ne l'écoutait plus.

Elle observait la façon dont il regardait sa mère, puis la façon dont il la regardait, elle.

Il y avait une dissonance insupportable entre le rôle de beau-père aimant et ce prédateur qui semblait rôder sous la surface.

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