ログインPlus tard, beaucoup plus tard, nous sommes allongés sur le tapis. La nuit est tombée sans que nous nous en rendions compte. Les photos de Cassandre baignent dans la pénombre, fantômes bienveillants ou accusateurs – je ne sais pas.
Il dort. Épuisé, apaisé, il dort contre moi, sa tête sur mon sein, ses bras autour de ma taille.
Je ne dors pas.
Je regarde le plafond, comme la première nuit. Mais ce n'est pas
Nous avançons sous les flashs. Alexandre sourit aux photographes, serre des mains, échange des baisers avec des inconnus. Je suis à son bras, souriant quand il faut, saluant quand il faut, parfaite.À l'intérieur, c'est un autre monde. Lustres de cristal, orchestre, champagne à flots. Des visages célèbres, des noms que je connais sans les avoir jamais vus. Des regards qui nous suivent, qui nous jugent, qui nous envient.— Tu vois, murmure Alexandre, tout ce monde nous regarde. Et tout ce monde voudrait être à ma place.— Ou à la mienne.Il rit, m'embrasse la main.— Tu as raison. C'est toi la plus enviée, ce soir.Nous traversons la salle. Je sens les regards des femmes sur moi , jalousie, admiration, convoitise. Je sens les regards des hommes , désir, appréciation, calcul. Je suis au centre de tout, et je déteste ç
La journée passe dans un brouillard. Je range, je classe, je réponds au téléphone, je fais ce qu'on attend de moi. Mais une partie de mon esprit est ailleurs, à chercher qui a pu écrire ce message.Anton ? Il me regarde bizarrement depuis quelques jours. Il sait des choses, je le sens. Mais il est loyal à Alexandre. S'il savait la vérité, il la dirait à lui, pas à moi.Hélène ? Elle m'a prévenue, pas menacée. Son avertissement était presque bienveillant. Pourquoi m'enverrait-elle un message anonyme ?Nikos. C'est forcément Nikos. Il a découvert qui je suis. Il sait que je suis la sœur de Cassandre. Il veut me faire peur, me déstabiliser, me pousser à faire une erreur.Ou pire : il veut que je sache qu'il sait. Pour jouer avec moi. Pour me tendre un piège.Le soir venu, je suis épuisée
Elle entre sans y être invitée, pose son bouquet sur la table du salon, s'assied dans le fauteuil préféré d'Alexandre.— Il n'est pas là, dis-je.— Je sais. C'est pour vous que je viens.Je reste sur mes gardes. Rien dans cette situation n'est normal.— Pourquoi ?Elle me regarde longuement. Un regard qui pèse, évalue, juge.— Asseyez-vous, mon enfant. Nous avons à parler.Je ne bouge pas.— Je préfère rester debout.Elle sourit, mais c'est un sourire sans chaleur.— Sage précaution. Vous avez raison de vous méfier. Dans ce monde, la confiance est une monnaie qui ruine ceux qui la dépensent trop vite.— Que voulez-vous ?— Vous prévenir.— De quoi ?Elle croise les mains sur ses genoux, prend son temps.— Je m'appelle
Plus tard, beaucoup plus tard, nous sommes allongés sur le tapis. La nuit est tombée sans que nous nous en rendions compte. Les photos de Cassandre baignent dans la pénombre, fantômes bienveillants ou accusateurs – je ne sais pas.Il dort. Épuisé, apaisé, il dort contre moi, sa tête sur mon sein, ses bras autour de ma taille.Je ne dors pas.Je regarde le plafond, comme la première nuit. Mais ce n'est pas la même chose. Rien n'est la même chose.Il m'a fait l'amour comme si j'étair précieuse. Comme si j'étais unique. Il m'a dit des mots que je n'oublierai pas. Il m'a regardée comme personne ne m'a jamais regardée.Et moi, menteuse, traîtresse, je lui ai rendu chaque caresse, chaque baiser, chaque mot.Avec sincérité.Je ferme les yeux. Les larmes coulent, silencieuses, incontrôlables.Cassa
Il se retourne vers moi, et ses yeux sont nus. Pour la première fois, complètement nus. Il n'y a aucun jeu, aucun calcul dans son regard. Juste une douleur immense, ancienne, jamais guérie.— Elle s'appelait Cassandre, dit-il. Et elle était tout pour moi.Je devrais parler. Je devrais dire quelque chose. Mais les mots sont morts dans ma gorge. Je regarde ce mur de photos, ce sanctuaire dédié à ma sœur, et je ne sais plus rien.— Je ne l'ai pas tuée, Cassia.Sa voix est grave, presque suppliante.— Je sais ce qu'on dit. Je sais ce qu'on raconte. Mais je ne l'ai pas tuée. Je n'aurais jamais pu.— Alors qui ? Le mot sort enfin, rauque, étranglé.Il secoue la tête.— Tu n'es pas prête à entendre cette histoire.— Dites-moi.— Non.Il s'approche de moi, lentement, comme on s'approche d'un animal blessé.— Mais je te dirai une chose : chaque jour, je vis avec ça. Chaque nuit, je rêve d'elle. Chaque matin, je me réveille en espérant qu'elle sera là. Et elle n'est jamais là.Il est tout près
CassiaLa nuit a été blanche. Alexandre a dormi contre moi, son souffle régulier caressant ma nuque, son bras pesant sur ma taille comme une promesse ou une menace , je ne sais plus faire la différence. Je suis restée immobile, les yeux ouverts dans le noir, à regarder le plafond où dansaient les ombres des arbres agités par le vent.Il dort profondément. Il dort comme s'il était en paix.Comment peut-on dormir quand on est un monstre ?Comment peut-on dormir quand on a aimé ma sœur et qu'on l'a laissée mourir ?Je sens la chaleur de son corps contre le mien et je la hais. Je la hais parce qu'elle est douce. Je la hais parce qu'elle me berce, m'apaise, me donne envie de fermer les yeux et d'oublier. Juste pour une heure. Juste pour un instant.Je ne ferme pas les yeux.Quand les premières lueurs de l'aube percent les rideaux, il bouge enfin. Son bras se resserre une seconde, instinctivement, puis il se fige. Je sens qu'il se réveille, qu'il réalise où il est, contre qui il est. Son so
ArianaLe jour se lève. Encore.Cette bande de lumière pâle qui se fraie un chemin entre les stores devrait être une promesse. Elle n’est qu’une accusation.Je suis étendue dans la position exacte où il m’a laissée, les draps de soie froids et froissés autour de moi. Mon corps n’est plus le mien. C
ArianaLa pièce est inondée d’une lumière blanche, impitoyable. Ce n’est pas la lumière du soleil, c’est celle de la clinique, de l’autopsie. Elle éclaire chaque grain de poussière dans l’air, chaque nervure du marbre blanc du sol. Au centre, une plateforme surélevée. Autour, des miroirs en triptyq
NikosJe penche la tête, mon front touchant presque le sien. Je sens son souffle rapide, chaud, sur mon visage.—Toute dette se paye. Avec les intérêts.Je l'embrasse.Ce n'est pas un baiser d'amant. C'est une revendication. Une violence contenue. Ma bouche capture la sienne, lui refuse le souffle,
NikosLa porte de mon bureau se referme dans un silence huilé, mais son parfum , cette affreuse et enivrante mixture de fleur d’oranger propre et de peur à peine dissimulée , persiste dans l’air. Je reste un moment dans le couloir, le dos contre le bois lisse.Je l’ai laissée là. Debout. Droite dan







