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CHAPITRE 6

last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-23 04:41:48

— Tu as toujours fait ce qu’il fallait pour elle, poursuit Declan. Même lorsque tu me détestais.

Il se penche pour déposer un baiser sur le front de Claire, avec une tendresse qui contraste avec tout ce qu’il m’a fait subir. Puis il relève les yeux vers moi.

Pendant une seconde, je crains qu’il ne cherche à m’imposer une nouvelle fois sa volonté.

Mais il n’en fait rien.

Il se contente de se redresser et de glisser les bras sous le corps endormi de Claire pour la soulever avec précaution, sans cesser de me regarder.

— Venez, dit-il d’un ton ferme. Il est temps de mettre notre princesse au lit. Ensuite…

Son expression se durcit légèrement.

— Nous allons parler.

Je sais que, dans son esprit, une conversation peut rapidement devenir un interrogatoire.

Pourtant, je me lève. Pour la première fois depuis mon réveil dans ce cauchemar, une part de moi veut découvrir ce que ma mémoire me cache encore.

Si mes souvenirs sont la seule arme dont je dispose contre l’homme qui prétend être mon mari, alors je devrai peut-être m’approcher du danger pour trouver une issue.

Mais tandis que je monte les escaliers derrière lui, je ne peux ignorer cette terrible vérité qui prend forme en moi.

Chaque souvenir qui revient ne me libère pas.

Il m’attache un peu plus à cette vie que je ne reconnais pas.

Declan dépose Claire dans son lit avec une délicatesse qui contredit l’homme qui m’a enlevée devant l’autel. Il ajuste sa couette ornée d’étoiles, écarte une mèche blonde de son visage et reste un instant immobile, à contempler sa fille.

L’expression qui se dessine sur son visage me serre le cœur.

C’est de l’amour. Un amour sincère, profond, presque douloureux à regarder.

Et cela rend tout infiniment plus compliqué.

Il éteint la lampe en forme de lune et me fait signe de sortir. Le couloir est baigné par la lumière dorée des appliques murales. Pendant quelques secondes, nous restons côte à côte sans parler, tandis que je sens la conversation à venir peser entre nous comme un orage prêt à éclater.

— Viens, dit-il enfin d’une voix basse.

Je le suis jusqu’à la chambre principale. Chaque pas me semble peser une tonne.

Une fois à l’intérieur, il referme la porte. Le déclic de la serrure résonne dans le silence.

Nous sommes seuls.

Declan allume une lampe de chevet qui diffuse une lumière ambrée dans la pièce. Il retire sa veste et la dépose sur un fauteuil avant de desserrer sa cravate.

— Tu as dit que nous devions parler, commencé-je en croisant les bras. Alors parle.

Il me regarde un instant.

— Assieds-toi, Evie.

— Non.

Il marque une pause.

— S’il te plaît.

Le mot semble étranger dans sa bouche, comme s’il n’avait pas l’habitude de demander quoi que ce soit.

— Assieds-toi. Je ne te toucherai pas si tu ne le souhaites pas.

Cette promesse me déstabilise davantage qu’une menace. J’hésite, puis finis par m’asseoir au bord du lit, le dos raide et les pieds fermement posés sur le sol, prête à me lever au moindre signe de danger.

Declan avance le fauteuil et s’installe face à moi, les coudes appuyés sur les genoux.

De près, je remarque la fatigue qui pèse sur ses épaules et les cernes que la lumière ne parvient pas à dissimuler. Il semble porter des années d’insomnie et d’inquiétude.

— Le fragment dont tu t’es souvenue aujourd’hui, commence-t-il. Raconte-moi.

Je baisse les yeux vers mes mains.

— Claire dormait sur mes genoux. Je lui caressais les cheveux.

Je marque une pause avant d’ajouter :

— Et tu étais dans l’encadrement de la porte. Tu nous regardais.

Une succession d’émotions traverse son visage : la douleur, le soulagement et l’espoir.

— Elle avait trois ans, explique-t-il. Tu lui chantais une chanson irlandaise que ta grand-mère t’avait apprise. Tous les soirs, sans exception. Même lorsque nous nous disputions. Même lorsque je ne méritais pas que tu fasses quoi que ce soit pour moi.

Le silence qui suit est chargé de paroles qu’il ne prononce pas.

— Tu es en train de me dire que tu étais un mauvais mari, observé-je, cherchant à comprendre où il veut en venir.

— Je te dis que j’étais jeune et stupide. Construire un empire dans le monde criminel ne fait pas de toi un bon père ni un bon mari.

Un sourire amer déforme brièvement ses lèvres.

— Mais je n’ai jamais douté de ce que je ressentais pour toi. Jamais.

Il se lève et se dirige vers la commode. Après avoir ouvert le tiroir du haut, il en sort un petit objet qu’il dépose dans ma paume.

Une alliance.

Elle est simple, en or blanc. À l’intérieur, une inscription est gravée.

Je la lis à voix haute :

— « Sirius. Toujours vers le nord. — D. »

Mon estomac se noue.

— Pourquoi Sirius ?

Pour la première fois depuis que je le connais, Declan sourit véritablement. Ce n’est ni un sourire cruel ni une expression triomphante. Il semble simplement fatigué, sincère, presque nostalgique.

— Parce que tu étais passionnée d’astronomie quand nous nous sommes rencontrés. Tu avais seize ans, de grands yeux curieux et tu transportais toujours un livre sur les constellations.

Il incline légèrement la tête.

— Tu m’as expliqué que Sirius était l’une des étoiles les plus brillantes du ciel. Tu m’as dit que, même entourée d’obscurité, elle continuait de briller.

Une douleur sourde se forme dans ma poitrine.

Puis un nouveau fragment surgit.

Un toit humide, à Dublin. Le vent fouette nos visages. Le ciel est couvert de nuages, mais quelques étoiles obstinées percent l’obscurité. L’une d’elles brille plus fort que les autres.

J’entends mon propre rire, jeune et libre, puis une voix irlandaise à côté de moi :

« Celle-là est à toi. Un jour, je me la ferai tatouer sur la poitrine. »

Je vacille sous le poids du souvenir.

Declan me rattrape par les bras avant que je ne perde l’équilibre.

— Tu t’es souvenue du toit, murmure-t-il.

— Arrête, soufflé-je, à bout de forces. Ce n’est pas réel. Tu essaies de me faire croire à des choses que je n’ai jamais vécues.

— Je n’ai pas besoin d’inventer quoi que ce soit, répond-il. Tu as encore nos souvenirs quelque part dans ta tête.

Je le repousse brusquement.

— Je n’ai rien choisi ! m’écrié-je. Je me suis réveillée dans un hôpital sans aucun souvenir, avec des parents qui n’étaient pas les miens et un nom que je ne reconnaissais pas !

Ma voix se brise sous le poids de toutes ces années dont je ne sais rien.

Declan inspire profondément. Pendant un instant, je crois qu’il va exploser de colère.

Mais ce que je vois dans ses yeux est pire.

De la douleur.

Avant qu’il puisse répondre, des pas légers retentissent dans le couloir.

Claire apparaît dans l’encadrement de la porte. Elle porte son pyjama étoilé, ses cheveux sont en désordre et ses yeux à moitié fermés trahissent son sommeil. Pourtant, son visage est crispé par l’inquiétude.

— J’ai fait un cauchemar, murmure-t-elle.

Declan fait aussitôt un pas vers elle, mais Claire ne se dirige pas vers son père.

Elle vient vers moi.

Elle grimpe sur le lit sans attendre ma permission, se blottit contre mon côté et prend ma main. Puis elle la pose sur son petit cœur, comme si ce geste suffisait à éloigner tout le mal du monde.

— Je peux dormir ici ? Comme avant ?

Ma gorge se serre.

Comme avant.

Ces deux mots résonnent en moi, chargés d’une tendresse et d’une tristesse que je ne sais pas expliquer.

Je regarde cette enfant qui me fait confiance sans réserve, puis l’homme qui affirme que nous avons partagé une vie.

Je ne sais pas qui j’étais.

Je ne sais pas ce qui m’est arrivé.

Mais je sais que Claire a besoin de réconfort, et que je ne veux pas être la cause de ses larmes.

Alors je lui caresse doucement les cheveux.

— Oui, ma chérie. Tu peux rester.

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