MasukLes semaines avaient passé, emportant avec elles les derniers frimas de l'hiver. Le printemps pointait son nez à New York, apportant avec lui des journées plus longues, une lumière plus douce, et cette promesse de renouveau qui flottait dans l'air comme un parfum discret. Vingt jours s'étaient écoulés depuis la soirée karaoké avec Sophia. Vingt jours pendant lesquels Elsa avait vu son monde se transformer, s'éclaircir, s'ouvrir.L'avocate l'avait appelée trois fois. Trois fois pour lui dire que le dossier s'épaississait, que les preuves s'accumulaient, que le divorce n'était plus qu'une question de temps. Elle ne pouvait pas encore crier victoire, mais elle sentait le vent tourner. Elle sentait la liberté à portée de main. Et pour la première fois, elle n'avait plus peur.Ce soir, c'était le grand soir. La soirée spectacle des élèves de *Voix Libérée*. Une représentation ouverte au public, aux parents, aux proches. Rien d'officiel, rien de grandiose. Juste une occasion pour les élèves
Elsa éclata de rire. Elle choisit la chanson, un vieux tube qu’elle connaissait par cœur, et se lança. Elle chantait faux, volontairement, avec une joie qui débordait de chaque note. Elle se moquait d’être parfaite. Ce n’était pas pour être parfaite. C’était pour s’amuser. Pour se sentir vivante. Pour partager ce moment simple avec cette jeune femme qui, sans le savoir, lui rappelait pourquoi elle se battait.Sophia chanta après elle, plus juste, plus assurée. Sa voix s’était affirmée, ses gammes s’étaient assouplies. Elle fermait les yeux parfois, se laissant porter par la musique, par les mots, par l’instant. Quand elle ouvrait les yeux, ils brillaient d’une lumière que Elsa ne lui avait jamais vue.— Tu progresses, dit Elsa quand Sophia eut fini.— Merci. Toi, t’es toujours aussi nulle.— C’est le but.Elles rirent, partagèrent les nachos, parlèrent de musique, d’école, de ce qu’elles voulaient faire plus tard. Sophia avait des rêves, des peurs, des espoirs.— Qu’est-ce que t’as pr
La sonnette de l’appartement retentit dans le silence de fin d’après-midi, claire et vive, comme une petite note de musique qui s’élève au milieu d’un concerto. Elsa était devant le miroir de l’entrée, en train de lisser sa robe d’un geste machinal. Une robe simple, noire, qu’elle avait achetée des mois plus tôt et qui lui allait toujours aussi bien. Elle n’avait pas pris le temps de se maquiller, juste un peu de rouge à lèvres et une touche de mascara. Pas besoin d’en faire trop. Ce n’était pas une sortie pour séduire. C’était une sortie pour se retrouver. Pour être légère. Pour être elle.Son téléphone vibra dans sa poche. Elle le sortit, vit un message de Marcus.« Je viens de la déposer devant chez toi. Elle monte. Profitez bien toutes les deux. Je t’aime. »Un sourire s’étira sur ses lèvres. Ce petit message, si simple, si tendre. Il savait toujours quoi dire, au bon moment. Elle rangea le téléphone, prit une inspiration, et ouvrit la porte.Sophia se tenait sur le seuil, les mai
La porte du cabinet d’avocats se referma derrière Elsa avec ce bruit feutré que font les portes de verre et de métal dans les bureaux huppés de Manhattan. Elle s’arrêta sur le seuil, les bras le long du corps, les yeux plissés par la lumière de cette fin d’après-midi d’automne. Le soleil déclinait sur la ville, drapant les gratte-ciel d’une lumière dorée et oblique qui transformait les vitres en miroirs de bronze. L’air était frais, presque vif, chargé de cette énergie électrique qui précède le soir.Elle inspira. Longuement. Profondément.Et pour la première fois depuis des mois depuis des années, peut-être elle sentit ses poumons s’ouvrir sans cette petite boule d’angoisse qui les comprimait. L’air entra, pur, vivant, porteur de cette promesse subtile que les jours meilleurs ne sont jamais aussi loin qu’on le croit. Il traversa sa poitrine, descendit dans son ventre, remonta le long de sa gorge, et elle eut l’impression de respirer pour la première fois depuis qu’elle avait posé l
Elsa sentit son cœur s’emballer. Les mots qu’elle venait de prononcer résonnaient encore dans l’air, chargés d’espoir et d’impatience.Maître Fontaine posa ses mains à plat sur le dossier, les doigts joints, un sourire prudent aux lèvres.— Il ne faut pas s’emballer, Elsa. Mais oui, il y a de très fortes chances.Elsa sentit son cœur bondir dans sa poitrine, mais elle se força à rester calme. Elle connaissait son avocate : elle n’était pas du genre à faire des promesses en l’air. Si elle disait cela, c’est qu’elle avait de bonnes raisons de le penser.— Expliquez-moi, dit-elle en se penchant en avant.Maître Fontaine ouvrit le dossier, en sortit une liasse de papiers qu’elle fit glisser vers Elsa.— Ce que j’ai trouvé, Elsa, ce n’est pas une preuve directe de la relation entre Alexandre et Viviane à l’époque des faits. Pas encore. Mais c’est beaucoup plus que ce que nous avions jusqu’à présent.Elle sortit une photo, une image un peu floue, prise de loin. On y voyait Alexandre, sortan
Elsa gara sa voiture devant le cabinet de Maître Fontaine, le cœur battant un peu plus vite que d’habitude. Elle coupa le moteur, resta une seconde immobile, les mains posées sur le volant. Elle avait besoin de ce rendez-vous. Besoin d’entendre que quelque chose avançait, que la procédure n’était pas bloquée pour toujours. Elle ne supportait plus l’idée d’être encore légalement liée à Alexandre, ne supportait plus qu’il ait une emprise sur elle, ne serait-ce que sur le papier.Elle voulait être libre. Pour elle. Pour Marcus. Pour cette vie qu’ils commençaient à construire ensemble.Elle descendit de la voiture, traversa le trottoir, poussa la porte du cabinet. La réceptionniste la reconnut immédiatement et lui adressa un sourire professionnel.— Maître Fontaine vous attend, Madame Duval. Je vais vous conduire.Elsa suivit la jeune femme dans le couloir, ses pas résonnant sur le parquet ciré. La porte du bureau s’ouvrit. Maître Fontaine était assise derrière son grand bureau en bois so
je ne sais pas exactement combien de verres j’ai bus. Assez pour que le monde prenne cette texture légèrement floue qui rend les choses supportables. Assez pour que mes joues soient trop chaudes et mes pensées un peu trop libres. Assez pour que, quand je croisais mon reflet dans les surfaces sombre
Victoria la soeur d'Alexendre arriva deux heures en retard dans une robe vert émeraude qui proclamait sans ambiguïté qu’elle était la vraie maîtresse de cet espace. La soie ruisselait sur ses épaules nues, ses talons claquaient sur le marbre avec l’assurance de quelqu’un qui n’a jamais eu à demand
J'ai appris très tôt que sourire coûte moins cher que d'expliquer pourquoi on ne sourit pas.Le soleil se couchait sur Manhattan et moi j'étais là, debout devant la baie vitrée du penthouse, une tasse de thé froid dans la main droite.Je m'appelle Elsa Duval. Vingt-huit ans. Épouse d'Alexandre Duva
Le Dr. Vasquez me fit entrer directement dans son bureau, sans attendre. Sa secrétaire n’eut même pas le temps d’annoncer mon arrivée. Elle m’attendait, debout derrière son bureau, les mains posées sur le dossier du fauteuil face à elle. Elle avait ce regard des gens qui ont quelque chose de diffic







