Chapitre 5 – Le bal des ombres
La maison semblait sortie d’un vieux film noir, massive et silencieuse, gardant jalousement ses secrets derrière des portes closes et des murs épais. Tout autour, des hommes armés circulaient, des oreillettes vissées dans les oreilles, l’œil alerte. Sophia sentit un frisson remonter le long de sa nuque. Ce n’était pas une simple villa de milliardaire. C’était une forteresse.
Dante descendit de la voiture sans un mot, toujours aussi froid, impassible. Il jeta un regard bref vers Sophia avant d’entrer dans la demeure. Elle le suivit, son cœur battant à un rythme affolé, chaque pas résonnant comme un avertissement.
L’intérieur du manoir était somptueux, mais dénué de chaleur. Les meubles étaient anciens, précieux, mais tout semblait figé dans le temps, comme si la vie s’était arrêtée ici depuis des années.
"Reste près de moi", ordonna Dante sans se retourner. "Ne parle à personne. Ne regarde personne trop longtemps. Et surtout, ne montre pas ta peur."
Sophia hocha simplement la tête. Il ne lui laissait jamais le choix. Elle se contentait d’obéir pour survivre. Mais à l’intérieur, une partie d’elle se rebellait déjà. Elle n’était pas une poupée que l’on déplaçait à sa guise.
Ils traversèrent un long couloir puis arrivèrent dans un salon grandiose où une dizaine d’hommes en costume discutaient à voix basse. À leur arrivée, les regards se tournèrent vers eux. Dante entra comme un roi, et Sophia sentit immédiatement le changement d’ambiance. Sa présence imposait le silence, une forme de respect mêlée de crainte.
Un homme s’avança, la cinquantaine, les cheveux poivre et sel, le regard aiguisé.
"Dante… Je ne m’attendais pas à ce que tu ramènes une étrangère à cette réunion."
Sophia sentit les regards se tourner vers elle, lourds et perçants. Elle était une anomalie dans cet univers d’hommes de pouvoir. Une erreur.
Dante, pourtant, ne laissa rien transparaître. Il posa une main ferme dans son dos et déclara :
"Elle est avec moi. Ce sera suffisant."
Le ton était tranchant, sans appel. L’homme fronça les sourcils, mais n’insista pas. Les autres baissèrent à nouveau les yeux, reprenant leurs conversations, mais l’atmosphère restait tendue. Sophia sentit qu’un seul mot de travers pouvait faire exploser cette fragile stabilité.
Ils s’installèrent au fond de la pièce, un peu à l’écart. Dante sortit un téléphone, pianota quelques messages puis se tourna vers elle.
"Tu vois cet homme là-bas ?" murmura-t-il en désignant discrètement un type en costume noir au visage fermé. "Il a trahi la famille."
Sophia suivit son regard, les mains moites. "Et qu’est-ce que tu vas faire ?"
Dante se pencha vers elle, un léger sourire en coin. "Je vais le laisser parler. Se noyer dans ses mensonges. Et quand il aura tout déballé… je l’écraserai."
Elle frissonna. Pas à cause de la menace dans sa voix, mais à cause de la facilité avec laquelle il l’avait prononcée. Pour lui, détruire un homme semblait aussi simple que de retirer une écharde.
La réunion dura plus d’une heure. Des dossiers passèrent de main en main, des photos, des noms, des lieux. Sophia ne comprenait pas tout, mais elle sentait que c’était bien plus que des affaires. C’était une guerre souterraine, un réseau d’alliances et de trahisons où chaque geste pouvait valoir une vie.
Et Dante… il en était le maître. Froid, méthodique, implacable.
À la fin, alors que tous se levaient, Dante se tourna vers elle. "Viens."
Ils traversèrent un couloir plus étroit, jusqu’à une pièce fermée au fond. Il ouvrit la porte, la laissa entrer, puis la suivit. C’était une sorte de bureau privé, plus chaleureux que le reste de la maison, avec un feu de cheminée qui crépitait doucement.
"Assieds-toi", dit-il, s’installant dans un fauteuil en cuir.
Elle obéit.
"Pourquoi m’as-tu amenée ici ?" demanda-t-elle.
Il la fixa longuement, comme s’il pesait chaque mot qu’il allait prononcer. Puis, calmement :
"Parce que tu n’es pas comme les autres."
Sophia haussa un sourcil. "C’est ce que tu dis à toutes les femmes que tu impliques dans tes affaires ?"
Dante ne sourit pas. Il se leva lentement, s’approcha d’elle et s’accroupit devant sa chaise, son regard rivé au sien.
"Tu crois que je ne vois pas à travers toi ? Tu crois que tu peux me cacher ta peur, ta colère, ton envie de comprendre ?"
Il marqua une pause.
"Mais surtout… tu crois que je n’ai pas vu cette étincelle. Ce feu. Tu veux survivre, oui. Mais tu veux aussi… gagner."
Sophia sentit sa gorge se nouer. Elle voulait le contredire, mais ses paroles l’avaient touchée au plus profond. Il avait vu juste. Elle n’était pas juste une victime. Elle voulait comprendre, maîtriser, retourner la situation.
"Et si c’était vrai ?" murmura-t-elle. "Et si je voulais apprendre ton monde pour ne plus jamais être vulnérable ?"
Dante se redressa, l’air presque satisfait. "Alors je t’enseignerai. Mais sache une chose, Sophia Romano : ce que tu apprendras ici… changera tout ce que tu crois savoir sur toi-même."
Le soleil se levait timidement sur Naples, mais la ville semblait plus sombre que jamais.À la villa Moretti, Dante, Sophia et leurs alliés avaient dressé leur quartier général dans la grande salle souterraine. Les visages étaient tendus, marqués par la fatigue et la certitude que le pire était encore à venir."Il ne restera pas les bras croisés", murmura Luca, les yeux rivés sur les écrans où défilaient des données cryptées."Non", confirma Dante. "Il est blessé, humilié... Ce n’est pas un homme qui pardonne."Sophia fixait une carte de la ville affichée sur le mur. Chaque point rouge représentait un de leurs repaires, chaque point noir, une position ennemie."Il va frapper où ça fait mal", dit-elle.Dante acquiesça."Il va chercher à détruire ce que j'aime."Un frisson parcourut Sophia. Il n'avait pas dit qui il aimait, mais son regard sombre était sans équivoque.Elle.Quelques heures plus tard, ils reçurent les premières nouvelles.Une explosion retentit dans l'un des clubs appart
La villa Moretti semblait s’être figée dans le temps depuis l’attaque.Même l’air était plus lourd. Plus électrique. Comme si chaque mur, chaque meuble, retenait son souffle en attendant la suite.Sophia observait Dante de loin, assis dans son bureau. Il ne bougeait pas. Il fixait un vieux portrait accroché au mur : une immense peinture représentant Giovanni Moretti, l’homme qu’ils devaient maintenant affronter.Elle savait que pour Dante, cet homme n’était pas seulement un ennemi.C’était son père.Celui qui l’avait élevé dans la violence et la trahison. Celui qui avait fait de lui un soldat avant de le traiter comme un pion sacrificiel. Celui qui avait ordonné la mort de Valeria… et peut-être même d’autres encore.Sophia poussa doucement la porte et entra."Tu penses à lui ?" demanda-t-elle.Dante hocha la tête sans détourner les yeux du portrait."Je pense à la façon dont il m’a tout appris. La force. La peur. La loyauté... Et comment il a tout piétiné."Sophia s'approcha et posa u
Chapitre 14 – Un cœur sous menaceLe silence régnait dans la villa Moretti. Mais ce n’était pas un silence apaisant.C’était le genre de silence qui précède les tempêtes. Le genre qui te colle à la peau et t’empêche de respirer.Sophia était dans la bibliothèque. Une pièce vaste, tapissée de livres anciens, où la lumière dorée tombait en cascade sur les étagères. Elle feuilletait un recueil de poésie italienne qu’elle ne parvenait pas à lire. Son esprit vagabondait ailleurs. Vers les menaces. Les regards dans l’ombre. Les cauchemars qui devenaient de plus en plus fréquents.Depuis l’affaire Giulio, elle savait qu’elle était devenue une cible directe.Et ça l’effrayait.Mais ce n’était pas la peur qui la consumait le plus. C’était cette sensation oppressante qu’elle n’avait plus vraiment le contrôle de sa vie. Que tout ce qu’elle faisait, disait, décidait… était observé. Manipulé.Elle ferma le livre brusquement. Se leva. Marcha vers la fenêtre.Le jardin était calme. Trop calme.Dante
Chapitre 13 – Les Loups du passéLa nuit était tombée depuis longtemps sur la villa Moretti, mais l’air n’apportait aucun repos. Il semblait chargé d’électricité, comme avant un orage. Sophia regardait le plafond, allongée dans le lit vide. Dante n’était pas encore revenu.Depuis le passage de la police, il avait disparu dans le labyrinthe de ses contacts, ses avocats, ses alliés. Il voulait comprendre. Répondre. Agir.Mais elle, elle étouffait dans l’attente.Finalement, n’y tenant plus, elle quitta la chambre, traversa le couloir. Ses pas la menèrent jusqu’à la cave privée; une partie secrète de la maison à laquelle peu avaient accès.Elle poussa la porte. Une lumière faible baignait l’espace. Dante était là, penché sur une table, entouré de dossiers, de vieux téléphones brûlés, de clés USB.Il leva les yeux à son arrivée, l’air usé, les cernes marqués."Tu ne dors pas", dit-il simplement."Toi non plus."Elle s’approcha, s’asseyant face à lui. Il avait vieilli de dix ans en deux jo
Chapitre 12 – L’héritage des flammesLe lendemain matin, la villa était plongée dans un silence pesant. Même les oiseaux semblaient hésiter à chanter. Sophia ouvrit les yeux en sursaut, comme si elle avait rêvé d’un feu qui dévorait le monde.Elle se leva, les doigts serrés sur la photo que Bianca avait laissée.Valeria.Cette enfant à l’innocence lumineuse, disparue trop tôt. Elle sentait le poids de cette histoire la suivre comme une ombre. Elle avait beau se répéter que Dante n’était pas responsable, une part d’elle avait besoin d’en savoir plus. Pas seulement par amour. Mais pour comprendre l’homme avec lequel elle commençait à tout risquer.Elle quitta la chambre, descendit silencieusement dans le bureau. Dante n’y était pas, mais la porte de la pièce annexe, celle qu’il gardait toujours fermée, était entrebâillée.Une hésitation. Puis elle entra.La pièce était sombre, sans lumière naturelle. Une odeur de bois ancien, de cuir et de poussière. Au mur, un immense tableau : une fam
-Chapitre 11 – Le pacte de l’ombreLa tension dans l’air était presque palpable. Le regard de Bianca ne flanchait pas. Elle scrutait Sophia comme un prédateur analyse sa proie. Et pourtant, Sophia ne baissa pas les yeux."Tu es entrée ici comme si tu étais encore la bienvenue", dit-elle d’un ton glacé."Je le suis plus que tu ne l’imagines. Ce manoir… je l’ai vu sortir de terre. J’ai dormi dans ce lit. J’ai porté sa bague.""Et tu l’as trahi."Bianca haussa les épaules, faussement amusée. "C’est un bien grand mot. Disons… que j’ai décidé de me rappeler qui je suis. Pas une femme docile. Mais une héritière. Une joueuse. Et j’en avais assez d’être son pion.""Tu n’es pas la seule à avoir souffert."Bianca pencha légèrement la tête. "Tu penses que parce qu’il t’embrasse comme un roi, il te dit tout ? Tu crois que tu le connais ?" Elle fit un pas en avant. "Laisse-moi te poser une seule question, Sophia… Est-ce qu’il t’a déjà parlé de Valeria?"Sophia resta figée. Le nom lui était inconnu