LOGINCamilleLe jour se lève sur Paris, filtré par les rideaux de lin blanc que j'ai oublié de fermer complètement hier soir. Une lumière pâle, encore hésitante, à peine sortie des brumes de l'aube, caresse le plancher de chêne, le drap froissé, le contour des meubles qui émergent lentement de la pénombre.Le silence est presque parfait. Juste troublé par le souffle régulier d'Anaïs, endormie contre mon épaule. Son bras repose sur ma taille, léger, chaud, confiant. Sa main est ouverte sur mon ventre, paume à plat, les doigts légèrement écartés. Dans son sommeil, elle s'est collée à moi comm
Elle sourit. Un sourire doux, presque triste, comme si elle mesurait le poids des mots qu'elle vient d'entendre. Puis elle se penche vers moi. Lentement. Très lentement. Pour que je puisse la voir venir, pour que je puisse anticiper chacun de ses mouvements, pour que je puisse m'écarter si je le souhaite.Je ne m'écarte pas.Ses lèvres se posent sur les miennes. Un effleurement d'abord, à peine un baiser, juste un frôlement de peau contre peau. Puis une pression plus affirmée, plus confiante. Ses lèvres sont douces, un peu gercées par le froid de l'hiver. Sa langue effleure ma lèvre inférieure, avec une lenteur qui est une politesse, une question renouvelée à chaque instant.
Quelque chose a changé. Quelque chose s'est déplacé en moi, un léger tremblement de terre intérieur dont je ne mesure pas encore toute l'ampleur. Ce n'est pas de l'excitation. Ce n'est pas de la passion. C'est un sentiment étrange, presque oublié : la curiosité pour une autre personne. L'envie de connaître. De comprendre. De partager.En rentrant chez moi, je retire ma veste, je me regarde dans le miroir de l'entrée. Mes joues sont encore légèrement roses. Mes yeux brillent. Je ne m'étais pas vue comme ça depuis des années. Éveillée. Vivante. Intéressée par le monde extérieur.C'est nouveau. C'est immense. C'est peut-être le début de quelque chose
Nous parlons de photo, de journalisme, de la différence entre l'argentique et le numérique, de la lumière d'automne à Paris, des livres qui nous ont marquées, des films qu'on a vus cent fois. Nos échanges sont fluides, ponctués de silences qui ne sont jamais gênants. Pour la première fois depuis des années, je parle à une inconnue sans calculer mes mots, sans me demander comment je suis perçue, sans chercher à plaire ou à contrôler l'image que je renvoie.Je ne cherche pas à séduire. L'idée ne m'effleure même pas. Étrangement, cela ne me traverse même pas l'esprit que cette rencontre pourrait être le début de quelque chose. Je suis juste là, moi, Camille, en train de parler de beauté, de lumiè
CamilleC'est un jeudi soir en octobre. Les jours ont raccourci, et la lumière dorée de l'automne parisien embrase les façades haussmanniennes d'un feu doux et mélancolique. Les feuilles des marronniers commencent à roussir, et l'air frais du soir porte une odeur de terre humide, de marrons grillés, de fin d'année qui approche.J'ai repris goût aux vernissages. Pendant les années sombres, je n'allais plus à aucune exposition, à aucun événement culturel. Tout ce qui faisait vibrer la ville m'était devenu indifférent. Franck occupait tout l'espace, mental et émotionnel. Le monde extérieur s'était réduit à son cabinet, à ses ordres, à son regar
Au bout de très longues minutes, elle relève la tête, renifle, s'essuie les joues d'un revers de manche. Son chignon s'est défait, des mèches folles collent à ses tempes.— Pardonnez-moi, dit-elle en hoquetant. Je suis désolée.— Ne vous excusez pas. Ne vous excusez jamais de pleurer.Elle respire profondément, retrouve un peu de contenance.— J'ai eu la même chose, lâche-t-elle soudain. Pendant deux ans. Deux ans. Avec mon psychanalyste. Il m'a fait croire que j'étais amoureuse de lui. Que c'était normal. Que ça f







