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Chapitre 6 – La bouche ouverte

Author: Eternel
last update publish date: 2026-04-03 06:25:43

Camille

Huit jours.

Huit jours sans lui.

Huit jours à retourner dans cet appartement inconnu, à chercher une trace, un message, un signe. Rien. Juste le lit défait, l'oreiller qui sent encore lui, et ce mot posé sur la table comme une épitaphe.

Séance annulée. À bientôt. Franck.

J'ai dormi là les trois premières nuits. Incapable de rentrer chez moi, de retrouver mon lit, ma solitude habituelle. Je restais là, dans ses draps, à respirer son odeur, à passer mes doigts sur les marques qu'il avait laissées sur mes fesses. Des bleus violacés, magnifiques, qui me faisaient mal quand je m'asseyais. Chaque douleur était un souvenir. Chaque bleu était lui.

Le quatrième jour, j'ai dû rentrer. Mon téléphone n'arrêtait pas de sonner. Mon éditrice, ma mère, des amis qui s'inquiétaient de ne pas avoir de nouvelles. J'ai inventé une grippe, un reportage urgent, n'importe quoi. Je ne me souviens même plus de ce que j'ai dit.

Ma mère. Elle a appelé sept fois. J'ai fini par répondre.

-- Tu fais ta morte, Camille ? a-t-elle crié dès que j'ai décroché. Comme ton père. Toujours à disparaître, à laisser les autres s'inquiéter.

Sa voix perchée, son ton accusateur. J'ai raccroché au bout de trente secondes. Puis j'ai pleuré pendant une heure, recroquevillée sur mon canapé, à regarder le mur.

Parce qu'elle avait raison. Je devenais comme lui. Mon père. L'homme qui avait disparu sans un regard en arrière, sans une explication. L'homme que je haïssais et dont j'avais toujours eu les mêmes pulsions, les mêmes besoins de fuite, les mêmes désirs inavouables.

Le septième jour, j'ai craqué. Je lui ai écrit.

S'il te plaît. Dis-moi quelque chose. N'importe quoi. Je deviens folle.

Sa réponse est arrivée trois heures plus tard.

Je sais. À demain. 20h. L'appartement.

Vingt heures. J'avais vingt-quatre heures à tuer. Je les ai passées à me préparer comme une mariée avant la nuit de noces. Épilée intégralement, gommée, hydratée, parfumée. J'ai acheté de la lingerie neuve, rouge cette fois, plus osée, quasi transparente. Des bas, des jarretelles. Des talons que je ne pourrai pas garder longtemps.

J'arrive à dix-neuf heures quarante-cinq. Je tourne autour du pâté de maisons comme une lionne en cage. À vingt heures précises, je sonne.

Il ouvre.

Il est en costume noir, chemise blanche, cravate noire. Pas un mot. Il s'efface, je rentre. L'appartement a changé. Des bougies partout, allumées. Une odeur d'encens, lourde, enveloppante. De la musique, douce, classique, du violoncelle qui pleure.

Il referme la porte derrière moi. J'entends le verrou tourner.

-- Enlève tes chaussures.

J'obéis. Pieds nus sur le parquet.

-- Ton manteau.

Je le lui tends. Il le pose sans me quitter des yeux.

-- Marche jusqu'à la chambre. Lentement.

Je traverse le salon. Je sens son regard dans mon dos, sur mes jambes, mes hanches, ma nuque. La chambre est éclairée par des bougies. Le lit est fait, draps blancs immaculés. Sur la table de nuit, j'aperçois des objets dont je ne connais pas l'usage.

-- Assieds-toi au bord du lit.

J'obéis. Il reste debout devant moi.

-- Je t'ai manqué ?

-- Tu le sais.

-- Dis-le.

-- Tu m'as manqué. Chaque minute. Chaque seconde. Je n'ai pas dormi, pas mangé, pas pensé à autre chose.

Il s'agenouille devant moi, prend mon visage entre ses mains.

-- Moi aussi, Camille. Moi aussi.

Il m'embrasse. Un baiser lent, profond, qui goûte la peau, qui explore, qui prend son temps. Ses mains descendent le long de mon cou, ouvrent les boutons de mon chemisier un par un. Il défait chaque bouton comme un rituel, posant ses lèvres sur la peau découverte à mesure.

Quand il arrive à mon ventre, il s'arrête. Il regarde la dentelle rouge, la transparence, ce que ça laisse voir.

-- Tu es magnifique.

Il m'allonge sur le lit, reste debout à me regarder. Puis il sort de sa poche un foulard de soie noir.

-- Tu as confiance en moi ?

-- Oui.

Il me bande les yeux.

Le noir absolu. Plus que les sons, les odeurs, les sensations. La musique, plus lointaine. Le froissement de ses vêtements quand il se déshabille. Son souffle qui se rapproche.

Ses mains sur mes chevilles. Il écarte doucement mes jambes. Un baiser sur l'intérieur de ma cuisse gauche. Puis plus rien. J'attends, le corps tendu. Rien. Juste le silence, sa présence que je devine.

Sa bouche sur mon genou droit. Puis plus rien. Il joue avec moi, m'offre et me retire sa bouche, me laissant dans l'attente, le désir, la frustration.

-- S'il te plaît...

-- S'il te plaît, quoi ?

-- Ta bouche. Là.

-- Où, là ?

Il est cruel. Il veut que je le dise. Que je nomme.

-- Mon sexe. Je veux ta bouche sur mon sexe.

Il rit doucement, un souffle chaud sur ma peau.

-- Bien.

Sa bouche se pose enfin là où j'attends. Mais pas directement. Il contourne, embrasse l'intérieur de mes cuisses, remonte, s'arrête au bord, redescend. Je gémis, je me tords, je le supplie.

-- Tu es si mouillée, murmure-t-il contre ma peau.

Sa langue, enfin. Elle me traverse, me remplit, m'embrase. Elle tourne autour de mon clitoris, le flatte, le caresse, s'en éloigne, y revient. Je perds la notion du temps, de l'espace. Je ne suis plus qu'une bouche ouverte, qu'un cri qui monte.

-- Pas encore, dit-il en s'arrêtant brusquement.

Je gémis de frustration. Il remonte le long de mon corps, sa bouche sur mon ventre, mes seins, mon cou. Il m'embrasse, je goûte mon propre jus sur ses lèvres.

Il enlève le bandeau. Je cligne des yeux, éblouie par les bougies. Il est au-dessus de moi, magnifique, son sexe dur qui frôle ma cuisse.

-- Regarde.

Il se redresse, prend un objet sur la table de nuit. Un godemiché, noir, lisse, d'une taille impressionnante.

-- Tu as déjà utilisé ça ?

-- Non. Jamais.

-- Tu veux essayer ?

Je regarde l'objet, la taille, et j'ai peur. Mais j'ai envie. Plus que peur.

-- Oui.

Il sourit. Il met un préservatif dessus, applique du gel, beaucoup. Puis il me le montre.

-- Tourne-toi. À quatre pattes.

Je me retourne, offre mes fesses, la tête dans l'oreiller. Je sens ses doigts qui m'écartent, qui appliquent du gel, qui préparent. Puis le contact du silicone, froid, contre mon entrée.

-- Respire. Pousse doucement.

Il entre. Lentement, centimètre par centimètre. La sensation est étrange, différente de lui, plus dure, plus impersonnelle. Mais quand il arrive au fond, quand il est complètement en moi, je gémis de plaisir.

Il bouge, doucement d'abord, puis plus vite. L'objet va et vient, remplit, ouvre. Une main tient ma hanche, l'autre joue avec mon clitoris. La double stimulation est foudroyante.

-- Je vais jouir, je vais jouir...

-- Pas encore.

Il retire l'objet d'un coup. Je crie de frustration. Il me retourne, s'allonge, me tend l'objet.

-- À ton tour. Sur moi.

Je le regarde, interloquée. Lui, prendre ça ? Lui, le dominant ?

-- Tu as dit que tu ferais tout. Alors fais.

Je prends l'objet, enduit de gel, hésite. Il écarte les jambes, m'offre son corps.

-- Doucement.

Je guide l'objet vers lui, vers cet endroit que je n'avais jamais imaginé toucher. Il entre, lentement, je vois son visage se tendre, ses mâchoires se serrer.

-- Continue.

Je bouge, doucement, le regardant. Ses yeux sont fermés, sa bouche entrouverte. Il gémit, et ce son, ce son de lui vulnérable, de lui offert, me bouleverse. Je continue, accélère, le regarde perdre le contrôle.

-- Arrête. Maintenant. Viens ici.

Je laisse l'objet, je monte sur lui, je l'enfonce en moi, mon sexe contre le sien, je le chevauche, furieusement. Il me prend par les hanches, me guide, me pilonne de bas en haut.

-- Jouis, Camille. Jouis maintenant.

L'orgasme explose, violent, incontrôlable. Je crie, je me vide, je m'effondre sur lui. Il jouit en même temps, un râle profond, son corps qui se tend.

Longtemps après, blottie contre lui, je murmure :

-- Qu'est-ce qu'on devient ?

-- On devient nous, Camille. Rien que nous.

-- Et la thérapie ?

-- La thérapie, c'est fini. Maintenant, c'est autre chose.

Je n'ose pas demander quoi. J'ai peur de la réponse. Alors je reste blottie, je compte ses battements de cœur, j'essaie de ne pas penser à demain.

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