로그인Camille
Il s'allonge de nouveau. Je me relève, enlève ma
J'accélère. Le bruit de nos corps qui s'entrechoquent emplit la pièce. La sueur perle sur ma peau. Je sens l'orgasme monter, inévitable.
-- Je vais jouir.
-- Pas encore. Regarde-moi.
Je plonge mes yeux dans les siens. Gris-bleu, intenses, qui me traversent. Et là, dans ses yeux, je vois quelque chose que je n'avais pas vu avant. Une fragilité. Une attente. Comme s'il attendait quelque chose de moi, de cette femme qui le chevauche.
-- Maintenant, Camille. Jouis pour moi.
L'orgasme explose, violent, profond. Je crie son nom, je me cambre, je sens ses mains qui serrent mes hanches. Et lui, en dessous de moi, qui jouit à son tour, remplissant, chaud, profond.
Je m'effondre sur lui, haletante, trempée. Il caresse mon dos, lentement, doucement.
-- Tu vois, murmure-t-il. Tu peux être celle qui prend. Pas seulement celle qui est prise.
Je relève la tête, le regarde.
-- C'est ça, ta thérapie ?
Il sourit, ce sourire que j'aime et qui m'effraie.
-- C'est ça, Camille. Te montrer que tu as le choix. Que tu peux être active. Que tu n'es pas juste l'objet de tes pulsions, mais leur sujet.
Je reste allongée sur lui, blottie, comblée. L'horloge tic-tac. Le monde existe encore dehors. Ici, il n'y a que nous.
-- Il faut que j'y aille, dis-je à regret.
-- Oui.
Je me lève, cherche ma jupe. Il reste allongé, nu, magnifique.
-- Camille.
-- Oui ?
-- La prochaine fois, je t'emmène ailleurs.
-- Où ?
Il sourit, mystérieux.
-- Là où tu pourras vraiment explorer ce que tu caches.
Camille
Une semaine. Il a dit une semaine avant la prochaine séance. Sept jours. Mille soixante-huit heures. Je les ai comptées.
J'ai essayé de travailler. Impossible. Mon article sur la crise migratoire attend, les interviews s'empilent, mon téléphone sonne. Je ne réponds pas. Je reste chez moi, en pyjama, à regarder le plafond, à revoir ses mains, sa bouche, son sexe en moi.
Je me touche. Tout le temps. Dans mon lit, sous la douche, sur le canapé. Je cherche à retrouver la sensation, l'orgasme qu'il m'a donné. Mais ce n'est jamais pareil. Mes doigts sont des pauvres substituts. Je pleure parfois, après. De frustration. De manque. De peur.
Je suis accro.
L'évidence me frappe un matin, sous la douche, l'eau brûlante sur ma peau. Je suis accro à lui. Pas à ses séances, pas à sa thérapie. À lui. À sa peau. À sa voix. À son pouvoir.
Et lui, qu'est-ce qu'il ressent ? Est-ce que je suis juste une patiente de plus, un corps de plus dans sa collection ? L'idée me tord le ventre. La jalousie, l'insécurité, la peur de n'être rien.
Je lui envoie un SMS. Juste :
Je pense à toi.
Il répond trois heures plus tard :
Je sais. À jeudi.
Rien d'autre. Pas de "moi aussi", pas de cœur, pas de chaleur. Juste ce savoir froid, cette certitude qu'il contrôle tout, même mes pensées.
Jeudi. Enfin.
Je sonne, le cœur cognant si fort que je l'entends dans mes oreilles. La porte s'ouvre. Il est en jean noir, pull marin, décontracté, presque jeune. Il me regarde, et dans ses yeux, je vois qu'il me voit. Vraiment. Pas juste un corps, pas juste une patiente. Moi.
-- Entre.
Je passe devant lui. Il ne me touche pas. C'est pire que s'il le faisait.
-- Aujourd'hui, pas de cabinet, dit-il. On sort.
-- Où ?
-- Surprends-toi.
Il prend un manteau, m'en tend un. Long, noir, élégant. Je l'enfile. Il sent lui. Encore.
Dans la rue, il marche vite, je trottine à côté. Il ne me prend pas la main. Nous sommes deux inconnus qui marchent. Arrivés devant une porte cochère, il sort une clé, ouvre. Un escalier étroit, sombre. Je monte derrière lui, regardant ses fesses, ses épaules. Quatrième étage. Il ouvre une autre porte.
Un appartement. Petit, spartiate. Un lit, une table, deux chaises. Des murs blancs, nus. Une fenêtre qui donne sur une cour intérieure.
-- C'est chez toi ?
-- Un de mes chez-moi. Personne ne sait que j'ai cet endroit.
Il se retourne vers moi, s'approche. Ses mains se posent sur mes épaules, font glisser le manteau. Il me tourne, défait la fermeture de ma robe. Elle tombe à mes pieds. Je suis en dessous en ensemble de dentelle noire, choisi pour lui.
-- Tu es belle, Camille.
Sa voix est douce, presque tendre. Puis il passe derrière moi, défait mon soutien-gorge d'un geste expert. Mes seins se libèrent. Il les prend dans ses mains, les pèse, les caresse. Ses doigts pincent mes tétons, doucement d'abord, plus fort ensuite. Je gémis.
-- À genoux.
L'ordre. Enfin. Je tombe à genoux sur le parquet froid. Il est debout devant moi, je vois ses chaussures, ses jambes. Il ne bouge pas.
-- Qu'est-ce que tu es prête à faire pour moi, Camille ?
-- Tout.
-- Tout, c'est trop vague. Dis-moi.
-- Je suis prête à t'obéir. À faire ce que tu veux. À être ce que tu veux.
-- Même si ça fait mal ?
Je lève les yeux vers lui. Son regard est dur, intense.
-- Surtout si ça fait mal.
Il sourit. Pas le sourire doux, l'autre. Celui du prédateur.
-- Alors lève-toi. Va t'allonger sur le lit. À plat ventre. Les bras écartés.
J'obéis. Le lit est dur, drap froid. Je pose ma joue sur le tissu, j'écarte les bras, j'attends.
Il s'approche, je l'entends ouvrir quelque chose. Une ceinture ? Une lanière ? Je ne vois pas.
-- Tu as peur ?
-- Oui.
-- Tu veux arrêter ?
-- Non.
Le premier coup claque sur mes fesses. La douleur est vive, brûlante. Je crie. Puis la sensation se transforme, la chaleur se diffuse, le plaisir arrive par vagues.
-- Encore ?
-- Oui.
Deuxième coup. Plus fort. Je mords le drap. Troisième, quatrième. Je ne compte plus. La douleur et le plaisir se mêlent, deviennent une seule chose. Je gémis, je pleure, je jouis presque.
Il s'arrête. Ses mains caressent la peau brûlante, doucement, apaisant.
-- Retourne-toi.
Je me retourne. Il me regarde, debout au pied du lit. Puis il se déshabille, lentement. Je vois son corps pour la première fois en entier. Magnifique. Musclé sans excès, poilu juste ce qu'il faut, et son sexe dur, tendu vers moi.
Il s'allonge sur moi, son poids m'écrase. Sa bouche cherche la mienne, l'embrasse enfin. Un vrai baiser, profond, tendre. Sa langue explore, la mienne répond. Ses mains caressent mes seins, mon ventre, mon sexe.
-- Je vais te prendre, Camille. Je vais te prendre comme tu en as envie. Comme dans tes rêves.
Il entre en moi d'un coup, brutal. Je crie, de surprise, de douleur, de plaisir. Il bouge en moi, fort, rapide, profond. Chaque coup me cloue au lit, me défonce, me comble. Je ne contrôle rien, je ne veux rien contrôler.
-- Regarde-moi.
Je le regarde. Ses yeux sont fous, intenses, perdus. Il n'est plus le docteur, plus le contrôleur. Il est un homme qui baise, simplement, sauvagement.
-- Je t'ai, Camille. Je te tiens. Tu es à moi.
-- Oui.
-- Dis-le.
-- Je suis à toi.
-- Encore.
-- Je suis à toi. À toi. À toi.
L'orgasme me prend par surprise, violent, sans prévenir. Je crie, je me tords, je l'agrippe. Il jouit en même temps, un râle profond, son corps qui se tend, qui se vide en moi.
Il reste en moi, haletant, son front contre le mien. Longtemps. Puis il roule sur le côté, m'attire contre lui. Je blottis ma tête au creux de son épaule. Il caresse mes cheveux, doucement.
-- Ça va ?
-- Oui.
-- C'était...
-- Oui.
Il rit doucement. Je lève les yeux vers lui.
-- Quoi ?
-- Rien. Juste... tu es différente.
-- Différente de qui ?
Il hésite. Puis :
-- Différente des autres.
Mon cœur se serre. Les autres. Il y en a d'autres. Je le savais, mais l'entendre, c'est autre chose. Je me raidis. Il le sent.
-- Camille. Regarde-moi.
Je lève les yeux.
-- Ce que j'ai avec toi, c'est différent. Je ne sais pas pourquoi. Mais c'est différent.
-- Je veux te croire.
-- Alors crois-moi.
Il m'embrasse. Doucement, tendrement. Et je choisis de le croire. Parce que je n'ai pas le choix. Parce que je suis déjà trop loin.
-- Reste, dit-il. Ce soir. Reste avec moi.
-- Et la thérapie ?
-- La thérapie, c'est nous. Maintenant.
Je reste.
Dans la nuit, lovée contre lui, je l'écoute respirer. Je sens son cœur battre. Je touche son cou, sa mâchoire, ses lèvres endormies. Je suis à lui. Complètement. Et je ne sais pas si c'est la plus belle ou la pire chose qui pouvait m'arriver.
Au matin, il n'est plus là. Juste un mot sur la table :
Séance annulée. À bientôt. Franck.
Je reste seule dans cet appartement inconnu, nue, marquée, abandonnée. Et je pleure. De joie ? De peur ? Je ne sais pas. Je ne sais plus rien.
GabrielLe soleil du matin traverse la verrière.Un rayon oblique, presque horizontal, chargé de poussières dansantes, transforme les particules invisibles en paillettes d'or. Il coupe la pièce en deux, une ligne nette et lumineuse qui sépare l'ombre de la lumière, qui traverse le loft comme un sabre, qui raconte une histoire de dualité et d'équilibre.Le lit rond est au centre exact de cette diagonale. L'îlot blanc flotte dans cette mer de briques rouges et d'acier noir, au beau milieu du chaos organisé de notre vie. Les draps sont froissés, les oreillers écrasés, les couvertures entremêlées , les traces de notre nuit, les preuves de notre amour, les indices de notre passion.Flore est allongée contre moi.Sa tête repose au creux de mon épaule , cette épaule qu'elle a mordue, griffée, couverte de marques. Son bras est en travers de mon torse, sa main posée sur mon cœur, comme pour vérifier qu'il bat encore. Ses cheveux blonds sont un désordre soyeux sur ma peau, sur mon cou, sur mon
Son regard est une main fantôme. Il me caresse sans me toucher, me possède sans me prendre, me fait jouir sans me pénétrer. Je sens son poids sur chaque partie de mon corps, une pression immatérielle mais réelle, presque physique. Mes tétons durcissent sous le coton. Mon ventre se contracte, une crampe légère, un appel. Mes cuisses se serrent légèrement, une réaction de pudeur, de défense , ou peut-être l'inverse.Mes doigts referment le livre.Le bruit sec du volume qui se clôt le fait sursauter. Ses mains s'immobilisent sur mes pieds. Il lève les yeux vers moi, ses yeux bruns qui brillent dans la lumière du feu, et il sourit , le sourire du coupable pris en flagrant délit de désir oculaire.Je pose le livre sur l'accoudoir. Je croise les bras sur ma poitrine. Je lève un sourcil, ce geste que j'ai perfectionné pendant des années de réunions et de négociations, et qui fait trembler les stagiaires et hésiter les directeurs financiers.— Tu veux quelque chose ? demandé-je.Ma voix est d
Gabriel !Son cri résonne dans le bureau vide, rebondit sur les murs de verre, se mêle au bourdonnement lointain de la circulation. Elle tremble, elle tressaute, elle se vide entre mes lèvres.Je bois son plaisir. Jusqu'à la dernière goutte. Ma langue nettoie ses lèvres gonflées, ses cuisses tremblantes, la fente encore palpitante. J'apaise les derniers soubresauts de son corps avec des baisers légers, presque maternels.Puis je me relève.Mes lèvres luisent de sa cyprine et de sa salive. Mon menton est humide. Ma chemise est tachée. Je dois ressembler à un animal, à un sauvage, à un dieu déchu. Mais je n'ai jamais été aussi beau à mes propres yeux.Flore se retourne. Ses yeux gris sont noyés, brillants de larmes non versées. Ses joues sont empourprées, ses lèvres entrouvertes, sa respiration encore saccadée. Elle est belle comme jamais. Belle comme le chaos. Belle comme la fin du monde.Elle m'attrape par la cravate. Ses doigts s'enroulent autour du tissu de soie, tirent. Elle m'atti
Le tissu glisse. Il révèle le haut de ses bas, cette fine bande de dentelle noire qui cerne sa cuisse. Les jarretelles, ces fines lanières élastiques qui descendent vers ses bas, qui les maintiennent en place. Et la peau , sa peau nue, pâle et parfaite, douce comme du satin, chaude comme du pain sorti du four. La peau au-dessus des jarretelles, là où le nylon s'arrête et où la chair commence. Ce territoire intime, secret, que seuls les amants connaissent.Mes lèvres se posent sur cette peau.Un baiser. D'abord, juste une pression. Un contact timide, presque respectueux. Puis un autre, plus appuyé. Je remonte le long de sa cuisse, déposant une traînée de baisers humides, ma langue pointant parfois pour goûter sa chair, le sel de sa journée, le parfum de son savon, l'essence même d'elle. Ses jambes tremblent. Elle gémit, un son bas, profond, venu du ventre. Sa main sur la vitre se crispe, ses doigts se referment sur le verre comme pour ne pas tomber.Ma bouche arrive à la limite de sa c
GabrielLe vingtième étage est un désert de verre et de silence.Plus un bruit de photocopieur, plus une sonnerie de téléphone, plus un claquement de talons pressés, plus ce bourdonnement continu des néons qui était devenu notre musique de fond pendant des années. Le grand open space, qui grouillait il y a encore quelques jours de stagiaires et de cadres en costard, est un paysage fantôme. Les bureaux sont vides, débarrassés de leurs ordinateurs, de leurs photos de famille, de leurs pots de stylos. Seules restent les plantes vertes, oubliées dans leurs pots, déjà un peu jaunies, comme des soldats abandonnés sur le champ de bataille. Et les écrans d'ordinateur, éteints, fixent le vide de leurs yeux morts.Aujourd'hui, nous rendons les clés. Le bail est terminé. La fusion a déplacé le siège so
Ma voix est neutre. Ni amicale, ni hostile. Je ne lui rends pas sa douceur, je ne lui offre pas d'armes. Mais je ne lui jette pas non plus la pierre. Simplement, je constate. Elle est là. Je suis là. C'est un fait.Gabriel hoche la tête vers Raphaël. Un geste sec, viril, entre hommes qui n'ont rien à se prouver. Raphaël lui répond par un battement de paupières, un signe à peine esquissé, une reconnaissance silencieuse. Ils étaient rivaux, autrefois. Maintenant, ils sont juste deux hommes qui ont aimé la même femme, à des époques différentes, et qui ont survécu.— Nous partons pour Singapour, dit Flore, rompant le silence. La direction Asie-Pacifique. C'est une promotion.— Félicitations, répond Raphaël.Son ton est poli, sans chaleur excessive, sans hostilité non plus. Il dit "félicitat







