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CHAPITRE 8 : Le retour

ผู้เขียน: Darkness
last update วันที่เผยแพร่: 2026-03-18 18:39:11

Camille

Huit heures sonnent au clocher du village.

Je monte l'escalier en colimaçon pour la troisième fois. Mes jambes tremblent, mais pas de peur  d'impatience. Chaque marche me rapproche de lui. Chaque tour de l'escalier me rapproche de l'eau, de la chaleur, de ses mains.

Soixante et une marches.

La porte de chêne.

Je frappe trois fois.

Silence.

J'attends. Le bois est froid sous ma paume. J'entends des bruits à l'intérieur , un pas, un verre qu'on pose, un souffle.

La porte s'ouvre.

Il est là.

Il a changé en trois jours. Ses traits sont tirés, ses yeux plus creux, sa barbe plus longue. Il porte une chemise froissée, ouverte, et rien d'autre. Il me regarde, et je vois passer tant de choses dans ses yeux  de la colère, du soulagement, de la faim.

— Entre, dit-il.

Sa voix est rauque, fatiguée. Pas la même que l'autre fois. Celle-ci a des bords tranchants.

J'entre. La pièce est en désordre — des bouteilles vides sur la table, des vêtements par terre, le feu presque éteint. Le bassin de cuivre est vide.

— Trois jours, dit-il sans me regarder. Trois jours sans nouvelles. Sans explication. Malade, qu'ils ont dit. Malade.

— Je l'étais, Monseigneur.

Il se retourne d'un bloc. Ses yeux flamboient.

— Ne me mens pas.

Je recule d'un pas. Il s'approche, lentement, comme un prédateur.

— Je sais que tu n'étais pas malade. Je sais que tu es restée chez ta mère. Je sais que tu as fui.

— Je n'ai pas fui, j'ai...

— Tu as fui. Comme les autres. Comme toutes les autres.

Il est tout près maintenant. Je sens l'odeur de l'alcool sur son souffle, mais aussi autre chose — une odeur de renfermé, de solitude, de désespoir.

— J'avais besoin de voir ma mère, dis-je. Elle est malade. Très malade. Je ne pouvais pas la laisser seule plus longtemps.

Il s'arrête. Quelque chose change dans son regard. La colère s'estompe, remplacée par autre chose que je ne sais pas nommer.

— Ta mère, répète-t-il.

— Oui. Elle tousse sans cesse. L'hiver va être dur pour elle. Je devais m'en occuper.

Il me regarde longtemps. Puis il recule, va s'asseoir dans son fauteuil près du feu. Il prend une bouteille, boit au goulot.

— Pourquoi n'as-tu pas envoyé un mot ?

— Je ne sais pas écrire, Monseigneur.

Le silence tombe. Le feu crépite, les ombres dansent. Je reste debout au milieu de la pièce, mes cruches à la main, ne sachant que faire.

— Pose ça, dit-il enfin. Viens t'asseoir.

Je pose les cruches. Je m'approche du feu, hésitante. Il y a un tabouret près du fauteuil. Je m'assois.

Il me regarde. Vraiment, cette fois. Ses yeux parcourent mon visage, mes mains, ma robe.

— Tu lui ressembles, dit-il doucement. Pas exactement, mais assez. Assez pour que je ne puisse pas détourner les yeux.

— Lady Rosalind.

Il sursaute.

— Tu sais son nom.

— Tout le monde le sait, Monseigneur. Dans le village, on parle.

— Qu'est-ce qu'on dit ?

Je devrais mentir. Je devrais protéger ce qui reste de lui. Mais je suis trop fatiguée pour mentir, trop pleine de tout ce que j'ai entendu.

— On dit qu'elle vous trompait. Qu'elle prenait les hommes du village, qu'elle les rendait fous, qu'elle les jetait. On dit que vous l'aimiez malgré ça. On dit que sa mort était peut-être un accident, peut-être pas. On dit que depuis, vous cherchez elle dans les autres femmes.

Il se tait si longtemps que je crois qu'il ne répondra pas.

— C'est vrai, dit-il enfin. Tout est vrai.

Il boit une longue gorgée.

— Je l'aimais comme on aime un poison. Comme on aime ce qui nous tue à petit feu. Chaque fois que je la surprenais avec un autre, je jurais que c'était fini. Et chaque fois, elle revenait, et je la reprenais. Parce que sans elle, je n'étais rien.

Il pose la bouteille, se penche en avant, les coudes sur les genoux.

— Et quand elle est morte, j'ai cru que j'allais mourir aussi. J'ai attendu. J'ai espéré. Mais la mort n'est pas venue. Alors j'ai cherché. J'ai cherché son visage, son odeur, sa voix, dans d'autres femmes. Des servantes. Des villageoises. Des filles de passage.

— Marie.

— Oui. Marie. Et d'autres. Elles montaient, elles restaient un temps, et puis elles partaient. Parce qu'elles n'étaient pas elle. Parce que je ne pouvais pas leur donner ce qu'elles voulaient.

— Qu'est-ce qu'elles voulaient ?

Il me regarde, et ses yeux sont si tristes que j'ai envie de pleurer.

— De l'amour. Du vrai. Pas cette obsession malade que j'avais pour un fantôme. Elles voulaient que je les voie, elles, pas à travers elle. Et je n'y arrivais pas.

— Et moi ?

Il se lève, vient s'agenouiller devant mon tabouret. Il est si grand qu'à genoux, il est presque à ma hauteur. Il prend mes mains dans les siennes.

— Toi, Camille, je ne sais pas. La première fois que je t'ai vue, j'ai cru que c'était elle. La même ossature, les mêmes yeux. Mais plus je te regarde, plus je vois la différence. Tu es... calme. Paisible. Tu n'as pas cette fièvre qu'elle avait, cette faim insatiable. Toi, tu es comme de l'eau fraîche.

Il porte mes mains à ses lèvres, les embrasse l'une après l'autre.

— Je ne veux pas te faire de mal, murmure-t-il contre ma peau. Je ne veux pas te vider comme les autres. Mais je ne sais pas faire autrement. Je ne sais pas aimer autrement.

Je retire une main, je touche son visage. Sa barbe est douce sous mes doigts. Ses yeux se ferment.

— Apprenez, dis-je. Apprenez avec moi.

Il ouvre les yeux. Il me regarde comme si je venais de lui offrir la lune.

— Tu resterais ? Même en sachant tout ça ?

— Je ne sais pas, Monseigneur. Je ne sais pas si je resterai. Mais je suis là, ce soir. Et ce soir, ça suffit.

Il se lève, me tend la main. Je la prends.

— Alors prépare le bain, dit-il avec un sourire fragile. Et reste avec moi.

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