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CHAPITRE 7 : L'absence qui brûle

ผู้เขียน: Darkness
last update วันที่เผยแพร่: 2026-03-18 18:34:41

Camille

Je reste trois jours chez ma mère.

Trois jours à ne rien faire. Trois jours à regarder le feu, à écouter sa toux, à lui préparer des tisanes avec les herbes que Margot m'a données. Trois jours à essayer de ne pas penser à lui.

Je n'y arrive pas.

La nuit, dans le lit trop petit, je me tourne et me retourne. Je sens sa peau sous mes doigts. J'entends sa voix qui murmure mon nom. Je revis chaque seconde de ce bain, chaque geste, chaque regard.

Et mes mains glissent entre mes cuisses, encore et encore.

Je découvre mon corps comme je ne l'avais jamais fait avant lui. Je découvre les endroits qui réagissent quand je pense à ses mains. Je découvre les sons que je peux faire quand le plaisir monte trop fort. Je découvre que je peux pleurer après, sans savoir pourquoi.

Le troisième soir, ma mère me regarde étrangement.

— Tu es agitée, dit-elle. Tu as de la fièvre ?

— Non.

— Tu es amoureuse.

Ce n'est pas une question. C'est une constatation. Et elle me transperce comme une flèche.

— Quoi ? Non. Non, je...

— Je suis ta mère, Camille. Je sais reconnaître ça. Tes yeux regardent ailleurs. Tu sursautes au moindre bruit. Tu touches ton cou, tes lèvres, sans t'en rendre compte. Tu es amoureuse.

Je veux nier. Je veux lui dire qu'elle se trompe, que c'est impossible, que je ne suis pas amoureuse d'un homme que je connais à peine, d'un seigneur qui ne me voit que comme un reflet, d'un fou enfermé dans son château.

Mais les mots ne sortent pas.

— De qui ? demande-t-elle doucement.

— Personne. Il n'y a personne.

— Camille.

— Maman, je t'en prie. Je ne peux pas. Pas maintenant. Pas encore.

Elle me regarde longtemps. Puis elle soupire, et caresse mes cheveux.

— D'accord. Mais quand tu voudras parler, je serai là. Je suis toujours là.

Je me blottis contre elle comme une petite fille. Et pour la première fois depuis le bain, je pleure. Je pleure sans savoir pourquoi. De peur. De désir. De confusion.

Elle me berce sans rien dire, et je pleure jusqu'à m'endormir.

Le quatrième jour, je retourne au château.

Margot me voit entrer, et son visage se ferme.

— Tu es revenue trop tôt.

— Trois jours, c'est assez.

— Non. Ce n'est pas assez. Il a demandé après toi.

Mon cœur s'arrête.

— Il a demandé ?

— Tous les soirs. Où est Camille ? Pourquoi n'est-elle pas montée ? Je veux Camille. Le majordome a dû lui mentir, lui dire que tu étais malade, que tu avais la fièvre. Il n'a pas aimé.

— Et maintenant ?

— Maintenant, tu vas monter. Ce soir. Parce que si tu ne montes pas, il descendra, et je ne veux pas voir ça.

Je devrais avoir peur. Je devrais trembler. Mais au fond de moi, quelque chose exulte. Il a demandé après moi. Il m'a attendue. Je lui ai manqué.

— Il est comment ? je demande.

— Comment ? Furieux. Impatient. Les servantes qui montent pour son bain disent qu'il est irritable, qu'il boit plus que d'habitude, qu'il regarde la porte sans cesse.

Une chaleur étrange se répand dans ma poitrine. Il m'attend. Il a soif de moi comme j'ai soif de lui.

— Je monterai ce soir, dis-je.

Margot me saisit le bras.

— Camille. Écoute-moi. C'est pas trop tard pour fuir. Je connais des gens à la ville, ils pourraient t'héberger, te trouver du travail. Ta mère, on s'en occuperait...

— Je ne fuirai pas.

— Mais tu es folle ! Tu vas te jeter dans la gueule du loup !

— Peut-être. Mais c'est mon choix.

Je dégage mon bras, je prends mon tablier, je commence à éplucher les légumes. Margot me regarde, secoue la tête, retourne à ses fourneaux.

Mais je vois bien qu'elle a peur.

Je vois bien qu'elle pense que je suis perdue.

Et peut-être qu'elle a raison. Mais si c'est ça, être perdue cette fièvre dans le ventre, cette attente qui fait battre le cœur plus vite, ce désir qui brûle sous la peau alors je veux être perdue.

Je veux brûler.

La journée passe trop lentement.

Je travaille comme une automate, mais mon esprit est déjà là-haut, dans ses appartements, dans l'eau chaude, sous ses mains. Je pense à ce qu'il va faire. À ce qu'il va dire. À ce que je vais ressentir quand il me touchera enfin, vraiment, pas seulement avec mes mains guidées par les siennes.

Je pense à ce que Margot a dit il aspire l'âme, il vide les femmes.

Je pense à Marie, au regard vide, à la fuite.

Mais je pense aussi à ses yeux quand il m'a regardée. À sa voix quand il a dit mon nom. À ce moment où il était nu devant moi, vulnérable, offert.

Personne ne vide les gens qui les aiment, peut-être.

Peut-être qu'il a juste besoin d'être aimé.

Peut-être que je peux être celle qui l'aimera.

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