ログインIvy Le soleil se lève sur le manoir. Ses premiers rayons, doux et dorés comme du miel liquide, percent à travers les rideaux de voile de notre chambre, caressent le parquet ciré, les meubles anciens, les cadres d'argent posés sur la coiffeuse. Ils dansent sur les draps de soie froissés, sur nos deux corps nus et enlacés, formant des motifs mouvants de lumière et d'ombre. Je me réveille doucement, lentement, paresseusement, comme on émerge d'un rêve magnifique pour découvrir que la réalité est encore plus belle. Mes yeux s'ouvrent, et la première chose qu'ils voient, c'est le torse d'Alexander. Sa peau chaude, tannée par le soleil, contre ma joue. Son bras musclé qui m'enserre, protecteur même dans son sommeil le plus profond. Son visage, apaisé, rajeuni par l'abandon du sommeil, enfoui dans mes cheveux. Je ne bouge pas. Je retiens presque ma respiration. Je savoure cet instant de paix absolue, de bonheur pur, de grâce. Le monde peut bien s'écrouler dehors, le monde peut bien brûl
Ivy La fête est finie. Les derniers invités sont partis depuis longtemps, leurs voitures ont disparu dans la nuit, leurs rires se sont éteints. Le manoir a retrouvé son silence majestueux, seulement troublé par le tic-tac de la grande horloge du hall et le crépitement des derniers feux dans les cheminées. Les enfants dorment, épuisés, dans leurs lits couverts de peluches et de livres de contes, leurs visages paisibles éclairés par la veilleuse. Dimitri et Amelia sont rentrés dans leurs ailes respectives, se soutenant l'un l'autre, leurs regards lourds de sommeil et de complicité. Alexander et moi sommes dans notre chambre, notre sanctuaire, le témoin de tant de nuits, de tant d'étreintes, de tant de confessions chuchotées dans le noir. La lumière de la pleine lune, énorme et ronde, filtre à travers la fenêtre ouverte, découpant des rectangles d'argent sur le parquet ciré. Le chant des grillons monte du jardin, une mélopée apaisante. Il est debout devant moi, il me regarde. Ses yeu
Amelia Le jardin du manoir est méconnaissable, transfiguré, métamorphosé en un pays des merveilles grandeur nature. Ce qui était, hier encore, une pelouse calme et sereine, bordée de rosiers centenaires, est devenu un parc d'attractions miniature, une explosion de couleurs, de rires, de musique et de vie. Les dix ans d'Espérance et de Nicolas, ce double anniversaire que nous avons décidé, il y a des années, de toujours célébrer ensemble. Dix ans. Une décennie entière. Un cap symbolique, un anniversaire que nous voulions marquer au fer rouge dans leurs mémoires d'enfants. Des barnums blancs, immenses, ont été dressés sur la pelouse, leurs toiles claquant doucement dans la brise estivale. À l'intérieur, des tables couvertes de nappes blanches croulent littéralement sous les buffets, les pyramides de petits fours, les montagnes de cupcakes multicolores, les tours de bonbons et de chocolats. Un chapiteau de cirque rayé rouge et blanc a été monté près du grand chêne centenaire, son mât
Ivy Dehors, la tempête de neige fait rage. Le vent hurle comme une meute de loups affamés, les flocons tourbillonnent et s'écrasent contre les vitres du manoir avec une violence désespérée. Mais à l'intérieur, tout est calme, tout est chaud, tout est protégé. Le feu crépite dans la cheminée du petit salon de notre aile, projetant des ombres dansantes sur les murs tapissés de livres. Les enfants dorment dans leurs lits, bordés par leur père après l'histoire du soir. Alexander lui-même s'est endormi, je l'ai laissé dans notre chambre, son visage apaisé enfoncé dans l'oreiller. Moi, je ne dors pas. Je ne peux pas dormir. Une agitation intérieure, un besoin irrépressible d'écrire, m'a saisie à la gorge et ne me lâche plus. Quelque chose qui doit sortir, qui doit être formulé, qui doit être exorcisé. Je suis assise dans le vieux fauteuil de cuir, devant le feu qui danse. J'ai posé sur mes genoux un sous-main de cuir, une feuille de papier vélin, un stylo-plume en ébène que Dimitri m'a
Alexander Le silence de mon bureau est absolu. Un silence de cathédrale, de tombeau, de sanctuaire. Les murs sont tapissés de livres anciens que j'ai lus et relus, de tableaux de maîtres que j'ai collectionnés au fil des ans. Mais ce n'est pas vers eux que mon regard se tourne. Mon regard est aimanté par les photos. Des dizaines de photos, dans des cadres d'argent et de cristal, qui ont envahi mon espace de travail au fil des années, repoussant les dossiers financiers, les contrats internationaux, les rapports stratégiques. Une révolution silencieuse, une conquête de l'amour sur le pouvoir. Il y a la photo de notre mariage, Amelia et moi, sortant de la petite chapelle sous une pluie de pétales de roses blanches. Je me souviens de chaque détail, du bruit du loquet, du parfum des cierges, de ses yeux noyés de larmes de joie. Il y a la photo de la naissance d'Espérance, cette petite chose fripée, rouge, braillante, que j'ai tenue dans mes bras tremblants en pleurant comme un enfant.
Dimitri Le salon est baigné d'une lumière dorée, tremblante, celle des centaines de bougies qui dansent sur les meubles anciens, qui se reflètent dans les miroirs, qui font scintiller les cristaux des verres abandonnés. La fête est finie depuis longtemps, les invités sont partis, les enfants sont couchés, et pourtant, ils sont encore là, Alexander et Amelia, à danser au milieu de la pièce vide comme si le temps n'existait pas. Je les regarde, appuyé contre le chambranle de la porte, un verre de whisky oublié dans la main. Je les regarde, et je suis ému, profondément, viscéralement. Alexander, mon ancien rival, mon frère d'armes et de cœur. Amelia, cette femme que j'ai aimée, que j'ai perdue, que j'ai retrouvée sous les traits d'une autre. Ils dansent, leurs corps vieillissants bougent avec une grâce qui défie le temps, leurs regards sont rivés l'un à l'autre, et le monde autour d'eux n'existe plus. Ils ne se parlent pas, ils n'ont pas besoin de mots, leurs corps se disent tout, leu
RoyJe suis tombé amoureux d’Amelia. De la patiente. De la rescapée aux yeux trop vieux. Mais Amelia n’existe plus. Elle a été dissoute sous le scalpel, aspirée par les drains, remplacée cellule par cellule.Ce qui est à la fenêtre, c’est Ivy. Ou plutôt, c’Elle. L’arme. Le piège. La vengeance faite
RoySept mois.Sept mois de cet étrange purgatoire. Ma vie s’est organisée, calcifiée, autour de ce corps silencieux dans mon bureau. Le canapé-lit est devenu mon lit. Le bureau, ma salle de surveillance. La routine est épuisante. Réveil à six heures. Check des constantes. Changement de la sonde na
RoyJe retiens une exclamation. Elle n’est pas vieille. Trente-cinq ans, peut-être ? Mais son visage est ravagé. Des cernes profonds comme des blessures, des pommettes coupantes, une bouche entrouverte sur des dents abîmées, une lèvre fendue. Et pourtant… pourtant, il y a une étrange netteté dans s
IvyC’est ce dont Magda a parlé. Des « goûts particuliers ». Son membre, en érection, est disproportionné par rapport à sa petite taille. Long, épais. Et il brille. Littéralement. Il a appliqué une sorte de gel ou d’huile qui le fait luire d’un éclat obscène et artificiel dans la lumière tamisée. C







