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Chapitre 2 — Le Baiser et la Promesse

Author: L'invincible
last update Last Updated: 2025-09-09 00:40:43

AMÉLIA

Je reste figée, incapable de respirer, incapable de comprendre si ce que je viens d’entendre est un rêve ou une folie, mes yeux rivés sur cet éclat insolent qui me brûle les rétines, mais plus encore sur ce visage penché vers moi, ce regard noir qui m’enserre comme une étreinte invisible

— Tu es fou, Victor… murmuré-je d’une voix étranglée

Un rire silencieux tord ses lèvres, ce sourire fier qui me met hors de moi et me fait fondre dans le même instant, et soudain ses mains se posent sur mes joues, chaudes, fermes, impérieuses, il m’attire à lui sans me laisser le temps de fuir et sa bouche s’abat sur la mienne avec une brutalité qui m’arrache un gémissement étouffé, je veux le repousser mais mes doigts se referment sur son col, je veux le gifler mais mes lèvres s’ouvrent sous les siennes comme une plaie béante

Son baiser est un incendie, une déflagration plus violente encore que sa demande, il me dévore, m’écrase, m’aspire, et je me sens basculer, me perdre, tomber dans ce gouffre où colère et désir s’entremêlent, où ma raison s’efface sous la fièvre de son corps contre le mien

Je me lève, je crois que je cherche à lui échapper, mais déjà il m’enlace, déjà il m’emporte contre le mur, ses mains glissent sur ma taille, se perdent dans le tissu de ma robe, et je sens sa chaleur, sa force, cette faim brutale qui correspond à la mienne, qui me met au supplice et me délivre dans le même souffle

— Je te hais, Victor, gémissé-je contre sa bouche

— Mens encore, Amélia, gronde-t-il en m’arrachant un nouveau baiser qui me coupe le souffle

Ses lèvres descendent dans mon cou, ses dents frôlent ma peau et je me cambre malgré moi, mes doigts s’agrippent à ses épaules, mes jambes se dérobent, et quand il me soulève dans ses bras je n’ai plus la force de lutter, je cède, je m’abandonne, je deviens sa proie volontaire, brûlée de désir et de rage

Il me dépose sur le lit avec une violence tendre, comme s’il voulait me punir et m’honorer en même temps, son corps s’écrase contre le mien, ses mains arrachent mes vêtements, mes soupirs emplissent la chambre, et bientôt nous ne sommes plus que deux êtres déchirés qui s’affrontent et s’unissent, deux fauves enragés qui se consument dans une passion trop grande, trop forte pour être contenue

La nuit s’étire, haletante, moite, ponctuée de nos cris, de nos gémissements, de nos insultes murmurées et aussitôt effacées par des baisers encore plus sauvages, et je comprends dans ce chaos charnel que je ne pourrai jamais vraiment fuir Victor, que sa présence est ma condamnation et mon salut à la fois

Une semaine plus tard

Le jour s’est levé sur un tumulte que je n’arrive pas à apaiser, mon cœur cogne avec la même force qu’au soir de cette dispute, mais aujourd’hui ce n’est plus la colère qui l’alimente, c’est l’attente, la peur, l’éclat d’un instant irréversible

La robe glisse sur ma peau comme une caresse glaciale, blanche, somptueuse, irréelle, et quand je me regarde dans le miroir, je peine à croire que je suis la même femme que celle qui, quelques nuits plus tôt, criait sa haine au visage de Victor avant de se perdre entre ses bras

Tout autour de moi s’agite, murmures de femmes, parfums lourds, éclats de bijoux, mais je n’entends qu’un seul battement, celui de mon propre cœur qui ne cesse de répéter son nom, Victor, Victor, Victor

Et quand les portes s’ouvrent, quand la lumière inonde la nef, quand mes pas résonnent sur les dalles froides, je l’aperçois, debout, droit, souverain dans son costume sombre, et ses yeux noirs se posent sur moi avec cette intensité qui m’enchaîne, et je comprends que malgré les mensonges, malgré la douleur, malgré tout ce qui devrait nous séparer, il est mon destin

Mes lèvres tremblent, mes mains se crispent sur mon bouquet, mais je marche vers lui, prisonnière volontaire de ce lien invisible, et à chaque pas je sens que l’histoire qui commence aujourd’hui ne sera jamais paisible, qu’elle sera faite de feu, de tempêtes, de déflagrations, et pourtant je n’ai jamais désiré rien d’autre

Car Victor est ma folie, et je suis la sienne.

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