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Chapitre 9

ผู้เขียน: Les écrits d'une Mariam
last update วันที่เผยแพร่: 2026-06-12 02:17:23

Chapitre 9

Damian

Le couloir est long, silencieux, et chacun de mes pas sur le marbre résonne comme un coup de gong dans le vide de ce domaine trop grand pour moi. Isabella marche à mes côtés, non, pas à mes côtés, elle marche un pas en arrière, délibérément, et ce décalage infime est un message qu'elle m'envoie sans même ouvrir la bouche. Je ne suis pas votre égal. Je ne serai jamais votre égale. Je suis votre prisonnière, et je tiens à ce que vous le sachiez à chaque seconde.

Je ne dis rien. Que pourrais-je dire ? Les mots qu'elle a prononcés dans la chambre nuptiale tournent encore dans ma tête comme des lames de rasoir. Vous êtes mon geôlier. Rien de plus. Rien de moins. Elle a raison, bien sûr, elle a parfaitement raison, et c'est cela qui me déchire. J'ai passé ma vie à essayer de ne pas ressembler à mon père, et en trois semaines, je suis devenu pire que lui. Lui, au moins, ne se mentait pas sur ce qu'il était.

Nous traversons le grand hall, dépassons la bibliothèque aux rideaux de velours grenat, dépassons la salle à manger où la table d'acajou peut accueillir trente convives que je n'inviterai jamais, et nous nous engageons dans un corridor plus étroit, moins éclairé, qui sent la poussière et le renfermé. Cette aile du domaine n'a pas été ouverte depuis la mort de ma mère. Mon père l'avait fait condamner après son enterrement, comme si fermer les portes pouvait effacer le souvenir. J'ai donné l'ordre aux domestiques de tout rouvrir ce matin, d'aérer les pièces, de changer les draps, de faire briller les miroirs. Ils ont obéi sans poser de questions, mais j'ai vu dans leurs yeux ce qu'ils pensaient. Le jeune maître enferme sa femme dans les appartements de la défunte. Le jeune maître est aussi cruel que l'ancien.

Je m'arrête devant une double porte en bois sculpté, dont les battants sont incrustés de motifs floraux si finement ciselés qu'on dirait de la dentelle pétrifiée. La clé est dans la serrure, une clé ancienne en fer forgé, lourde, froide. Je la tourne, et la porte s'ouvre sans bruit sur des gonds bien huilés.

— Voici vos appartements, dis-je sans regarder Isabella.

J'entre le premier, par habitude, par réflexe de prédateur qui vérifie que le territoire est sûr avant d'y laisser entrer ce qu'il doit protéger. Protéger. Le mot me brûle la langue. C'est pourtant ce que je fais, non ? Je la protège de la guerre qui menace son clan. Je la protège de la rue, des balles, des règlements de comptes. Je la protège en l'enfermant. La logique est imparable, et elle me donne envie de vomir.

L'appartement est une suite de trois pièces qui communiquent entre elles par des arcs en ogive. La première est un petit salon aux murs tendus de soie ivoire, avec un canapé en velours gris perle, une table basse en marbre, et une cheminée surmontée d'un miroir au cadre argenté. Des roses blanches ont été disposées dans un vase en cristal, et leurs pétales frémissent dans le courant d'air que nous avons créé en entrant. La deuxième pièce est une chambre, plus petite que la mienne, mais tout aussi luxueuse, avec un lit à baldaquin tendu de gaze blanche, une coiffeuse en bois de rose, et une fenêtre haute qui donne sur le jardin. La troisième est une salle de bains avec une baignoire en cuivre aux pieds griffus et des flacons de verre taillé alignés sur une étagère en marbre.

Tout est propre, tout est neuf, tout est prêt. Et tout est une prison.

Isabella entre derrière moi, et je l'entends retenir son souffle. Je ne sais pas si c'est d'admiration ou d'horreur. Peut-être les deux. Elle fait quelques pas dans le salon, effleure du bout des doigts le dossier du canapé, s'arrête devant la fenêtre qui donne sur le jardin. De l'autre côté de la vitre, les cyprès noirs montent la garde, et au-delà, on aperçoit le mur d'enceinte, haut, infranchissable, couronné de tessons de bouteille qui scintillent au soleil comme des diamants cruels.

— Vous serez traitée avec respect, dis-je, et ma voix sonne faux, mécanique, comme une phrase apprise par cœur. Les domestiques sont à votre disposition. Vous pouvez demander ce que vous voulez. Des livres, des vêtements, de la musique. Tout ce qui est en mon pouvoir de vous offrir.

Elle se tourne vers moi, et son regard noir me transperce.

— Tout, sauf la liberté.

Ce n'est pas une question. C'est un constat. Je ne réponds pas, parce que répondre serait confirmer, et confirmer serait lui donner raison, et lui donner raison serait admettre que je suis le monstre qu'elle croit.

— Vous ne sortirez pas de cette aile sans mon autorisation, continué-je comme si elle n'avait rien dit. Les portes du domaine vous sont ouvertes, mais le parc est surveillé. Le mur d'enceinte est infranchissable. Les gardes ont ordre de ne pas vous laisser approcher du portail.

— Et si je tente de m'échapper ?

Sa voix est calme, presque détachée, comme si elle discutait du menu du dîner. Je sens ma mâchoire se contracter.

— Ne tentez pas.

Elle incline la tête, lentement, et ce geste, ce petit geste de reine offensée, me fait plus mal qu'un coup de poing. Elle ne suppliera pas. Elle ne pleurera pas. Elle ne me donnera pas la satisfaction de la voir brisée. Elle restera droite, fière, indomptable, et chaque jour passé dans cette cage dorée sera un reproche vivant, un miroir tendu vers ma lâcheté.

Je me dirige vers la porte, parce que je ne supporte plus d'être dans la même pièce qu'elle, parce que sa présence m'étouffe, parce que son silence m'accuse plus fort que tous les mots qu'elle pourrait prononcer. Au moment de franchir le seuil, je m'arrête, la main sur la poignée.

— Vous n'êtes pas une prisonnière, Isabella. Quoi que vous pensiez.

— Alors laissez-moi partir.

Je ne réponds pas. Je franchis la porte, et je la referme derrière moi. La clé tourne dans la serrure avec un bruit de couperet. Mes doigts restent crispés sur le métal froid, et je reste là, immobile, le front appuyé contre le bois sculpté, à écouter le silence de l'autre côté.

Elle n'a pas pleuré. Elle n'a pas crié. Elle n'a pas supplié. Elle a simplement demandé la seule chose que je ne peux pas lui accorder.

Je suis son geôlier. Rien de plus. Rien de moins.

Et pour la première fois depuis la mort de mon père, je me hais.

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