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Chapitre 7 : Les Larmes de l'Ombre

Author: Déesse
last update Last Updated: 2025-11-29 00:52:46

Ivy

Le silence est revenu. Un silence lourd, épais, qui semble absorber même le son de ma propre respiration. La porte est verrouillée. L’homme est parti. L’argent salé par son fantasme et mon mensonge repose sur la table de nuit. Je ne le touche pas. Je ne peux pas.

Je me lève du lit, le corps lourd, les jambes flageolantes. Chaque pas est une épreuve. Je traîne mes pieds nus sur le linoléum froid et collant jusqu’au lavabo. La poignée de métal est glacée sous mes doigts. Je tourne le robinet. Un filet d’eau froide et rouillée en sort avec un gémissement. Je me penche, éclaboussant mon visage, essayant de laver la sensation de ses mains, de son souffle, de son poids. L’eau mélangée au maquillage bon marché coule en traînées grises et roses dans l’évier fissuré. Je frotte, plus fort, jusqu’à ce que ma peau soit rouge et irritée. Mais la souillure est en dessous. Elle est incrustée.

Quand je relève la tête, mon reflet dans le miroir fêlé me fait horreur. Les yeux sont deux trous noirs,
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    VANCEElle serre des mains, incline la tête. Ses réponses sont courtes, polies, évasives. Elle écoute plus qu’elle ne parle. Elle observe. Pas la pièce, mais les dynamiques. Les silences entre les mots. Les regards échangés. Elle lit la salle comme une partition.Et moi, je l’observe, elle. Je vois la façon dont la lumière des lustres accroche le diamant taille baguette à son lobe, un éclair froid et net. Je vois le mouvement de sa gorge quand elle avale une gorgée d’eau. Je vois, lorsque nous tournons le dos au groupe un instant, la façon dont les lacets de sa robe épousent les vertèbres de sa colonne. Un nœud serré. Une invitation à défaire.L’attraction grandit, mêlée à une suspicion aiguë. Elle est trop parfaite. Cette retenue, cette mélancolie distante… c’est un costume aussi précis que le smoking que je porte. Mais quel est le corps en dessous ? Quel est le but ?Je me penche légèrement vers elle, baissant la voix pour que seul notre cercle immédiat entende.— Ils parlent tous,

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    IVYJe soutiens son regard, une fraction de seconde de trop. Juste assez pour qu’il sache que je l’ai vu. Puis je détourne lentement les yeux, reviens à mon tableau imaginaire. Je porte mon verre à mes lèvres. Main stable.Quelques minutes passent. Je discute avec le barman de la qualité de l’eau, manière anodine. Je sens une présence s’approcher , léger déplacement d’air, ombre à côté de moi.– Le Perrier, un choix sage. Mais un peu sévère pour une première visite, non ?La voix. Plus grave que je ne l’imaginais. Veloutée. Pointe d’amusement qui ne touche pas les yeux.Je me tourne vers lui, lentement. Laisse un léger sourire éclairer mes traits , ni chaleureux ni froid. Intrigué.– Je ne crois pas que nous nous soyons présentés, dis-je. Mon français, celui d’Amélia, est parfait, juste teinté de musicalité étrangère.Ses sourcils, gris plus foncé que ses cheveux, se soulèvent imperceptiblement.– Un manquement de ma part. Alexander Vance. Et vous, si je ne m’abuse, devez être la nouv

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    IVYLa robe est étalée sur le lit, une coulée d’encre sous la lumière tamisée. Une seule pièce, parmi toutes, a retenu mon attention. Elle vient d’une maison plus ancienne, identifiée par Roy. Pour les occasions où il faut être vue sans avoir l’air de le vouloir. Le tissu est un crêpe de soie noir, d’une densité presque liquide. Bretelles fines. Dos nu jusqu’à la chute des reins, retenu par un simple lacet. La coupe épouse les courbes suggérées, sans les souligner avec vulgarité. C’est une arme d’ombres.Je suis debout devant le miroir. La vapeur se dissipe. Le visage d’Amélia me fixe , traits réguliers, nez droit, lèvres aux commissures légèrement tombantes. Une mélancolie distante. Seuls les yeux résistent parfois, une lueur trop vive que je dois noyer.Le rituel commence. Parfum d’abord. Fracas. Tuberose et jasmin. Un sillage complexe, voluptueux avec une pointe d’amertume verte. L’odeur d’une fleur coupée. Roy disait que Vance appréciait les parfums rappelant les jardins de nuit.

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    IVYLa voiture glisse dans l’allée privée, ses pneus chuchotant sur le gravier immaculé. Le portail en fer forgé s’est refermé derrière nous avec un claquement sec de finalité. Devant moi, la demeure se dresse. Ce n’est pas une maison, c’est une affirmation. De la pierre blonde, des lignes néo-classiques, des fenêtres hautes et symétriques comme des regards froids. Un hôtel particulier dans le 16e arrondissement. L’adresse d’Amélia de Vigny. Mon adresse, maintenant.Le moteur s’éteint. Le silence qui suit est d’une qualité différente de celui de la maison de Roy. Ici, c’est un silence feutré, riche, chargé d’argent et d’attente. Le chauffeur ouvre ma portière. L’air parisien, frais et légèrement urbain, me frappe le visage. Je sors. Mes talons hauts, achetés sur les conseils de Roy pour « affiner la démarche », crissent sur le gravier.La porte d’entrée, massive en chêne, s’ouvre avant que je n’aie atteint le perron. Une femme d’un certain âge, vêtue d’une robe tailleur grise strictem

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