로그인— LyraJe plaque ma paume contre la pierre froide, je ferme les yeux, et je compte les coups sous mes doigts, trois longs, deux brefs, un long, et je sens le grain de la roche qui m'écorche la peau, la vibration qui monte dans mon poignet, et je murmure, dans le noir.— Trois, deux, un, c'est lui, c'est lui, c'est lui.Je réponds, mes jointures qui cognent contre le mur, et je retiens mon souffle, et j'attends, et le silence me paraît durer une éternité, puis les coups reviennent, plus rapides, plus forts, et je les déchiffre un à un, et je sens les larmes qui me brûlent les paupières quand je comprends.— Il dit qu'il va bien, il dit qu'il est vivant, il dit qu'il prépare quelque chose.Je frappe à mon tour, et mes doigts tremblent, et je dois m'y reprendre à deux fois pour être claire, et je dis, à voix haute, comme s'il pouvait m'entendre, comme si la pierre n'était rien.— Veyne veut m'épouser, Rovan, il veut m'épouser de force, il veut ma légit
— LyraLe passage débouche dans une cave voûtée, et je sens d'abord l'odeur, l'odeur de vin, de paille moisie, de sueur, et je vois des tonneaux, des caisses, des cordes, et je comprends que nous sommes dans les sous-sols de la forteresse, et je murmure, dans le noir.— Nous y sommes, Rovan, nous y sommes, nous sommes dans son antre, dans sa tanière, dans son royaume.Rovan avance à côté de moi, son épée à la main, et il dit, d'une voix froide.— Il le sait, il le sait forcément, il a des gardes partout, il a des yeux partout, il a…Des pas résonnent, des torches s'allument, des hommes surgissent de l'ombre, et je vois les lames qui brillent, les visages qui se ferment, les mains qui se tendent, et je sens la poigne qui me saisit, qui me tord les bras, qui me jette à genoux, et je hurle, d'une voix stridente.— Rovan !Il se bat, il frappe, il blesse, mais ils sont trop nombreux, et je le vois qui tombe, qui est maîtrisé, qui est enchaîné, et je
— LyraJe m'accroupis à l'entrée de la grotte, je pose ma main sur la roche froide, et je sens sous mes doigts les grains de sable, l'humidité qui suinte, les aspérités, et je dis, d'une voix basse.— Le feu est encore chaud, mais le bois est sec, il a été allumé il y a longtemps, peut-être deux heures, et il a laissé la couverture pour nous faire croire qu'il a dormi là, mais la couverture n'est pas froissée, elle est posée, pliée, comme un appât.Rovan s'accroupit à côté de moi, et il passe la main sur le sol, et il dit, d'une voix froide.— Il y a des traces, des traces de pas, plusieurs, pas une seule personne, au moins trois ou quatre hommes, ils ont emporté le matériel, ils ont laissé le feu, et ils sont partis par là, vers le fond.Il se relève, et il regarde la grotte qui s'enfonce dans l'obscurité, et je vois ses mâchoires qui se serrent, ses poings qui se crispent, et il dit, d'une voix dure.— Si nous entrons, nous entrons à leur merci, i
— Lyra Saint-Vère pue la boue et le fumier, une odeur épaisse qui me colle à la gorge dès que nous franchissons le portail du village, et je retiens ma respiration en traversant la place où des poules picorent entre les flaques, et je sens sous mes bottes la gadoue qui aspire mes semelles à chaque pas. — Dix hommes, pas plus, je murmure à Rovan, et ils nous regardent tous comme si nous apportions la peste. Il ne répond pas, il avance, la main sur son épée, son bras bandé dissimulé sous un manteau de voyage, et je vois ses yeux qui balaient les maisons, les visages, les fenêtres, et je sais qu'il compte les issues, les angles morts, les endroits où un homme pourrait se cacher. L'aubergiste du village, un gros homme au tablier taché de graisse, nous sert une soupe épaisse dans des écuelles ébréchées, et il dit, d'une voix prudente, en évitant nos regards. — Des moines, vous dites, un moine boiteux, on en voit passer, de
— LyraJ'étale les cartes sur la grande table de chêne, je pose les pierres noires aux quatre coins pour les empêcher de s'enrouler, et je sens sous mes doigts la texture rugueuse du parchemin, les plis anciens, les taches d'encre, et je dis, sans lever les yeux.— Nous avons trois jours, peut-être quatre, avant que Veyne ne frappe de nouveau, un homme comme lui ne laisse jamais passer longtemps entre deux coups.Rovan est penché à côté de moi, son bras bandé contre sa poitrine, et il pose son index sur la carte, suit la ligne de la frontière est, s'arrête sur un point, repart, et il dit, d'une voix basse.— Il a des agents dans le palais, c'est certain, mais il ne peut pas les loger tous ici, il doit avoir des relais en ville, des auberges, des entrepôts, des maisons discrètes, et ces relais, il faut les trouver, les uns après les autres.Seraphine entre, ses jupes traînant sur le dallage, et elle porte un sac de cuir qu'elle pose sur la table avec un
— LyraJe mords dans une pomme trop mûre, le jus me coule sur le menton, et je l'essuie du revers de la main quand la porte s'ouvre si violemment que le battant claque contre le mur et que la pomme m'échappe des doigts, roule sur le dallage, s'arrête contre le pied d'un garde dont le visage est blanc comme la cire d'une bougie qui vient de s'éteindre.— Votre Majesté, il est mort, il est mort, il est mort !Je ne comprends pas tout de suite ; les mots entrent par mes oreilles mais refusent de se poser, tournent, cognent, cherchent un endroit où s'accrocher, et je reste là, la bouche encore pleine de pomme, la main suspendue en l'air, et je dis, d'une voix qui ne ressemble à rien.— Qui, mort, qui, qui est mort ?Le garde halète, ses côtes se soulèvent comme un soufflet de forge, et il répète, et chaque mot tombe comme une pierre dans un puits.— Le Roi, Votre Majesté, le Roi Rovan, un espion de Mireval, une lame empoisonnée, il est tombé, il est tom







