Se connecterEira
Je me réveille la première. C'est rare. Habituellement, c'est lui qui émerge avant moi, déjà en alerte, prêt à affronter la journée. Mais ce matin, c'est moi qui ouvre les yeux dans la lumière grise de l'aube, et lui qui dort encore.
Je ne bouge pas. Je le regarde.
Ses traits sont détendus, plus jeunes sans cette tension permanente qu'il arbore en public. Ses cils –
EiraIl est parti depuis trois heures. Trois heures à tourner en rond dans l'appartement, à boire du thé froid sans m'en rendre compte, à regarder mon téléphone toutes les deux minutes.Les voix sont là. Plus fortes que jamais. Un murmure constant, comme une station de radio qu'on n'arrive pas à éteindre. Elles sont excitées, agitées. Elles savent qu'on les a trouvées. Elles veulent qu'on les sorte de là.Je m'assois en tailleur sur le canapé. Je ferme les yeux. Je respire profondément. Je sens Bastian autour de moi – son odeur sur les coussins, sur mes vêtements, dans mes cheveux. C'est un ancrage. Une bouée.Mais les voix tirent. Fort.Ouvrir les yeux. Les refermer. Lutter contre l'envie de plonger, de les rejoindre, de savoir.Il m'a dit non. Il m'a fait promettre.Mais il n'est pas
ReinhartLa matinée est douce. Trop douce. On traîne chez elle, en peignoir, à boire du café en regardant la lumière changer sur les toits. De temps en temps, on s'embrasse. De temps en temps, on ne fait rien, juste exister l'un à côté de l'autre.Je sais que ça ne peut pas durer. Le monde extérieur existe. L'enquête existe. Le tueur existe. Mais pour quelques heures, j'arrive à faire comme si de rien n'était.Vers midi, mon téléphone sonne. L'écran affiche « Commissariat ». Je soupire, décroche.— Reinhart.— Bastian ? C'est Alex.Alex. Mon collègue. Celui qui avait flirter avec Eira, l'autre jour. Je serre les dents.— Qu'est-ce qu'il y a ?— On a trouvé quelque chose. Sur le chantier près du Terminal. Une équipe de d&eac
EiraJe me réveille la première. C'est rare. Habituellement, c'est lui qui émerge avant moi, déjà en alerte, prêt à affronter la journée. Mais ce matin, c'est moi qui ouvre les yeux dans la lumière grise de l'aube, et lui qui dort encore.Je ne bouge pas. Je le regarde.Ses traits sont détendus, plus jeunes sans cette tension permanente qu'il arbore en public. Ses cils – des cils masculins, longs et épais – reposent sur ses joues. Sa bouche est entrouverte, sa respiration lente et régulière. Une mèche de cheveux lui tombe sur le front. Il a l'air vulnérable, presque enfantin.C'est étrange de voir un homme comme ça. Lui, le flic dur, le sceptique, celui qui ne croit en rien. Dans le sommeil, toutes les défenses tombent. Il est juste un homme. Mon homme.Je retiens mon souffle pour ne pa
ReinhartJe raccroche. Mon cœur bat encore trop vite. Eira est blottie contre moi, son sang séché sur sa lèvre, ses doigts crispés sur ma chemise. Elle tremble par vagues, comme si son corps n'arrivait pas à décider s'il avait chaud ou froid.— Il m'a vue, répète-t-elle pour la dixième fois. Il m'a regardée. Dans les yeux. Il sait.Je caresse ses cheveux, machinalement, en cherchant les mots justes. Ceux qui apaisent sans mentir. Ceux qui rassurent sans nier le danger.— Il a vu une image, Eira. Une silhouette dans sa tête. Il sait pas qui t'es, où t'es, comment t'es. Il sait juste que quelque chose l'observe. C'est tout.— C'est pas rien. Il va être plus prudent. Il va changer ses habitudes. Et si on perd la piste à cause de moi…— On perdra pas.Ma voix est plus dure que je
EiraLes jours passent. Les nuits aussi. Chaque nuit, il reste. Chaque matin, je me réveille dans ses bras, et je découvre que le bonheur peut être simple. Faire le café ensemble. Prendre une douche parfois longue, très longue. Retravailler les dossiers. Plonger dans les visions avec sa main sur moi. Revenir. Faire l'amour. Dormir.C'est un rêve éveillé. Et comme tout rêve, je sais qu'il peut s'arrêter.Un après-midi, Bastian reçoit un appel. Son visage se ferme.— Divaret. Il veut me voir. Tout de suite.— Je viens ?— Non. Reste là. Repose-toi. T'as plongé trois fois aujourd'hui.Il s'habille, m'embrasse vite, part. Je reste seule dans l'appartement.
Je réfléchis. Les voix sont calmes, mais je les sens, en sourdine. Comme une musique de fond qu'on finit par ne plus entendre.— Si tu es avec moi, oui.Il lève les yeux. Quelque chose passe dans son regard. De la fierté, peut-être. De la tendresse.— Alors viens. On va chercher ce fils de pute.Il range les dossiers, se lève. Je m'approche, je pose ma main sur son bras.— Bastian.— Hmm ?— Merci. Pour cette nuit. Pour ce matin. Pour tout.Il pose sa main sur la mienne.— C'est rien.— C'est tout.Il se penche, m'embrasse. Doux, long, profond. Quand il s'écarte, je suis essoufflée.— On y va, dit-il.