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CHAPITRE 15

مؤلف: Trimis Lirus
last update تاريخ النشر: 2026-04-19 17:12:21

VILANOVA

Le lendemain du dîner, la maison prit l’apparence d’un lieu où rien d’important ne s’était produit.

C’est l’une des formes les plus raffinées de la violence dans les familles comme la mienne : on y continue toujours à servir le café, à ouvrir les rideaux, à corriger la disposition des fleurs, comme si le maintien des apparences avait le pouvoir de suspendre ce qui est déjà en train de vous dévorer.

Je descendis tard.

Je n’avais presque pas dormi. Chaque fois que je fermais les yeux, je
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  • LA MARIÉE DU DIABLE NOIR    CHAPITRE 35

    VILANOVAJe n’ai presque aucun souvenir clair de la sortie de l’église.Seulement des éclats.Le bruit des voix autour de nous, devenu soudain plus léger, comme si le simple fait d’avoir prononcé des vœux suffisait à absoudre tout le monde. Les fleurs blanches qu’on me tendait. Les félicitations. Les regards avides. Les mains qu’il fallait serrer. Les femmes qui m’embrassaient avec une chaleur empruntée. Les hommes qui inclinaient la tête devant Kaelen avec cette prudence instinctive que suscitent certains pouvoirs, même lorsqu’ils sont parfaitement habillés.Et, sous tout cela, comme une lame cachée dans la doublure de ma robe, le billet.N’épouse pas l’homme qui a détruit ta famille.Je l’avais dissimulé dans mon gant avant la fin de la cérémonie. Puis, au moment où l’on me conduisait vers la sortie, j’avais trouvé le moyen de le glisser à l’intérieur de mon bouquet, entre deux rubans, comme si le simple fait de ne pas le senti

  • LA MARIÉE DU DIABLE NOIR    CHAPITRE 34

    KAELENLe prêtre nous demanda alors de nous donner la main.Sa peau était froide sous le gant.Pas glacée.Le genre de froid qui vient moins de la température que d’un effort continu pour ne pas se laisser envahir.Je resserrai mes doigts d’une manière à peine perceptible. Non pour la posséder, non pour la rassurer — je ne lui devais aucun mensonge de plus — mais pour lui signifier une chose très simple : malgré le billet, malgré celui ou celle qui avait voulu entrer dans cette cérémonie, rien ne serait interrompu ici.Elle sentit le geste.Je le vis dans ses yeux.Il y eut entre nous un échange muet, rapide, presque brutal dans sa netteté.Elle me haïssait plus clairement.Je tenais plus fermement encore.Très bien.L’ordre avait parfois besoin de cette violence-là.Le prêtre annonça enfin que nous pouvions échanger le baiser.Je savais ce qui allait suivre.

  • LA MARIÉE DU DIABLE NOIR    CHAPITRE 33

    KAELEN On croit souvent qu’un homme perd le contrôle lorsqu’il s’emporte.C’est une erreur commode.La colère visible rassure les autres. Elle les aide à croire qu’ils peuvent identifier le danger, le mesurer, s’en protéger à temps. Les véritables bascules ne prennent pas cette forme. Elles naissent dans un silence plus dur. Dans un infime déplacement du regard. Dans une seconde trop pleine, où l’on comprend que quelque chose vient d’entrer dans le jeu sans y avoir été invité.Je l’ai su au moment exact où cela s’est produit.Pas quand le prêtre a commencé à parler. Pas quand son père a remis sa main dans la mienne devant l’autel comme on remet une pièce essentielle dans un mécanisme trop ancien pour être arrêté. Non. Je l’ai su une fraction de seconde plus tard, lorsque Vilanova a changé.À peine.Une crispation dans la ligne de ses doigts. Une variation dans sa respiration. Une tension plus vive sous le voile, comme s

  • LA MARIÉE DU DIABLE NOIR    CHAPITRE 32

    VILANOVALa voiture nous mena jusqu’à l’église dans un silence dont je garde encore la texture.Mon père était à mes côtés. Ma mère en face de moi. Personne ne parlait. Dehors, la ville glissait derrière les vitres avec cette indifférence insensée des jours où le monde continue pendant que votre vie se referme.Je regardais mes mains gantées posées sur ma robe.À un moment, mon père bougea légèrement, comme s’il allait dire quelque chose. J’attendis. Il ne dit rien.Je ne sais pas ce que j’aurais préféré. Une excuse ? Un mensonge ? Une phrase de circonstance ? Peut-être rien, au fond. Certaines paroles deviennent obscènes lorsqu’elles arrivent après le point où elles auraient encore pu avoir une utilité.Lorsque la voiture s’arrêta, les cloches ne sonnaient pas encore.On entendait seulement le murmure de la foule contenue, les pas, les froissements de tissus, les portières que l’on ouvre, les voix des domestiques, tout

  • LA MARIÉE DU DIABLE NOIR    CHAPITRE 31

    VILANOVA Le matin de mon mariage arriva sans lumière. Je ne veux pas dire que le ciel était couvert, même s’il l’était. Je veux dire qu’aucune part de moi ne reconnut l’aube comme une promesse. Ce jour-là, le matin ne se leva pas ; il s’imposa. Comme une porte que l’on ouvre sur vous sans vous demander si vous êtes prête à voir ce qu’elle contient. J’étais éveillée depuis longtemps lorsque Claire entra dans ma chambre avec deux autres femmes. Aucune d’elles ne parla tout de suite. Cela me frappa avec une violence étrange. Même les jours ordinaires, il existe toujours, autour des femmes qui vous habillent, quelques phrases inutiles mais humaines. Un mot sur le temps. Une remarque sur la coiffure. Une plaisanterie légère pour détendre l’air. Ce matin-là, rien. Seulement le froissement des étoffes, le cliquetis discret des boîtes ouvertes sur ma coiffeuse, et ce silence de chambre mortuaire que l’on tente de fai

  • LA MARIÉE DU DIABLE NOIR    CHAPITRE 30

    ISADORAIl s’inclina à peine et quitta la pièce.Je restai seule longtemps après son départ.Le feu ne me réchauffait pas. Il ne l’a jamais vraiment fait. Je ne crois pas aux conforts qui prétendent réparer ce que la lucidité vous interdit de nier. Je regardais la flamme avec cette sensation ancienne que les familles ne sont, au fond, que des institutions de conservation du feu : on y entretient les braises sous les tapisseries, puis on s’étonne, des années plus tard, de retrouver les murs noirs.Vilanova ne me plaisait pas.Je préfère être exacte.Elle me préoccupait.Pas pour elle-même. Je ne suis pas assez sentimentale pour cela. Mais parce qu’elle apportait avec elle un déséquilibre possible. Elle était plus fière qu’elle ne devrait l’être dans sa situation. Plus claire aussi. Et surtout, elle avait ce genre de visage qui fait croire aux hommes qu’ils peuvent encore sauver quelque chose d’eux-mêmes en le regardant. C

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