ログインLydia
La fête dure jusqu'à l'aube.
Il n'y a pas de discours interminables. Pas de plan de table diplomatique. Pas de danse d'ouverture protocolaire. Il y a juste des rires, du vin, de la musique, et des lanternes en papier qui oscillent doucement dans la brise de juin.
Marthe danse. Marthe qui, à ma connaissance, n'a pas dansé depuis les années soixante. Elle danse avec Robert le jardinier, une valse boiteuse mais joyeuse, e
EthanNous partons trois jours plus tard.Pas de palace. Pas de yacht. Pas de tour du monde en jet privé. Nous choisissons la simplicité. Une petite maison blanche sur une île grecque, une île perdue des Cyclades, presque sans touristes, avec un port minuscule où arrivent deux bateaux par semaine et où les pêcheurs vendent leur poulpe à même le quai.La maison, je l'ai louée à des amis d'amis. Elle appartient à un peintre qui vit à Athènes. Un vieux monsieur silencieux qui l'a acceptée à condition que nous nourrissions ses chats — trois chats efflanqués, mi-sauvages, aux yeux jaunes.Nous arrivons un soir de juin. Il fait encore chaud, mais moins qu'en journée. La maison est simple — deux pièces au rez-de-chaussée, une chambre à l'étage, une terrasse avec une treille de vigne. Les m
LydiaLa fête dure jusqu'à l'aube.Il n'y a pas de discours interminables. Pas de plan de table diplomatique. Pas de danse d'ouverture protocolaire. Il y a juste des rires, du vin, de la musique, et des lanternes en papier qui oscillent doucement dans la brise de juin.Marthe danse. Marthe qui, à ma connaissance, n'a pas dansé depuis les années soixante. Elle danse avec Robert le jardinier, une valse boiteuse mais joyeuse, en riant comme une jeune fille. Madame Lefort filme la scène avec un vieux caméscope qu'elle a exhumé Dieu sait d'où.Clara reste jusqu'à minuit. Elle est trop faible pour aller plus loin. Avant que l'infirmière ne l'emmène, elle me fait signe d'approcher. Je m'agenouille près de son fauteuil.— Lydia. Écoute-moi bien. Je ne serai peut-être plus là dans un an. Je te confie mon fils. Prends soin de lui
Je crois que je ne respire plus.Elle est le printemps que je n'avais pas su voir la première fois. Elle est l'été de tous les étés. Elle est ma vie.Alexander la conduit jusqu'à moi. Il pose sa main dans la mienne. Il me la donne , c'est le mot exact, c'est un geste rituel qui traverse les millénaires, un homme donnant une femme à un autre homme, non plus comme un bien, mais comme une bénédiction. Il me regarde dans les yeux.— Prends-en soin, Ethan.— Je te le jure.Il recule. Il rejoint sa place dans l'assemblée, à côté de Beatrice, qui lui prend discrètement la main.Le célébrant — un ami de la famille, un vieil abbé désabusé qui a défroqué et qui célèbre des mariages laïcs depuis vingt ans, avec plus de finesse que la plupart des pr&eci
EthanLe matin du 15 juin, je me réveille à cinq heures.Le manoir dort encore. Lydia n'est pas là — elle a passé la nuit chez sa tante Élise, dans la petite maison au bord de la rivière, à trois kilomètres. Une tradition, m'a-t-elle dit. On ne dort pas ensemble la veille du mariage.— Nous avons dormi ensemble pendant six mois avant notre premier mariage sans être mariés, et pendant huit mois avant notre deuxième mariage sans être remariés. Une nuit de séparation, ça ne va pas nous tuer.Je souris à ce souvenir. Je descends. La cuisine est vide. Marthe n'est pas encore levée. Je fais un café tout seul, maladroitement , je ne suis pas doué avec la machine.Je sors dans le parc.L'aube est fraîche. Les brumes du matin flottent au ras des pelouses. Les oiseaux ne chantent pas encore
LydiaNous choisissons le mois de juin. Nous n'avons pas envie d'attendre plus longtemps.Les préparatifs se font dans une joie tranquille. Pas de wedding planner. Pas de traiteur venu de Paris avec ses camions frigorifiques. Pas de photographe de magazine. Nous voulons quelque chose de simple, presque paysan.— Je veux un jardin, dis-je à Ethan un matin, en dessinant sur un carnet. Des fleurs. Marthe qui fait un gâteau , mais un vrai gâteau, une pièce montée maladroite, pas un chef-d'œuvre pâtissier. Une petite cérémonie sous le vieux chêne. Un dîner sous des lanternes en papier. Un orchestre de trois musiciens, pas plus. Et nous, entourés de ceux qui comptent.— C'est tout ?— C'est tout.— Combien d'invités ?— Quarante. Cinquante maximum. Que ceux qui ont vraiment compté.Nous faison
Elle ouvre.La serre a été transformée. J'ai fait apporter des centaines de bougies , de vraies bougies, en cire d'abeille, dont la flamme fait onduler les ombres sur les feuilles vertes. Les orchidées sont partout, disposées en cercles concentriques : des Vanda mauves, des Phalaenopsis blanches, des Cymbidium jaune pâle, des orchidées noires , les plus rares, que j'ai fait venir de Bornéo. Au centre du cercle, sur un petit guéridon en bois d'olivier, il y a un écrin. Simple. En bois clair.Elle porte une main à sa bouche.— Ethan…— Attends. Ne dis rien. Écoute-moi. Ne dis rien avant que j'aie fini.Je respire un grand coup. J'ai préparé ces mots pendant des semaines. Je ne veux pas les rater.— Lydia. Tu m'as épousé une première fois par contrat. Il y a quatre ans. Je t'ai fait signer
Lydia Nous traversons Paris sous la pluie. Les essuie-glaces battent la mesure. Un rythme lent, régulier, hypnotique. Le chauffeur allume la radio. Une chanson d'amour triste. Il la chante à mi-voix, faux, sans s'en rendre compte.— Vous êtes mariée aujourd'hui ?Je sursaute. Il me regarde dans le
Le juge est pressé. Il consulte sa montre toutes les trente secondes. Une petite montre en or qui brille à son poignet. Il a un autre mariage après le nôtre. Un vrai mariage, peut-être, avec une robe blanche et des fleurs et des gens qui pleurent de joie.— Bien. Procédons.Ethan se tient à ma gauc
Lydia Le notaire est parti. Ma mère est partie. Ethan parle à une autre femme le jour de son mariage.Je suis seule dans l'étude qui sent le cuir et la naphtaline.Je suis mariée.Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, immobile, à regarder le bois de la table. C'est la voix d'Ethan qui me
LydiaLa plume pèse trois tonnes entre mes doigts. Je fixe la ligne en bas de la page sans voir les mots qui la précèdent. Des clauses. Des conditions. Des renonciations. Ma vie réduite à un contrat de vingt-sept pages que personne ne m'a laissé lire.Le notaire toussote. Un petit bruit sec qui ric







