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Chapitre 4 : La Course Contre la Montre

Author: Percy
last update publish date: 2026-10-02 17:40:24

Je ne dormis pas. Je fis des listes.

À six heures du matin, j'avais rempli quatre pages d'un bloc-notes avec tout ce que nous possédions et que quelqu'un accepterait d'acheter. La voiture. Les bijoux de Maman. La collection de montres de Papa. Le robot pâtissier vintage que j'avais mis deux ans à économiser pour m'offrir.

Total, en étant généreuse : peut-être trente mille dollars.

Quatorze millions divisés par trente mille font quatre cent soixante-six. Je refis le calcul deux fois. Parce que j'étais une idiote qui espérait encore que la vérité mathématique pût changer.

Elle ne changea pas.

« Isabella ? » Maman traîna les pieds jusqu'à la cuisine dans son peignoir, les cheveux aplatis d'un côté. Elle jeta un coup d'œil au bloc-notes, vit les cernes sombres sous mes yeux et s'effondra contre le cadre de la porte. « Tu es allée le voir. »

« Oui. »

« Je t'avais suppliée— »

« Je sais. » Je ne levai pas les yeux. « Maman, que s'est-il passé il y a quinze ans ? »

La tasse qu'elle tenait lui glissa des mains. Heurta le carrelage. Se brisa.

Aucune de nous ne bougea.

« Rien », dit-elle, trop vite. Sa voix était devenue aiguë et étrange. « Il ne s'est rien passé. Pourquoi demandes-tu cela ? »

« Parce que quelqu'un m'a envoyé un message. »

« Qui ? »

« Je ne sais pas. »

Elle était déjà agenouillée, ramassant les éclats de céramique à mains nues, ses doigts tremblant si fort qu'elle se coupa le pouce. Le sang perla, vif sur sa peau. Elle ne sembla même pas le remarquer.

« Maman. Arrête. Tu saignes. »

« Je vais bien. C'est une vieille, très vieille— » Elle riut, un son grêle et cassant. « Les gens disent des choses. Des choses cruelles. Tu ne dois pas écouter, Isabella. Ton père était un homme bien. »

Tout le monde répète cela.

Et tout le monde le répétait comme s'il cherchait à s'en convaincre.

Je l'aidai à se relever. Enroulai son pouce dans un torchon. Elle ne croisa pas mon regard une seule fois pendant tout ce temps, et un poids froid s'installa dans ma poitrine.

Ma mère me mentait.

Je ne savais pas à quel sujet. Mais je connaissais les mensonges de ma mère. Elle y était très mauvaise. Elle l'avait toujours été.

Heure 38.

Je vendis la voiture en premier.

Le concessionnaire comprit que j'étais désespérée à ma façon de me garer, à la façon dont je restais là sans même négocier. Il m'offrit quatre mille dollars de moins que la cote, et j'acceptai, parce que je n'avais plus le temps d'y accorder de l'importance. La Buick que j'avais héritée de mon père, celle qui faisait du bruit quand je freinais, partit chez un inconnu pour neuf mille dollars.

Quatorze millions moins neuf mille.

Je sortis sur le trottoir et restai là, cramponnée au chèque, ne ressentant absolument rien.

Puis mon téléphone sonna.

« Isabella, ma chérie. » Tante Claudette. « J'ai entendu dire que tu posais des questions. Ta mère m'a tout raconté. »

« Elle a quoi ? »

« Je veux t'aider. Viens à la maison. »

J'y arrivai en vingt minutes par le bus. Claudette me serra fort contre elle sur le seuil, sentant la lavande et les oignons frites, comme elle le faisait depuis que j'étais enfant. Pendant une seconde, je me laissai aller à y croire. La famille. Un havre de paix.

Puis elle me pressa une enveloppe dans la paume. À l'intérieur : mille cent dollars en billets froissés de vingt.

« C'est tout ce que j'ai », chuchota-t-elle. « Je suis tellement désolée. »

Mes yeux me brûlèrent. Mille cent dollars, c'était réel. C'était une facture de courses, une facture de gaz, une semaine de répit pour des gens qui n'étaient pas face à une note de quatorze millions de dollars.

« Merci », dis-je. « Mais peux-tu demander à Oncle Gerard ? Peut-être qu'il connaît quelqu'un. »

Quelque chose traversa son visage.

« Oh, ma chérie. Gerard est, heu. Il a été tellement occupé ces derniers temps. Avec le travail. »

« Tante Claudette. »

« Je lui demanderai », dit-elle. « J'essayerai. »

Elle ne le fit pas.

Je le sus avant même d'atteindre le trottoir. Je le vis à sa façon de ne pas m'accompagner jusqu'à l'arrêt de bus, à la façon dont le rideau bougea quand je me retournai. Le camion de Gerard était garé dans l'allée, le capot encore chaud.

Occupé.

Heure 31.

Bellamy avait été l'associé de Papa pendant onze ans. Il m'avait appris à monter à vélo. Était venu à tous mes anniversaires. Avait pleuré aux funérailles, à de grands sanglots humides.

Sa secrétaire me dit qu'il était absent.

Sa voiture était sur le parking.

J'attendis. Deux heures, sur une chaise en plastique sous les néons, tandis que l'horloge au mur gravait les minutes en moi. Quand il s'éclipsa enfin par la porte latérale, je me mis debout.

« M. Bellamy. »

Il se figea.

« Isabella. » Son visage était gris. Une goutte de sueur roula sur sa tempe, bien que le couloir fût froid. « Je suis tellement désolé pour votre perte. Sincèrement. J'ai une réunion— »

« Deux minutes. S'il vous plaît. »

« Je ne peux pas. »

« Vous pouvez. Vous m'avez appris à faire du vélo. »

Il tressaillit comme si je l'avais frappé.

« Je ne peux pas vous aider. » Sa voix était basse, étranglée. Il jeta un coup d'œil par-dessus mon épaule, le long du couloir, vers le vide. « Ne me le redemandez plus. »

« Pourquoi donc ? »

« Parce que j'ai reçu un appel. »

Mon estomac se noua. « Quel appel ? »

« Hier soir. Courtois. Très courtois. On m'a dit qu'il serait imprudent de me mêler des affaires de la famille Laurent. » Il s'essuya la bouche. « J'ai une fille, Isabella. J'ai deux petits-enfants. »

« Qui a appelé ? Roman ? »

« Je ne sais pas. » Il reculait déjà. « Je ne sais pas. Peut-être. Peut-être pas. Cela n'a pas d'importance. C me une voix que je n'avais jamais entendue, et je ne chercherai pas à savoir ce qui se passe si j'ignore la mise en garde. »

« M. Bellamy— »

« Rentrez chez vous, Isabella. » Pendant une seconde, ses yeux croisèrent les miens, injectés de sang et terrifiés. « Et quoi qu'il vous propose, que Dieu vous aide, acceptez-le. »

Il était parti avant que je ne pusse répondre.

Je restai seule dans le couloir, le cœur martelant, une froide certitude me rampant le long de la colonne vertébrale.

Quelqu'un est arrivé avant moi.

Quelqu'un avait appelé à chaque porte de ma vie et l'avait verrouillée.

Heure 26.

Cinq autres amis. Trois autres cousins. Un ancien patron. Deux voisins. Une femme de l'église de Papa qui nous avait apporté de la soupe pendant un mois.

Chaque porte se ferma de la même manière : un clic doux, un regard nerveux, des excuses qui évitaient mes yeux. Nous aimerions tellement, mais. Tu comprends. Ce n'est tout simplement pas le bon moment.

Personne ne prononça son nom. Ils n'en avaient pas besoin. Il pendait dans l'air comme de la fumée.

Quand je descendis du dernier bus, il faisait à nouveau nuit, mes pieds saignaient dans mes chaussures, et j'avais un grand total de 14 327 $ et un reçu du mont-de-piété pour la bague de ma grand-mère.

Je m'assis sur un bench d'arrêt de bus et essayai de pleurer. Rien ne vint. J'étais à bout.

Une voiture noire passa lentement. Ralentit. Continua sa route.

C'était la même que celle du cimetière.

Mes mains devinrent engourdies.

Il me surveille. Évidemment. Il connaît chaque porte à laquelle j'ai frappé. Il connaît chaque refus. Il les a probablement organisés.

Et le côté écœurant et désorientant ? Sous la peur, autre chose s'agita. Bas et traître. Le souvenir de son pouce sur mon pouls. La façon dont il avait prononcé Isabella comme s'il la goutait.

Je repoussai cela si fort que cela me fit mal.

C'est l'ennemi. C'est l'ennemi.

Heure 21.

J'arrivai à la maison vers minuit. La maison était silencieuse.

La porte de la chambre de Maman était fermée. J'étais au milieu du couloir quand je remarquai que le second tiroir de sa commode était entrouvert, de la lumière s'en échappant depuis sa lampe de chevet.

Je ne devais pas.

Je poussai la porte malgré tout.

Elle dormait. Pelotonnée sur le côté, une main glissée sous sa joue, la bouche entre-ouverte. Elle semblait si petite. Si fragile. Pendant une seconde, je manquai de repartir.

Mais le tiroir était ouvert, et quelque chose à l'intérieur accrochait la lumière.

Je m'agenouillai. Le tirai.

Sous une pile de foulards pliés se trouvait une ancienne photographie, cornée de blanc aux angles.

Trois personnes sur une plage. Mon père, plus jeune, bronzé, souriant comme s'il n'avait pas un seul souci. Une femme en robe jaune, riant la tête rejetée en arrière. Et entre eux, un homme grand aux cheveux sombres, un bras jeté sur les épaules de mon père.

Mon sang s'arrêta.

Je connaissais cette mâchoire. Ce front. Je les connaissais depuis vingt-quatre heures.

C'est impossible.

Mais l'homme sur la photo était plus âgé, rien à voir avec celui que j'avais rencontré. Quelques rides aux yeux, de l'argent aux tempes. Peut-être quarante ans. Et dans les bras de la femme, louchant face au soleil, se trouvait un petit garçon de neuf ou dix ans, aux cheveux sombres et aux yeux sérieux.

Des yeux que je reconnaîtrais n'importe où.

Mes mains tremblaient si fort que la photo oscillait. Je la retournai.

Encre bleue effacée, l'écriture bouclée de mon père :

Henri, Alessandro & Elena De Luca. Été '09. Avant tout le reste.

La pièce bascula.

Avant tout le reste.

Mon père les connaissait.

Mon père les aimait.

Et sur la commode à côté de moi, l'horloge brilla en rouge.

23 h 38

Il reste vingt et une heures.

Je regardai ma mère endormie. La photographie dans mes mains tremblantes. Quatorze ans et onze mois de silence se fissurant soudainement sous mes pieds.

Qu'as-tu fait, Papa ?

Et pour la première fois, une question bien pire s'éleva :

Qu'est-il arrivé aux De Luca ?

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