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Chapitre 3 - Le murmure des liens

Author: Primso Fam
last update Last Updated: 2025-06-13 23:03:47

J’émerge lentement d’un sommeil lourd, profond, sans rêve.

La première chose que je ressens, c’est la chaleur.

Pas celle d’un feu de camp ou d’un soleil estival, non. Une chaleur douce, enveloppante, presque maternelle. Un drap en lin froisse doucement ma peau. La lumière filtrée par les rideaux m’éblouit à peine. J’ai l’impression d’être… ailleurs.

Le silence est apaisant. Il n’y a plus les cris, les coups, les chaînes. Seulement un calme presque irréel. Je n’ose pas bouger, comme si un geste trop brusque pouvait briser cette paix.

Je tente de bouger. Mon corps est douloureux, mais les élancements ont perdu leur brutalité. Mes membres ne sont plus raidis par la peur, seulement engourdis. Ma bouche est sèche, mais pas poisseuse de sang.

Un coussin moelleux soutient ma tête. Je ne suis plus dans un cachot.

Je suis dans une chambre.

Une chambre chaleureuse, aux murs tapissés de pierre claire et de boiseries anciennes. Une cheminée éteinte, des plantes en pot, un fauteuil recouvert d’une couverture tricotée… Rien ici ne crie « prison ». Et pourtant, je suis toujours enfermée quelque part. Je le sens.

Mais cette pièce a une âme. Elle n’a rien à voir avec le souterrain froid et humide où j’ai cru mourir. Ici, quelqu’un a pris le soin de rendre l’endroit vivant. Humain. Ou du moins... presque.

Derrière la porte, des voix.

- Elle a reçu des coups, Kaël. Beaucoup trop pour une simple interrogation, dit une femme. Sa voix est empreinte de reproche.

- Je sais, Kalia. Et je n’approuve pas ce que Tharen a fait. Il a franchi la ligne, une fois de plus.

- Tu aurais dû l’arrêter plus tôt.

- J’ai fait ce que j’ai pu. Elle est là maintenant. Et elle est vivante.

Un soupir. Puis un silence tendu.

- Elle s’est réveillée ?

- Pas encore. Mais son rythme cardiaque s’est stabilisé. Elle n’a pas de fièvre. Elle se remet vite. Trop vite pour une simple humaine...

La porte s’ouvre. Lentement.

Et il entre.

Mon souffle se suspend.

Il est jeune. Peut-être vingt-cinq ans. Peut-être plus - ou moins. Impossible à dire. Il dégage une présence, une autorité calme et magnétique, comme si l’air autour de lui pliait à sa volonté.

Ses cheveux noirs sont tirés en arrière, révélant un front volontaire et des pommettes hautes. Sa mâchoire est carrée, mais fine. Ce n’est pas la beauté d’un garçon de magazine. C’est autre chose. Plus brut. Plus ancien.

Son regard, d’un gris presque argenté, se pose sur moi avec une intensité déconcertante.

Je le reconnais immédiatement.

C’est lui. Celui qui m’a défendue. Celui qui a dit « Assez ». Celui qui m’a fait libérer alors que je n’étais plus qu’une ombre.

Je me redresse sur les coudes, hésitante. Ma respiration s’accélère. Pas de peur. D’instinct. Mon corps se souvient de lui, de son odeur, de sa voix. Il m’a sauvée.

Il s’approche. Lentement. S’arrête au pied du lit.

- Je suis désolé pour ce que tu as vécu là-bas, commence-t-il, sa voix grave résonnant doucement dans la pièce. Tu n’aurais jamais dû être traitée ainsi.

Je sens que ce n’est pas un discours préparé. Ce n’est pas une justification. Il parle vrai. Il regrette sincèrement.

- Où suis-je ? demandé-je d’une voix cassée.

Il s’agenouille près du lit.

- Chez moi. Chez nous. Tu es en sécurité à présent.

Je l’observe. Il n’a rien d’un geôlier. Rien d’un tortionnaire. Il est calme, posé. Mais une force émane de lui. Une force qui rassure autant qu’elle impressionne.

- Vous m’avez enlevée.

Il hoche lentement la tête, puis détourne les yeux.

- Oui. Et je ne te demanderai pas de nous pardonner pour ça. Mais sache que si je t’avais laissée entre les mains de Tharen, tu ne serais plus en vie.

J’avale péniblement ma salive. Ce nom me glace. Tharen. Ce monstre. Celui qui m’a frappée sans chercher à comprendre. Kaël... il m’a protégée de lui. Il s’est opposé à un des siens. Pour moi.

Il me regarde à nouveau. Et quelque chose dans son regard change. Devient plus doux. Plus troublé.

- Tu as un nom ? demande-t-il.

- Élina.

Il répète mon nom, doucement, comme s’il le goûtait.

- Je suis Kaël. Alpha de la meute du Nord.

Un mot me percute de plein fouet. Alpha. Il l’a dit comme on dit roi. Comme une évidence naturelle.

Un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Meute ? Alpha ? Tout ça me semble irréel... Et pourtant, je sens que rien de tout cela n’est faux. Je le sens dans ma chair.

- Pourquoi moi ? Pourquoi m’avoir sauvée ? Pourquoi me regarder comme ça ?

Il reste silencieux un instant. Puis il souffle :

- Parce que... tu es ma mate.

Le mot claque dans l’air comme un coup de tonnerre. Inconnu. Mais lourd de sens. Je le devine dans sa posture, dans l’intensité de sa voix, dans le silence qui suit.

Mate.

C’est primitif. C’est instinctif. Mais c’est aussi profond. C’est un lien. Un lien que je n’ai pas choisi, mais que je ressens. Une sorte de reconnaissance enfouie au plus profond de moi.

- Je ne comprends pas.

Il se lève lentement.

- Tu n’as pas besoin de comprendre maintenant. Repose-toi. Nous parlerons bientôt.

Il se dirige vers la porte, puis se ravise. Son regard accroche le mien une dernière fois.

- Rien n’arrive par hasard, Élina. Surtout pas toi.

Et il disparaît.

Je reste seule, encore plus perdue qu’avant.

Le silence retombe comme une couverture trop lourde.

Mate.

Un mot, un mystère, une promesse.

Mais aussi, peut-être, un danger.

Mais pour la première fois depuis longtemps, je sens qu’il existe peut-être un endroit où ma douleur ne sera plus un poids. 

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