LOGINLEILA
Une robe. Pas n'importe quelle robe. Pas une de ces robes sages que je portais dans la villa, ces robes de prisonnière dorée qui disaient "je suis invisible, je suis docile, je ne fais pas de vagues". Une robe qui fera trembler les murs du yacht Konchalovsky. Une robe qui criera, avant même que j'aie prononcé un mot : "Je suis l'épouse du Serpent, et je n'ai peur de rien ni de personne."
La peur, je la ressens pourtant. Elle
Il dépose un baiser sur mon front, tendre et solennel, comme un sceau apposé sur notre réconciliation. Je sens son souffle chaud sur ma peau, ses lèvres qui s'attardent, ses doigts qui caressent ma nuque.— Il y a autre chose que je dois te dire, reprend-il après un silence. La femme que tu as vue à la villa, celle qui est venue me parler en pleine nuit quand tu nous as espionnés... ce n'était pas une maîtresse. C'était une informatrice. Une ancienne femme de main de Silvano qui a changé de camp. Elle m'a donné des informations cruciales sur les plans de Silvano, sur ses caches, sur ses alliés. Sans elle, je serais peut-être déjà mort.— C'est pour ça que tu ne voulais pas que je la voie. Que tu ne voulais pas m'en parler.— C'était trop dangereux. Si Silvano avait su qu'elle me parlait, il l'aurait tué
LEILALa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux défraîchis, peignant des rayures pâles sur le papier peint à fleurs décollé. Je me réveille lentement, embrumée, désorientée, le corps endolori par les étreintes de la nuit, la peau moite de sueur, les cheveux emmêlés sur l'oreiller. Il me faut quelques secondes pour me souvenir où je suis, pour me rappeler les événements de la veille. L'entrepôt. Les hommes de main. Yanis qui surgit des ombres. Cette chambre d'hôtel miteuse. Nos retrouvailles bestiales et désespérées.Yanis est encore endormi à côté de moi, son bras passé autour de ma taille, son visage enfoui dans mon cou. Sa respiration est lente et profonde, ses traits sont détendus, paisibles, comme je ne les ai pas vus depuis des semaines. Il n'a plus
Je pose mes mains sur son visage, mes paumes contre ses joues, mes doigts caressant sa barbe naissante. Sa peau est chaude, rugueuse, vibrante d'émotion contenue. Ses yeux plongent dans les miens, ces yeux vert émeraude qui m'ont fait chavirer, qui m'ont fait fondre, qui m'ont fait l'aimer.— Je ne suis pas Elena. Je ne vais pas mourir. Je suis là. Vivante. Avec toi.— Tu as failli mourir aujourd'hui. Si j'étais arrivé cinq minutes plus tard...— Tu n'es pas arrivé cinq minutes plus tard. Tu es arrivé à temps. Tu m'as sauvée.— J'aurais pu ne pas être là. J'aurais pu être à l'autre bout de la ville, en train de traquer Silvano, et je ne l'aurais jamais su. Matteo m'a appelé. Il m'a dit que tu étais partie pour l'entrepôt. J'ai roulé comme un fou pour te rejoindre. J'ai grillé tous les feux rouges,
LEILALa voiture file à travers les rues de Marseille, silencieuse et rapide comme un prédateur nocturne en pleine journée. Matteo conduit, les yeux fixés sur la route, les mains crispées sur le volant, ignorant délibérément la scène qui se déroule sur la banquette arrière. Yanis ne m'a pas lâché la main depuis que nous avons quitté l'entrepôt. Ses doigts sont entrelacés aux miens, solides et chauds, mais sa mâchoire est contractée, ses yeux fixés droit devant lui, son corps tendu comme un arc prêt à décocher sa flèche.Il est furieux. Je le sens dans chacun de ses muscles, dans chacun de ses souffles, dans chacun de ses battements de cœur. Pas furieux contre Silvano, pas furieux contre les hommes qui m'ont attaquée. Furieux contre moi. Furieux que j'aie désobéi, que j'aie q
Ma voix est un cri étranglé, étouffé par la main qui m'écrase la bouche. Je me débats comme une furie, griffant, mordant, donnant des coups de pied. Mais ils sont trop nombreux. Leurs mains sont partout, sur mes bras, mes jambes, ma taille. Leurs rires résonnent dans l'obscurité, gras et obscènes.— Le Serpent va être content de nous voir lui ramener sa petite femme.— Il va nous payer une fortune pour elle.— Une fortune, et peut-être même un petit bonus. Elle est encore plus jolie que sur les photos.La terreur me glace le sang. Ils ne sont pas des hommes de Yanis. Ce sont des ennemis. Des hommes de Silvano. Et ils veulent m'utiliser comme appât, comme monnaie d'échange, comme arme contre mon mari.Je refuse. Je refuse d'être utilisée contre lui. Je refuse d'être la cause de sa perte, même s'il m'a
Je pousse un cri.Un cri inhumain, bestial, déchirant. Un cri de bête blessée, de louve trahie, de femme détruite. Un cri qui résonne dans toute la villa, qui fait trembler les murs, qui fait s'envoler les oiseaux du jardin.Et je casse tout.Tout ce qui me tombe sous la main.Je saisis l'ordinateur et je le jette contre le mur. L'écran explose en mille morceaux, des étincelles bleutées crépitent, du plastique et du verre volent dans tous les sens. Je renverse la table de travail, les dossiers s'éparpillent sur le sol, les papiers virevoltent comme des oiseaux affolés. J'arrache les rideaux de velours, les tringles se décrochent dans un bruit de fin du monde. Je balaie les étagères d'un revers de bras, les livres tombent en cascade, les bibelots se brisent sur le marbre.Matteo tente de me retenir, ses bras puissants qui essaient de m'immobiliser, sa voix qui essaie de me calmer. Mais je le repousse avec une force que je ne soupçonnais pas, une force nourrie par la rage et le désespoi
LEILALe silence qui suit nos confidences est différent de tous les silences que nous avons partagés. Ce n'est pas un silence de fuite, ni de colère, ni de tristesse. C'est un silence de paix. De réconciliation. De communion.Je pose ma tête sur son épaule, mon front contre son cou, mes doigts entr
YANISLe dîner est terminé. Les bougies ont presque fini de se consumer, la cire coule en rivières blanches sur la nappe. Le vent s'est levé, apportant l'odeur du sel et des pins. Nous sommes repoussés dans le salon, sur le canapé face à la baie vitrée. Elle a posé sa tête sur mon épaule, ses pieds
LEILALa journée passe comme un rêve. Il ne va pas à son bureau, il n'appelle pas Matteo, il ne répond pas à ses téléphones qui vibrent toutes les dix minutes. Il reste avec moi. Dans le salon, sur la terrasse, au bord de la piscine. Il me parle de Marseille, de la mer, des îles du Frioul qu'il m'e
Et puis, au lieu de partir, il s'allonge à côté de moi. Ses bras m'enlacent, m'attirent contre lui, et il me serre. Fort. Très fort. Comme s'il avait peur que je m'évapore, que je disparaisse, que je ne sois qu'un rêve dont il va se rév







