MasukLEILA
Le jour du mariage, 14h30La voiture est noire.
Bien sûr.
Impossible d'être discrète.
Trois véhicules d'escorte, des berlines noires, vitres teintées, moteurs puissants.
Des hommes en costume partout.
Des oreillettes.
Des armes.
Je suis assise à l'arrière, à côté de mon père.
Il est en costume sombre — noir, cravate noire, chem
Une larme coule sur sa joue, puis une autre, puis une autre encore. Il ne les essuie pas. Il les laisse couler, ces larmes d'homme brisé, d'homme sauvé, d'homme aimé.— Je te promets aujourd'hui, devant Dieu, devant nos témoins, devant le monde entier, de t'aimer pour toujours. De te respecter, de te protéger, de te chérir. De ne plus jamais te mentir, de ne plus jamais te cacher, de ne plus jamais avoir peur. Je te promets d'être l'homme que tu mérites, l'homme que tu as fait de moi. Je te promets la vie, Leila. La vie, l'amour, le bonheur. Pour toujours.Il est en larmes maintenant, des larmes qui coulent sans retenue, qui tracent des sillons sur ses joues, qui tremblent sur ses lèvres. Autour de nous, les invités sont silencieux, émus, certains essuyant leurs propres larmes.Je prends le papier que j'ai préparé, mes mains tremblant, ma voix hésitante.
LEILALes semaines passent, douces et paisibles comme une mer d'huile. Ma blessure guérit, lentement mais sûrement, laissant une cicatrice rose et sensible sur mon épaule. Yanis la caresse parfois, du bout des doigts, comme s'il voulait effacer la trace de la balle, comme s'il pouvait faire disparaître le souvenir de ce jour où j'ai failli le quitter pour toujours.Nous avons retrouvé notre équilibre. Un nouvel équilibre, plus sain, plus solide, plus vrai. Plus de mensonges, plus de secrets, plus de peurs. Juste nous. Juste notre amour. Juste notre vie.Ce matin-là, je suis dans le jardin, assise sur un banc de pierre, les pieds nus dans l'herbe mouillée de rosée. Le soleil se lève sur la Méditerranée, peignant le ciel de nuances orangées et roses. Les oiseaux chantent, les cigales commencent à grésiller, la vie s'éveille douc
LEILALe retour à la villa est un triomphe.Yanis m'a fait porter jusqu'à l'entrée, refusant de me laisser marcher, même pour quelques mètres. Il m'a déposée sur le canapé du salon, entourée de coussins, couverte d'un plaid doux, comme si j'étais une reine, une princesse, une déesse.— Tout va bien se passer, Leila. Je suis là. Je vais m'occuper de toi. Je ne te laisserai pas tomber.Et il le fait. Il s'occupe de moi avec une dévotion qui me touche jusqu'aux larmes. Il me prépare des repas légers, m'aide à me laver, me masse les jambes pour éviter les escarres. Il veille sur mes médicaments, sur mes pansements, sur ma rééducation.— Ne t'inquiète pas, me dit-il un jour en m'aidant à faire mes premiers pas dans le salon. Je vais t'accompagner. Je te porterai s'il le faut, mais je ne te laisserai jamais abandonner.— Tu es un vrai infirmier, maintenant, dis-je, une lueur amusée dans les yeux.— Je suis ton mari, Leila. Ton mari, ton protecteur, ton amant. Je serai tout ce dont tu as bes
Yanis est à genoux près de moi, ses mains sur mon épaule, pressant la plaie, essayant d'arrêter le sang qui coule, qui coule, qui coule. Son visage est décomposé, ses yeux sont fous, sa voix est un hurlement brisé.— Il faut l'emmener à l'hôpital, vite ! Matteo, la voiture, maintenant !Je sens ses bras qui me soulèvent, qui me portent, qui me serrent contre lui. Sa chaleur, son odeur, sa force. Mon ancre. Mon refuge. Mon amour.— Ne meurs pas, Leila. Je t'en supplie, ne meurs pas. Je ne peux pas vivre sans toi. Tu m'entends ? Je ne peux pas vivre sans toi.Sa voix est un sanglot, un cri, une prière. Je veux lui répondre, lui dire que je l'aime, que je ne vais pas mourir, que tout va bien. Mais les mots ne sortent pas. Seule la douleur, le froid, l'obscurité.— Je t'aime, Leila. Je t'aime plus que tout au monde. Accroche-toi. Accroche-toi pour moi. Je t'en supplie.Et puis, plus rien.LEILALa lumière est blanche. Aveuglante. Oppressante.Je cligne des yeux, essayant de me concentrer
Je vise le mannequin installé dans le jardin, mes doigts serrés sur la crosse de l'arme. Yanis est tout contre moi, sa chaleur m'enveloppant, sa voix murmurant des instructions à mon oreille.— Tire.Je tire. Le recul me surprend, mes poignets plient, l'arme s'envole presque de mes mains. La balle va droit dans le sol, à dix mètres de la cible.— Pas mal pour une première fois, dit Yanis, un sourire dans la voix. Recommence.Je recommence. Et encore. Et encore. À chaque fois, je m'améliore un peu. À chaque fois, mes bras sont plus stables, ma visée plus précise, ma confiance plus grande.— Bien, dit-il enfin. Tu es prête.— Prête à quoi ?— À te battre à mes côtés. Ce soir, tu ne seras pas une spectatrice. Tu seras ma Reine. Ma guerrière. Mon égale.Il me dépose un baiser sur la joue, tendre et solennel, comme un sceau apposé sur notre alliance.— Le Serpent et sa Reine. Contre le monde.La nuit tombe sur la villa, épaisse et menaçante. Les lampadaires diffusent une lumière jaune et t
LEILAMatteo entre dans le salon sans frapper, son visage fermé, ses yeux sombres traversés par une lueur d'urgence. Je le vois dans le reflet de la baie vitrée, et mon cœur se serre instantanément. Matteo ne s'approche jamais de nous avec cet air-là. Cet air de catastrophe imminente.— Yanis, il faut que tu voies ça.Yanis lève les yeux de son ordinateur, une ride de tension entre ses sourcils. Il sait. Comme moi, il sait que quelque chose de terrible est sur le point d'arriver. Il prend l'ordinateur portable que Matteo lui tend, ses doigts glissant sur le clavier, ses yeux parcourant les informations qui s'affichent à l'écran.Son visage se durcit. Sa mâchoire se contracte. Ses poings se serrent sur la table.— Il prépare un assaut. Contre la villa.— Qui ? demandé-je, même si je connais déjà la réponse.— Ton père.Le nom tombe entre nous comme une bombe, comme une malédiction, comme un arrêt de mort. Mon père. L'homme qui m'a vendue, manipulée, trahie. L'homme qui a emprisonné ma
LEILALa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux défraîchis, peignant des rayures pâles sur le papier peint à fleurs décollé. Je me réveille lentement, embrumée, désorientée, le cor
Ma voix est un cri étranglé, étouffé par la main qui m'écrase la bouche. Je me débats comme une furie, griffant, mordant, donnant des coups de pied. Mais ils sont trop nombreux. Leurs mains sont partout, sur mes bras, mes jambes, ma taille.
Nous restons silencieux quelques secondes, à écouter nos souffles respectifs à travers le téléphone, à nous raccrocher à ce fil ténu qui nous relie malgré la distance, malgré le danger, malgré tout ce qui nous sépare.— Tiens bon, Leila. Tiens bon pour moi.— Tiens bon pour moi aussi.Et il raccroc
LEILALes jours qui suivent son départ sont les plus sombres de mon existence.Plus sombres que ma capture. Plus sombres que ma haine. Plus sombres que tout ce que j'ai traversé jusqu'à présent.Je vis recluse dans la villa, cette villa qui était devenue notre paradis et qui n'est plus qu'un mausol







