LOGINLEILA
Il s'éloigne. Il s'éloigne, et chaque pas qu'il fait résonne dans ma poitrine comme un coup de marteau. Sa silhouette massive disparaît dans la pénombre du couloir, et je reste plantée au milieu du hall, les bras ballants, le cœur en miettes.
Ma voix, quand elle l'a appelé, était un cri de désespoir. Un appel à l'aide. Une main tendue dans le noir. Et il ne s'est pas retourné. Il a continu&ea
LEILALa confiance est brisée.Nous avons beau nous aimer, nous pardonner, nous réconcilier... quelque chose s'est cassé entre nous. Quelque chose de profond, d'essentiel, de vital. La confiance absolue que nous avions l'un envers l'autre, cette certitude inébranlable que rien ne pourrait jamais nous séparer... elle n'existe plus.La réconciliation est un champ de mines.Chaque geste est suspect. Chaque parole est analysée. Chaque silence est interprété. Nous marchons sur des œufs, terrifiés à l'idée de commettre un faux pas, de rouvrir une blessure, de déclencher une explosion.Yanis est devenu maladivement jaloux.Il me surveille sans cesse. Il vérifie mon téléphone, mes messages, mes appels. Il veut savoir où je suis, avec qui je suis, ce que je fais, à chaque instant de la journée. Il a
LEILALa nuit est mon alliée. Mon manteau d'ombre, mon bouclier de ténèbres, ma complice silencieuse. Je me faufile hors de la demeure paternelle comme une voleuse, évitant les caméras de surveillance, contournant les gardes qui patrouillent dans le jardin. J'ai passé des années dans cette maison. J'en connais chaque recoin, chaque passage secret, chaque angle mort. Mon père a beau avoir renforcé la sécurité, il ne peut rien contre la connaissance intime que j'ai de ce lieu.Le portail est gardé, évidemment. Deux hommes en faction, armés jusqu'aux dents, qui discutent à voix basse en fumant des cigarettes. Mais je sais qu'il existe un autre passage. Un vieux portillon rouillé, à l'arrière du jardin, qui donne sur une ruelle déserte. Il était condamné quand j'étais adolescente, mais je l'ai rouvert une nu
LEILAJe retourne chez mon père comme un chien battu, la queue entre les jambes, le cœur en miettes. Je n'ai nulle part où aller. Ma mère est prisonnière, mon mari m'a répudiée, mes amis n'existent pas. Je n'ai que mon père. Mon père, ce monstre qui m'a manipulée, qui m'a forcée à trahir l'homme que j'aime, qui a détruit mon mariage et ma vie.Il m'accueille avec un sourire triomphant, ce sourire que je déteste, ce sourire qui me donne la nausée.— Alors, ma fille, il t'a chassée ? Je te l'avais dit. Il ne t'a jamais aimée. Tu n'étais qu'un trophée pour lui, un objet qu'on possède, qu'on exhibe, qu'on jette quand il ne sert plus à rien.— Tais-toi.— Pardon ?— Tais-toi. Tu as eu ce que tu voulais. Mon mariage est détruit. Ma vie est finie. Alors tais-to
Je hoche la tête, incapable de parler.— Bien. Très bien. Je savais que tu serais raisonnable. Maintenant, rentre chez toi. Et souviens-toi : si tu parles à ton mari, ta mère meurt. Si tu essaies de la sauver sans mon autorisation, ta mère meurt. Si tu ne me donnes pas les informations que je veux, ta mère meurt. C'est clair ?— C'est clair.Je sors du bureau comme une somnambule, traverse le hall en titubant, franchis le seuil de la demeure familiale. La lumière du soleil me fait cligner des yeux, crue et aveuglante après la pénombre du bureau. Matteo est toujours là, adossé à la voiture, et il se redresse brusquement en me voyant approcher.— Signora ? Que s'est-il passé ? Votre visage...Ma joue est rouge et enflée là où mon père m'a frappée. Un filet de sang coule au coin de ma lèvre
Je hoche la tête, incapable de parler, la gorge nouée par l'émotion. Yanis se lève, contourne son bureau, s'approche de moi. Ses mains se posent sur mes épaules, ses yeux plongent dans les miens avec une intensité presque douloureuse.— Mais ne te fais pas d'illusions, Leila. Ton père est un danger pour nous. Pour toi autant que pour moi. S'il refuse ma proposition, s'il continue à comploter, s'il représente la moindre menace... je n'aurai pas le choix.— Je comprends.— J'espère que tu comprends vraiment. Parce que si tu dois choisir entre lui et moi, j'ai besoin de savoir que tu me choisiras.— Je te choisis, Yanis. Je t'ai choisi le jour où j'ai dit oui, le jour où j'ai posé mes lèvres sur les tiennes, le jour où j'ai décidé de rester. Je te choisis aujourd'hui. Je te choisirai toujours.Il h
LEILALa paix est de courte durée.Trois jours. Trois jours seulement de bonheur retrouvé, de caresses échangées, de sourires complices. Trois jours à nous redécouvrir, à nous réapprivoiser, à panser les plaies de notre séparation. Trois jours à rattraper le temps perdu, à nous aimer comme si chaque étreinte était la dernière, à nous parler comme si chaque mot était une confession.Trois jours. C'est tout ce que le destin nous accorde.Le quatrième jour, Yanis reçoit un appel qui fait basculer notre monde.Je suis dans le salon, installée sur le canapé avec un livre que je ne lis pas vraiment, quand je l'entends crier dans son bureau. Pas un cri de colère, pas un rugissement de fureur. Un cri de douleur. Un hurlement déchirant, bestial, qui me glace le sang et me fait bondir s
LEILAIl me serre trop fort.Sa main sur ma taille presse, écrase presque. Ses doigts s'enfoncent dans la chair de mes hanches comme s'il voulait laisser des marques. L'autre main tient la mienne si fermement que mes doigts pourraient craquer, que mes phalanges
LEILA— La tradition veut que les mariés ouvrent le bal, annonce l'officiel de sa voix de stentor.Les invités applaudissent. Les femmes poussent de petits cris enthousiastes. Les hommes se tournent vers nous, curieux, amusés, gourmands. Les
YANISElle me regarde avec ces yeux noirs pleins de peur et de colère et de défi, et je ne peux pas m'empêcher de rire.Pas un rire moqueur. Pas un rire méchant. Pas un rire cruel.Un rire sincère. Un rire qui monte du fond de m
LEILA— Je préfère crever que de t'aimer, répété-je.Cette fois, ma voix est plus ferme. Plus sûre. Presque triomphante. Comme si je venais de gagner une bataille. Comme si ces mots étaient une arme que je lui plant







