Mag-log inChapitre 32
Rosa
— Je veux ma liberté en échange. Pas d’argent. Juste partir.
La chambre est éclairée par la lumière pâle du matin. Le jour se lève à peine, le ciel encore gris-rose derrière les rideaux de soie bleue que je n’ai pas fermés de la nuit. Le feu s’est éteint depuis des heures, il ne reste que des braises r
Chapitre 112RosaIl m'emmène à une réunion de la Camorra. Le geste est délibéré, réfléchi, presque solennel, et je le comprends dès qu'il me prend la main dans le vestibule, dès qu'il me guide à travers les couloirs de pierre vers la grande salle où les chefs de clan sont déjà rassemblés. Il aurait pu me demander de rester dans la bibliothèque, comme il le faisait depuis des semaines, il aurait pu me protéger, m'enfermer, me tenir à l'écart de ce monde d'hommes, de fumée de cigare, de regards calculateurs. Mais il ne le fait pas, il ouvre la porte devant moi, il s'efface pour me laisser passer, et je sens son regard sur moi, plein de fierté, de confiance, d'amour, et je sais que ce moment est une déclaration, une proclamation, un serment silencieux.La grande salle est
Chapitre 111LorenzoJe décide de changer. Cette décision naît en moi au petit matin, alors que les premières lueurs de l'aube percent à travers les rideaux de la bibliothèque, alors que Rosa dort encore contre mon épaule, sa respiration lente et régulière, sa main posée sur mon cœur comme pour s'assurer qu'il bat toujours, qu'il bat pour elle, qu'il bat pour nous. La nuit que nous venons de passer, cette nuit de paroles, de rires, de larmes, de retrouvailles, m'a transformé, m'a lavé, m'a rappelé qui j'étais, qui je ne voulais plus être, qui je devais devenir. Les mots de Rosa résonnent encore en moi, "tu n'es pas ton père, tu n'es pas Matteo, tu es toi", et ils sont comme une clé qui ouvre une porte, comme une lumière qui dissipe les ténèbres, comme une boussole qui indique le chemin. Je ne
Chapitre 110RosaNous passons la nuit à parler, comme au début, comme à cette époque bénie où chaque nuit était une découverte, une confession, une guérison, où nous restions allongés dans le grand lit de bois sombre, les mains enlacées, les cœurs battant à l'unisson, à nous raconter nos vies, nos blessures, nos espoirs. Sauf que cette nuit, nous ne sommes pas dans le lit, nous sommes assis par terre, dans la bibliothèque, dos au mur de pierre froide, et qu'il n'y a pas de lune qui filtre à travers les rideaux, seulement les flammes qui dansent dans la cheminée et les lampes à huile qui projettent leurs ombres mouvantes sur les dos de cuir usé, sur le globe terrestre immobile, sur nos deux silhouettes enlacées dans la pénombre. Mais peu importe le lieu, peu importe le décor, peu impo
Chapitre 109LorenzoJe lui avoue tout, dans la pénombre de la bibliothèque, assis par terre, dos au mur, sa main dans la mienne, sa chaleur contre mon flanc. Les mots montent de ma poitrine comme une eau trop longtemps contenue, comme un poison trop longtemps gardé, comme une digue qui cède enfin sous la pression de trop de nuits sans sommeil, de trop de décisions impossibles, de trop de sang versé. Je lui avoue la peur, cette peur viscérale qui ne m'a pas quitté depuis que j'ai pris la place de Matteo, depuis que j'ai senti le poids de cette couronne de plomb s'abattre sur mes épaules, depuis que je me suis assis dans ce fauteuil de cuir noir qui domine la grande salle comme un trône, comme un tribunal, comme une tombe. Je lui avoue que je n'ai plus jamais dormi paisiblement, que je sursaute au moindre bruit, que je vois des ennemis partout, des traîtres dans chaque regard, des poignards dans chaque main tendue, et que cette peur me ronge, me dévore, me transforme en un homme que je
Chapitre 108RosaIl entre sans frapper. La porte s'ouvre d'un coup sec, presque brutal, et il est là, debout sur le seuil de la bibliothèque, sa silhouette sombre découpée par la lumière du couloir, ses épaules voûtées, son visage défait, ses yeux noirs qui ne brillent plus de cette lueur sauvage que j'aimais mais qui sont éteints, vides, perdus. Il ne porte pas sa veste de parrain, il n'a pas son Beretta à la ceinture, il est simplement vêtu d'une chemise blanche froissée, les manches relevées jusqu'aux coudes, le col ouvert sur sa gorge, et il ressemble à l'homme que j'ai connu, à l'homme qui est entré dans ma vie comme un ouragan, qui m'a arrachée à ma prison, qui m'a offert une clé, une bague, un jardin.Il ne dit rien d'abord, il reste là, immobile, comme s'il hésit
Chapitre 107LorenzoElle me fuit. Pas ouvertement, pas avec des mots, pas avec des reproches ou des accusations, non, ce serait trop simple, ce serait trop facile à comprendre, à affronter, à combattre. Elle me fuit en silence, avec cette discrétion que je lui ai apprise malgré moi, avec cette résignation qui me brise le cœur, avec cette distance qu'elle a installée entre nous comme une forteresse imprenable, comme un rempart infranchissable, comme une réponse muette à mes silences, à mes ordres, à mes absences. Elle ne vient plus dans la grande salle quand je reçois les chefs de clan, elle ne s'assied plus à côté de moi pendant les dîners, elle ne glisse plus sa main dans la mienne quand je rentre tard le soir, et notre chambre, notre belle chambre qui a été le témoin de tant de nuits d'amour et de confid
Chapitre 7LorenzoJe donne l’ordre.Ma voix est calme, à peine un murmure dans l’oreillette, mais mes hommes l’entendent. Le petit appareil en plastique noir est logé dans mon conduit auditif, sa surface lisse et tiède contre ma peau. Je sens les vibrations de ma propre voix lui traverser, et dans
Chapitre 6RosaJe danse.La musique m'emporte, les violons glissent sur les cordes comme des doigts sur une peau nue, et je tourne lentement sur moi-même au milieu de la galerie vitrée. Mes bras sont ouverts, mes yeux fermés, ma robe de velours bleu froisse contre mes chevilles à chaque mouvement.
Chapitre 5LorenzoMon oreillette grésaille, et la voix de Marco, à peine plus qu'un souffle, prononce les mots que j'attends depuis des heures.— Elle est entrée. Rosa Valente. Côté galerie vitrée.Le monde, autour de moi, se fige. La musique, les rires, les cliquetis des coupes de champagne, tout
Chapitre 4RosaOn frappe à ma porte, et mon cœur cesse de battre pendant une seconde entière.Le bruit est à peine audible, trois petits coups espacés, le code que nous avons inventé il y a des années, Maria et moi, quand j'étais encore une enfant qui avait peur du noir et des ombres qui dansaient







