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Lorenzo
La portière de la voiture blindée claque derrière moi avec un bruit sec, métallique, qui résonne dans la cour d'honneur du palais Corsini comme une détonation, comme un coup de feu tiré dans le silence de la nuit. L'air est glacé, chargé d'humidité, un brouillard épais monte du fleuve et noie les lanternes en halos jaunâtres, efface les
Chapitre 72RosaLa valse s'achève dans un tournoiement gracieux, et Lorenzo me retient contre lui, sa main toujours posée sur ma taille nue, sa chaleur se répandant dans tout mon corps, son souffle chaud contre ma tempe. Les applaudissements crépitent, polis, calculés, et je sens les regards peser sur moi, des regards de curiosité, d'envie, de convoitise, des regards qui me déshabillent, qui me jugent, qui me soupesent comme une marchandise sur un étal. La robe noire, le dos nu, le faucon en argent à mon doigt, tout cela est un message, un étendard, une déclaration de guerre autant qu'une déclaration d'amour. Je suis Rosa Valente, la sœur de l'ennemi, et je suis au bras de Lorenzo De Santis, le chef de la Camorra de Velasca, et ce soir, je deviens ce que je n'aurais jamais imaginé devenir, la reine d'un royaume de ténè
Chapitre 71LorenzoLe gala est donné dans la salle des fêtes du palais Corsini, une immense pièce d'apparat que je n'avais pas ouverte depuis la mort de Bianca, depuis que ma mère y donnait ses réceptions légendaires, depuis que mon père y signait ses alliances dans le sang et le champagne. Les lustres de cristal de Bohême ont été rallumés pour l'occasion, des centaines de pendeloques qui scintillent comme des diamants, qui projettent des arcs-en-ciel sur les murs couverts de fresques, sur les colonnes de marbre rose, sur le parquet ciré qui luit comme un miroir. Les rideaux de velours pourpre sont tirés, les tapisseries anciennes ont été dépoussiérées, les candélabres d'argent chargés de bougies parfumées à la vanille et à la cannelle, et l'odeur de la cire chaude, du champagne, des
Chapitre 70RosaLa nuit est tombée sur Velasca, une nuit de printemps naissant, fraîche, transparente, criblée d'étoiles qui scintillent dans le ciel noir comme des diamants jetés sur un manteau de velours. La lune est pleine, immense, presque irréelle, et sa lumière argentée coule sur les toits de tuiles rouges, sur les cheminées fumantes, sur les clochers d'églises qui pointent vers l'infini, et elle baigne la terrasse du palais Corsini d'une clarté laiteuse, douce, presque liquide, qui transforme la pierre en nacre, le fer forgé en dentelle, nos deux silhouettes en ombres chinoises découpées sur l'horizon. Le vent de mars s'est calmé, il n'est plus qu'une brise légère, un souffle à peine perceptible qui caresse les murs, qui fait frissonner les drapeaux sur les tours, qui apporte l'odeur des montagnes
Chapitre 69LorenzoTrois jours. Trois jours interminables, trois nuits sans sommeil, trois aubes grises et froides où je me suis réveillé seul dans un lit trop grand, trop vide, trop silencieux. Trois jours sans son sourire, sans sa voix, sans sa main dans la mienne, sans ses yeux gris posés sur moi avec cette douceur qui me bouleversait, avec cette confiance qui m'honorait, avec cet amour qui me sauvait. Trois jours à me haïr, à me détester, à me reprocher chaque geste, chaque parole, chaque décision. Trois jours à tourner en rond dans le palais comme un fantôme, à errer dans les couloirs déserts, à passer devant la bibliothèque sans oser y entrer, à m'arrêter devant la porte de sa chambre sans oser frapper. Trois jours à comprendre que je l'ai perdue, que je l'ai détruite, que j'ai brisé la seule c
Chapitre 68RosaLe printemps est arrivé, doucement, presque timidement, comme s'il craignait de déranger, comme s'il n'était pas sûr d'être le bienvenu dans ce palais de pierre et d'ombres. Les pommiers du jardin intérieur se sont couverts de fleurs blanches et roses, des milliers de pétales qui frémissent sous la brise, qui tombent en pluie légère sur les dalles, sur la fontaine, sur le banc moussu où nous nous asseyons encore, Lorenzo et moi, quand les journées sont assez douces, quand la guerre laisse un peu de répit, quand nous avons besoin de silence et de paix. Les oiseaux chantent du matin au soir, des merles, des rouges-gorges, des pinsons qui nichent dans le lierre, et le jardin est devenu mon refuge, mon sanctuaire, mon église.Mais aujourd'hui, le jardin est vide, le banc est désert, et je marche seule dans
Chapitre 67LorenzoLe bureau est plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lampe à abat-jour vert qui projette un cône de lumière jaune sur la table de noyer, sur les dossiers empilés, sur le verre de whisky auquel je n'ai pas touché. Les rideaux de velours grenat sont tirés sur la nuit, le feu crépite dans la cheminée, et l'odeur du bois brûlé se mêle à celle du cuir, du papier, de la cire, cette odeur familière qui d'habitude me réconforte mais qui ce soir m'oppresse, qui m'enserre la gorge comme un étau. Marco est debout devant moi, les mains posées à plat sur le dossier du fauteuil qui fait face à mon bureau, les jointures blanches, les veines saillantes sur le dos de ses mains, et son regard bleu délavé est fixé sur moi avec une intensité
Chapitre 19LorenzoJe fais enquêter sur Rosa Valente.Assis dans mon bureau, je regarde la flamme de la bougie danser sur le buvard. La pièce est sombre, les tentures de velours grenat tirées, les meubles de bois noir luisant à peine dans la pénombre. L’odeur du cuir des fauteuils, du tabac froid,
Chapitre 18RosaSeule, j’explore.La porte s’est refermée sur Lorenzo il y a quelques minutes. Quelques heures. Je ne sais plus. Le temps, dans cette chambre, semble couler différemment, plus lent, plus visqueux, comme du miel qui dégouline d’une cuillère. Le bruit de ses pas s’est éloigné dans le
Chapitre 17LorenzoElle a ri.Ce rire amer, sec, presque blessant, résonne encore dans mes oreilles. Il n’avait rien d’une supplique, rien d’une faiblesse. C’était le rire de quelqu’un qui a déjà tout perdu et qui n’a plus rien à craindre, le rire de quelqu’un qui a touché le fond et qui, de là, r
Chapitre 16RosaJe le regarde. Il vient de dire : « Tu es sa sœur. Tu as de la valeur. » Son ton était moqueur, presque méprisant. J’ai entendu cette petite inflexion dans sa voix, ce pli au coin de sa bouche, cette légèreté forcée qu’il a mise dans ses mots. Il veut me faire douter, me faire plie







