Share

Chapitre 76

Author: Anatory
last update publish date: 2026-04-07 00:09:52

L'appartement était silencieux. Trop silencieux.

Amanda était restée assise sur le canapé pendant près d'une heure après le départ de Cameron, le carnet ouvert sur les genoux, les yeux fixés sur les mots sans les voir. Les tessons du vase étaient toujours éparpillés sur le parquet, les fleurs fanées dans une flaque d'eau qui commençait à s'infiltrer entre les lattes de bois. Elle n'avait pas eu la force de les ramasser.

La colère était toujours là, brûlante, mais elle avait changé de nature. Ce
Continue to read this book for free
Scan code to download App
Locked Chapter

Latest chapter

  • Le Diable en Costard    Chapitre 81

    Le taxi roulait depuis vingt bonnes minutes quand Amanda sentit son corps se détendre, comme un ressort qu'on desserre. La ville défilaient derrière la vitre des immeubles gris qui s'allongeaient à l'infini, des arbres tout nus, des gens qui marchaient vite, le nez planqué dans leur écharpe. Le chauffeur, un type d'une cinquantaine d'années au visage creusé comme une vieille route, avait pas dit grand-chose depuis le départ. Quelques mots sur les bouchons, sur la pluie qui menaçait, sur rien d'important.Amanda répondait par oui ou par non, le regard perdu dans le paysage qui s'éloignait. Elle pensait à sa mère. À la maison. À ce silence doux qu'elle allait retrouver. Son cœur se serrait un peu, mais c'était une bonne douleur. Celle des retrouvailles.— Vous êtes pressée, Mademoiselle ? demanda soudain le chauffeur.— Ouais, un peu. J'ai un train à prendre.— Je vais faire au mieux. Mais avec ces bouchons de merde, on est jamais sûr de rien.Il marqua une pause, jeta un coup d'œil da

  • Le Diable en Costard    Chapitre 80

    La voiture noire était garée en double file, moteur tournant, trois hommes à l'intérieur. Lewis était au volant, les doigts crispés sur le cuir du volant, les yeux rivés sur l'entrée de l'immeuble. La foule continuait de sortir, lente et désorganisée, comme un troupeau qu'on aurait poussé vers la sortie sans lui donner de direction. À côté de lui, Malik, un grand costaud au crâne rasé, tripotait nerveusement son téléphone. À l'arrière, Samir, le plus jeune de l'équipe, regardait par la vitre teintée sans rien dire, les traits tirés par la fatigue et l'inquiétude.— Merde, souffla Lewis. On va la perdre.— On l'a déjà perdue, rectifia Malik. Regarde-moi ce bordel. On ne peut même pas distinguer les visages.L'alarme hurlait toujours. Les pompiers venaient d'arriver, deux gros camions rouges garés en travers de la rue, des hommes en tenue qui couraient vers l'immeuble. Les gens se bousculaient, certains remontaient déjà, d'autres restaient là à filmer avec leur téléphone. C'était la pan

  • Le Diable en Costard    Chapitre 79

    L'appartement était devenu une cage.Amanda le sentait dans ses os, dans sa respiration, dans cette façon qu'elle avait de tourner en rond sans jamais toucher les murs. C'était une lente agonie que cette vie de verre et de béton, ces journées qui se ressemblaient toutes, ces nuits où elle écoutait les bruits de la ville sans jamais y participer. Chaque objet, chaque meuble, chaque rayon de lumière qui filtrait à travers les rideaux lui rappelait qu'elle était surveillée, observée, enfermée.Les hommes de Cameron étaient postés dehors, elle le savait. Peut-être qu'ils avaient renforcé la surveillance après son coup du livreur. Peut-être qu'ils l'attendaient, sachant qu'elle recommencerait. Leurs visages étaient devenus familiers celui qui lisait son téléphone adossé au lampadaire, celui qui restait dans la voiture noire moteur tournant, celui qui faisait les cent pas devant l'entrée de service. Des gardiens. Des geôliers en costard.Elle ne pouvait plus utiliser la même ruse. Trop ris

  • Le Diable en Costard    Chapitre 78

    L'homme sur la chaise leva la tête. Il avait la trentaine, un visage dur, marqué par des années de rue et de mauvais choix. Des cicatrices barraient son arcade sourcilière, et ses jointures étaient couturées de ces callosités que seul un homme qui frappe souvent acquiert. Ses vêtements étaient sales, déchirés à certains endroits, et ses mains étaient liées dans le dos avec des attaches en plastique. Il avait l'air d'un ennemi. Pas le pire que Cameron ait croisé, mais un soldat d'une bande rivale, ceux qui grignotaient du terrain sur les zones d'influence de Black Industries depuis des mois.Cameron s'accroupit devant lui, le regarda dans les yeux.— Tu sais pourquoi t'es là ? demanda-t-il, la voix calme, presque douce.L'homme soutint son regard, un reste d'arrogance dans la mâchoire.— Parce que vous avez peur, Hayes. Parce que ma bande vous grignote du territoire et que vous ne savez plus quoi faire.Cameron hocha lentement la tête, un sourire froid aux lèvres.— Pas mal. Mais non.

  • Le Diable en Costard    Chapitre 77

    Le sous-sol de Black Industries avait une odeur que Cameron connaissait par cœur. Un mélange de béton humide, de métal froid et de désinfectant bon marché cette senteur particulière des endroits où la lumière ne pénètre jamais et où les secrets se payent en silence. Il avait arpenté ces couloirs des centaines de fois, à toutes les heures du jour et de la nuit, mais ce soir, chaque pas résonnait différemment. Plus lourd. Plus définitif.Il s'installa dans la petite salle de surveillance, celle que personne ne connaissait, pas même ses plus proches lieutenants. Un écran, un clavier, des haut-parleurs. Et sur l'écran, une interface qu'il connaissait trop bien le système de géolocalisation et d'écoute qu'il avait installé sur le téléphone d'Amanda sans jamais le lui dire.Ses doigts hésitèrent au-dessus du clavier. Ce qu'il allait faire était une violation. Il le savait. Mais il avait besoin de savoir. Il avait besoin de comprendre ce qu'elle tramait, ce qu'elle pensait, ce qu'elle ress

  • Le Diable en Costard    Chapitre 76

    L'appartement était silencieux. Trop silencieux.Amanda était restée assise sur le canapé pendant près d'une heure après le départ de Cameron, le carnet ouvert sur les genoux, les yeux fixés sur les mots sans les voir. Les tessons du vase étaient toujours éparpillés sur le parquet, les fleurs fanées dans une flaque d'eau qui commençait à s'infiltrer entre les lattes de bois. Elle n'avait pas eu la force de les ramasser.La colère était toujours là, brûlante, mais elle avait changé de nature. Ce n'était plus cette flamme vive qui la poussait à crier, à se défendre, à frapper du poing sur la table. C'était une braise sourde, enfouie sous la fatigue, qui réchauffait sa poitrine d'une chaleur lourde et persistante.Elle en voulait à Cameron. Elle en voulait à Marcus. Elle en voulait à son père, quelque part, pour être parti sans laisser de traces, pour avoir disparu sans explication, pour l'avoir laissée seule avec tous ces mensonges.Mais surtout, elle en voulait à elle-même. De ne pas s

  • Le Diable en Costard    Chapitre 62

    Lewis avait lâché Cameron, mais il était resté entre lui et l'homme, les mains levées.— Chef. Calmez-vous.Cameron avait regardé ses poings. Le sang sur ses jointures n'était pas le sien. Il avait regardé l'homme, son visage défait, ses vêtements tachés, et quelque chose dans sa poitrine s'était s

  • Le Diable en Costard    Chapitre 61

    — Vous allez pas vous en sortir, avait dit l'homme. Si je donne pas de signe de vie, ils enverront d'autres. Ils viendront me chercher.Cameron avait souri. Un vrai sourire, presque amusé.— Personne n'est assez fou pour mettre les pieds ici.Il avait dit ça calmement, sans forcer, comme s'il énonç

  • Le Diable en Costard    Chapitre 60

    Il l'avait regardée dormir pendant près de vingt minutes.Le sommeil d'Amanda ressemblait à tout ce qu'elle était un combat même au repos. Ses mains fermées sur le drap, ses sourcils légèrement froncés, sa bouche entrouverte comme si elle allait protester contre quelque chose même inconsciente. Le

  • Le Diable en Costard    Chapitre 59

    Ses mains, ses lèvres, la chaleur de sa peau contre la mienne tout devenait plus flou, plus dense, plus proche. Je sentais le poids de son désir contre ma cuisse, je sentais la sienne répondre. Il prenait son temps, explorant, découvrant, et je me rendais compte qu'il n'avait jamais été ici avant. C

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status