เข้าสู่ระบบSERSY
Quand les larmes se sont taries, je me suis écartée doucement. Mon visage était rouge, gonflé. Mes yeux piquaient. Mais quelque chose en moi s'était calmé.« Je vais tout reprendre de zéro, ai-je dit. Pas parce que j'ai le choix, mais parce que je n'ai plus le choix.»Liora a souri, un sourire fragile mais sincère.« C'est parfait.»J'ai pris une inspiration. Puis une autre. Puis j'ai regardé autour de moi, le salon de Liora, ses livres surVersus IILes papiers étaient sur mon bureau depuis trois mois. Trois mois que je les regardais, que je les touchais, que je les retournais. Trois mois que je repoussais le moment. Trois mois que je freinais.Le divorce n'était toujours pas finalisé. Pas parce qu'elle refusait. Pas parce que les avocats s'opposaient. Parce que moi, je ne signais pas.Mon avocat, un homme patient et méthodique du nom de Bertrand, m'avait appelé la veille. Sa voix était calme, professionnelle, mais je sentais une pointe d'exaspération.« Monsieur Delacroix, le dossier est complet. Les conditions sont acceptées par les deux parties. Il ne manque plus que votre signature. »« Je sais. »« Puis-je vous demander ce qui vous retient ? »Je n'avais pas répondu. Pas parce que je ne voulais pas. Parce que je ne savais pas. Je ne savais pas pourquoi je freinais. Je ne savais pas pourquoi je gardais ces papiers dans un tiroir, pourquoi je
SersyLa salle de réunion de la galerie était baignée de lumière, une lumière blanche, franche, qui ne laissait aucune place aux ombres. J'étais assise au bout de la grande table en verre, les mains croisées devant moi, le dos droit, le regard calme. Face à moi, une journaliste d'une trentaine d'années, les cheveux bruns tirés en queue de cheval, un dictaphone posé entre nous.« Merci d'avoir accepté cet entretien, mademoiselle Delacroix. »« Appelez-moi Sersy. »Elle a souri, a consulté ses notes. C'était le troisième entretien de la semaine. Depuis que mon nom circulait, les sollicitations affluaient. Des magazines, des podcasts, des émissions culturelles. Tous voulaient parler de la femme qui avait transformé la Galerie de l'Éclat, qui avait imposé sa vision, qui avait fait de Lyon un nouveau pôle de l'art contemporain.Aucun ne voulait parler de mon passé. Et c'était très bien ainsi.« Votre parcours est fascinant,
Versus IIJe ne dormais plus. C'était devenu une habitude, une fatalité, une punition que je m'infligeais sans même y penser. Les nuits se ressemblaient toutes : quelques heures de sommeil agité, des réveils en sursaut, des pensées qui tournaient en boucle comme un disque rayé. Alors je travaillais. Encore. Toujours. Jusqu'à ce que l'épuisement me terrasse, jusqu'à ce que mon corps refuse de continuer.Ce matin-là, j'étais dans mon bureau avant sept heures. La ville s'éveillait à peine, les rues étaient calmes, les immeubles silencieux. J'aimais cette heure-là. Pas de bruit, pas de regards, pas de questions. Juste le silence et les dossiers qui s'empilaient.J'étais en train de parcourir un rapport financier quand mon téléphone a vibré. Un message de Daria, court, sec, comme toujours.« As-tu vu le magazine Éclat ? »Je n'avais pas vu. Je ne lisais plus les magazines, plus les journaux, plus rien. Je m'étais coupé du monde, comme on coupe une branche morte. Mais Daria ne m'envoyait ja
Sersy Le premier signe est venu d'une manière anodine. Un matin, en arrivant à la galerie, Isabelle m'a tendu une enveloppe avec un sourire en coin. « Une invitation. Pour le gala de la Fondation des Arts. À Paris. » J'ai pris l'enveloppe, je l'ai ouverte. Un carton épais, calligraphié à la main, avec mon nom en lettres dorées. Sersy Delacroix, Directrice artistique, Galerie de l'Éclat, Lyon. Mon nom. En lettres dorées. Sur un carton d'invitation pour l'un des événements les plus prestigieux du monde de l'art. « Comment ils m'ont trouvée ? » « Ta réputation commence à te précéder, Sersy. » Isabelle a haussé les épaules, l'air de rien. « Les expositions que tu as organisées ici ont fait parler. Les artistes que tu as soutenus ont été repris par de grandes galeries. Les magazines ont commencé à parler de toi. » J'ai posé le carton sur le bureau, les doigts légèrement trem
Versus IILe bureau était devenu mon refuge. Pas un lieu de pouvoir, pas un espace de conquête. Juste un endroit où je pouvais m'asseoir, travailler, oublier. Les murs étaient couverts de dossiers, les écrans allumés en permanence, les téléphones qui sonnaient sans relâche. Un vacarme organisé, une agitation constante, une fuite déguisée en productivité.Je travaillais plus qu'avant. Beaucoup plus. Des journées de douze heures, parfois quatorze. Des week-ends entiers passés dans ce bureau, à signer des contrats, à relire des rapports, à répondre à des mails qui n'avaient aucune urgence. Je ne rentrais chez moi que pour dormir, et encore. Certaines nuits, je ne rentrais pas du tout.Les gens autour de moi l'avaient remarqué. Ma secrétaire, d'abord, qui me regardait avec une inquiétude qu'elle n'osait pas exprimer. Mes associés, ensuite, qui échangeaient des regards en coin quand je refusais de quitter le bureau à une heure décente. Les employés, enfin, qui chuchotaient sur mon passage,
SERSY Il y avait dix-huit mois, je ne savais pas qui j'étais. Je le croyais, peut-être. Je me raccrochais à des certitudes qui s'effondraient dès que je les touchais. Mais aujourd'hui, en ouvrant les yeux dans la lumière douce de cet appartement lyonnais, je savais.Je m'appelais Sersy Delacroix. J'avais trente-deux ans. Je vivais dans une ville qui n'avait jamais connu mes larmes, et je m'y étais construite une vie qui ne portait aucune cicatrice de mon passé.Le réveil a sonné à sept heures, mais j'étais déjà éveillée depuis un moment. J'aimais ces instants, ces premiers regards sur le jour qui commence, cette pause avant que le monde ne s'emballe. Les toits de Lyon s'étendaient devant ma fenêtre, une mer de tuiles rouges et ocres, baignées par une lumière dorée qui semblait ne faire que pour moi.Je me suis levée lentement, mes pieds nus sur le parquet. La pièce était petite, mais elle était à moi. Les murs blancs que j'avais choisis, les
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe
SERSY « Depuis combien de temps ce traitement agit-il ? » Ma voix ne tremblait presque pas. J’ignore encore comment j’ai fait. Elle m’a expliqué. J’ai entendu quelques mots : régularité, efficacité, interruption, délai. Rien n’a vraiment imprimé dans mon esprit. Une seule vérité recouvrait to
SERSY Ce n’étaient pas des vitamines Le jour où j’ai compris que mon mari m’empêchait d’avoir son enfant, j’avais encore confiance en lui. Cette pensée me brûle encore. J’étais sortie en fin de matinée, sans rien prévoir d’extraordinaire. Il me fallait simplement passer à la pharmacie pour r







