LOGINChapitre 71AlyaLe restaurant affiche complet tous les soirs. C'est une réalité qui me frappe encore avec une sorte d'incrédulité, comme si je n'arrivais pas tout à fait à croire ce que je vois, ce que j'entends, ce que je vis depuis quelques semaines. Les réservations s'enchaînent, les clients reviennent, certains avec des amis, d'autres avec des collègues, d'autres encore avec cette expression ravie de ceux qui ont découvert une adresse qu'ils veulent garder secrète mais qu'ils ne peuvent s'empêcher de partager. La salle du Cœur de Bahia ne désemplit plus, les tables se remplissent dès l'ouverture et restent occupées jusqu'à la fermeture, les soirs de semaine comme les week-ends, et j'ai dû embaucher une serveuse supplémentaire pour suivre le rythme, une jeune femme souriante qui porte les assiettes avec une grâce que j
Chapitre 70RafaelQuais nocturnes. La ville s'étendait autour de nous comme un décor de théâtre, les façades anciennes qui se dressaient le long du fleuve, les ponts qui enjambaient l'eau noire de leurs arches lumineuses, les reflets des réverbères qui tremblaient à la surface du courant comme des étoiles liquides. Nous marchions lentement, sans hâte, sans destination, laissant la nuit nous envelopper de sa douceur, et je tenais sa main. Sa main dans la mienne, ses doigts fins entrelacés aux miens, sa paume chaude contre ma paume calleuse, et cette sensation, ce contact si simple et si intime, me procurait une paix que je n'avais jamais connue, une paix que je croyais réservée aux autres, à ceux qui ont le droit d'être heureux, à ceux qui ne portent pas le poids d'un secret qui les ronge de l'intérieur.Son rire. Ce rir
Chapitre 69AlyaPromenade nocturne sur les quais. La nuit était douce, une de ces nuits de printemps où l'air encore tiède se mêle à la fraîcheur du fleuve, où les réverbères dessinent des flaques de lumière dorée sur les pavés anciens, où les façades des immeubles se reflètent dans l'eau sombre comme des miroirs tremblants. Nous marchions lentement, sans but précis, sans destination, laissant nos pas nous guider le long des berges aménagées, entre les platanes centenaires et les bancs de pierre, et il tenait ma main. Sa grande main calleuse enveloppait la mienne avec une douceur qui ne cessait jamais de m'étonner, cette douceur qui contrastait tellement avec la force que je sentais dans ses doigts, avec la puissance que je devinais dans ses épaules, avec tout ce qu'il dégageait de solide et de rassurant. Sa mai
Chapitre 68CamilleAlya ne pose plus de questions. C'est ce qui me frappe le plus, chaque fois que je la vois, chaque fois que nous parlons, chaque fois que je surprends son regard quand Rafael entre dans la pièce ou quand son téléphone vibre ou quand son nom apparaît sur l'écran. Elle ne demande plus rien, elle ne cherche plus à comprendre, elle ne note plus les incohérences dans ce coin de sa tête où elle les accumulait autrefois avec une méthode presque obsessionnelle. Elle a cessé de fouiller, de guetter, d'analyser le moindre indice, la moindre contradiction, le moindre détail qui ne collait pas. Elle flotte dans son bonheur comme on flotte sur une eau calme, les yeux fermés, les bras ouverts, abandonnée à ce courant qui la porte et qui la berce, et elle refuse de voir les zones d'ombre qui continuent pourtant de s'étendre autour d'elle, aut
Chapitre 67AlyaJe ne lui ai pas demandé comment il avait fait. Je ne lui ai pas posé de questions sur Gabriel, sur la prison, sur le dossier monté en trois semaines, sur les preuves accablantes et les avocats et le juge, sur tout ce qui a conduit à l'arrestation spectaculaire de mon ex-compagnon. Je ne veux pas savoir. Pas encore. Pas maintenant. Il y a des mystères qu'on accepte par amour, des zones d'ombre qu'on choisit de ne pas éclairer parce qu'on sait que la lumière pourrait brûler plus qu'elle n'éclaire, des secrets qu'on tolère parce qu'on fait confiance à celui qui les porte, parce qu'on croit qu'il les révélera quand il sera prêt, parce qu'on espère que la vérité, quand elle viendra, ne détruira pas tout ce qui a été construit. Ou par peur. Les deux, sans doute, l'amour et la peur mêlés, indissociables, comme les deux faces d'une même pièce. L'amour qui me pousse à lui faire confiance, à croire qu'il a fait tout cela pour me protéger, pour me venger, pour me libérer défini
Chapitre 66RafaelGabriel est en prison. J'ai reçu la confirmation ce matin, un appel bref de mon avocat qui m'informait que l'arrestation s'était déroulée sans incident, que les preuves étaient accablantes, que le juge avait refusé la libération sous caution, et que Gabriel Delcourt ne sortirait pas avant longtemps. J'ai écouté en silence, debout devant la baie vitrée, les yeux fixés sur la ville qui s'étendait à mes pieds dans la lumière grise du matin, et j'ai raccroché sans un mot, sans un remerciement, sans un commentaire, comme je le faisais toujours quand une affaire était réglée. C'était terminé. Gabriel Delcourt était derrière les barreaux, il ne pourrait plus jamais menacer Alya, il ne pourrait plus jamais l'humilier, il ne pourrait plus jamais poser ses yeux de pr&
Chapitre 1AlyaLe papier est jauni sur les bords, plié en trois, usé aux pliures comme si quelqu'un l'avait manipulé mille fois avant moi. L'écriture de ma grand-mère est penchée, élégante, reconnaissable entre toutes. Cette écriture qui écrivait « je t'aime » sur des post-it collés au frigo, qui
Chapitre 5RafaelLa porte du restaurant se referme derrière moi, le carillon tinte une dernière fois, et je me retrouve sur le trottoir humide, les mains enfoncées dans les poches de ma veste élimée, le visage fouetté par le vent de mars. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fixés sur la
Chapitre 4AlyaQuatorze heures précises. Le carillon tinte et la porte s'ouvre sur un homme que je ne connais pas encore, mais qui, dans quelques minutes, deviendra mon futur mari contractuel. L'idée est si absurde que j'ai envie de rire nerveusement, mais je me retiens, les mains crispées sur mes
Chapitre 2AlyaGabriel arrive le lendemain matin sans prévenir, comme il le fait toujours, comme si le restaurant lui appartenait encore, comme si ces deux années de séparation n'avaient été qu'une parenthèse qu'il peut refermer à sa guise.Je suis en train de préparer la salle pour le service du







