LOGINJe rentre enfin à la maison.
Dès que je franchis la porte, mon regard se pose sur le salon. Comme toujours la maison est calme. Elle a quelque chose de sinistre de Vide et sans vie,on croirait vraiment pas qu’il y’a un couple de mariés qui vivent ici et ça fait trois ans que c’est comme ça. Je soupire doucement. Je pose mon sac et commence à ranger les quelques affaires que j’avais laissées en désordre avant de partir. Un coussin mal placé, des papiers sur la table, un verre dans l’évier et tout l’autre bazar que j’ai laissé quand Gabriel est parti d’un coup,ça me prend quand même un petit moment. Heureusement aujourd’hui je ne cuisine pas. Hier, j’ai passé toute la journée à préparer à manger pour une personne qui ne me respecte absolument pas qui n’a même pas pu envoyer un simple message pour m’informer alors hors de question que je recommence. J’ouvre donc le frigo, je sors l’un des plats que j’avais gardé et je le mets dans le micro-ondes. Le léger bourdonnement de la machine brise un peu le silence de la maison. Cinq minutes plus tard, je le récupère. Je m’assois sur le tabouret près de l’îlot de la cuisine et je commence à manger tranquillement. Pendant que je mange, mes yeux se promènent dans la pièce. Les murs,les meubles malgré que la maison est en ménager c’est le vide. Quand je prends ma dernière bouchée, mon regard dévie vers le portrait de Gabriel et moi accroché ensuite vers l’horloge accrochée au mur. 19h. Je fronce légèrement les sourcils. J’ai passé pas mal de temps avec Viktor aujourd’hui et ça m’a fait du bien vraiment. Pendant quelques heures, j’ai pu penser à autre chose qu’à Gabriel. Et franchement, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi légère. Je réalise aussi qu’il est sorti depuis 11h du matin… et qu’il n’est toujours pas rentré. Je prends une gorgée d’eau et comme si le simple fait de penser à lui l’avait fait apparaître, j’entends la poignée de la porte d’entrée bouger. La porte s’ouvre. Je tourne légèrement la tête vers l’entrée.Gabriel vient enfin de rentrer tiens donc… quand on parle du loup. Il passe la porte, traverse le salon et ne me calcule même pas. Même pas un bonsoir. Je reste immobile sur mon tabouret, mon verre encore dans la main et je le regarde passer. Sérieusement ? Même pas un bonsoir. Je termine enfin je prends les couverts que j’ai utilisé les mets dans l’évier les nettoie et me dirige vers le canapé, je reste un moment allongée sur là je fixe le plafond sans vraiment penser à quelque chose de précis,la maison est silencieuse comme d’habitude il est arrivé et c’est comme si il était jamais là. Mais au fond de moi, je sais que je ne peux pas rester comme ça,je finis par me redresser. Il faut qu’on parle. Je prends une inspiration et je me dis que ce sera sûrement notre dernière discussion alors j’espère juste que ça va bien se passer qu’on pourra parler calmement pour une fois. Je monte les escaliers lentement. Arrivée devant la chambre, je m’arrête la porte est entrouverte.Et j’entends la voix de Gabriel il est au téléphone. Je reste juste derrière la porte immobile, sans faire de bruit et je me contente d’écouter — «Non… t’inquiète pas, elle ne sait rien.» Mon cœur se serre. — «Oui, je te l’ai dit… je trouverai une excuse.» Un petit silence. Puis il reprend, avec un ton plus doux. Un ton que je n’ai pas entendu depuis très longtemps. — «Oui… moi aussi.» Je fronce les sourcils. — «Arrête… tu sais bien que j’aimerais être avec toi.» Je sens mon ventre se nouer. Avec… toi ? Je décide de finalement pousser la porte et j’entre dans la chambre j’en ai trop entendu Gabriel est assis au bord du lit, le téléphone à l’oreille. Quand il me voit, son regard change immédiatement. _ «tu parles à qui?» — «Je sais bien mais…» Mon cœur commence à battre plus vite. _ «À qui est-ce qu’il parle ?» Il ne répond pas. Il détourne même le regard, comme si je n’étais pas là. Je fronce les sourcils. — Je te parle. À qui tu parles ? Toujours rien comme si j’étais invisible la colère commence à monter. — «Gabriel ! À qui tu parles ?» Il soupire agacé et éloigne un peu le téléphone. — «Je te rappelle.» Puis il raccroche. Il se tourne vers moi avec un regard dur. — «T’es malade ou quoi ? Pourquoi tu cries ?» Je le fixe. — «Je veux savoir à qui tu parlais.» — «À mon patron.» Je lâche un petit rire nerveux. — «Tu vas pas me la faire à moi, Gabriel. Tu vas pas me la faire à moi.» Il fronce les sourcils. — «Non mais qu’est-ce que tu racontes ? Calme-toi t’es folle ou quoi ?» — «Arrête de me prendre pour une folle. Je sais que tu me trompes Gabriel.» Son visage se ferme. — «N’importe quoi. C’était mon patron. Regarde toi-même.» Il me tend son téléphone. Sur l’écran, je lis : “Mon patron.” Je reste silencieuse quelques secondes. Gabriel souffle. — «Il devait me parler d’un projet important et toi tu viens tout gâcher.» Je sens un petit pincement de culpabilité… mais il disparaît presque aussitôt. Non.Quelque chose ne va pas. — «Rappelle-le.» Il me regarde comme si je venais de dire quelque chose d’absurde. — «Quoi ?» — «Rappelle ton patron.» Il secoue la tête. — «Mais t’es folle ou quoi ? L’appel est fini je le rappellerai plus tard.» Il me regarde avec agacement. — «T’es venue ici pourquoi ?» Je le fixe droit dans les yeux. — «Rappelle ton patron, Gabriel.» — «Non.» Il range son téléphone comme pour mettre fin à la discussion. Je tends la main pour l’attraper. — «Donne-moi ça.» — «Amara, arrête.» J’essaie de prendre le téléphone il le retient. On commence à se débattre. — «Lâche-moi !» — «Donne ce foutue téléphone Gabriel » Dans le mouvement, le téléphone nous échappe et vole à l’autre bout de la pièce. Il tombe au sol l’écran s’allume et l’appel se lance automatiquement.On se fige tous les deux la première sonnerie à peine terminée, la personne décroche. Une voix féminine résonne dans la chambre. — «Allô mon amour…» Mon cœur s’arrête. — «Tu me rappelles déjà ? Je croyais que ça allait prendre plus de temps. Cette conne qui te sert de femme t’a laissé tranquille ?» Le monde autour de moi devient silencieux. Parce que cette voix… Je la reconnaîtrais entre mille.Je sors du bureau. Le couloir me paraît soudain plus léger, presque vide. Le bruit de mes pas résonne et chaque pas me donne un peu plus de force. Je respire profondément. Pour la première fois depuis des années je sens que je reprends ma vie. Que je reprends ma liberté. Le vent frais m’accueille quand je franchis les portes automatiques. J’inspire l’air de la ville pur et coupant et un léger sourire se dessine sur mes lèvres. Mais derrière moi… je sais qu’il reste là. Gabriel dans ce bureau de treizième étage. Je l’imagine debout, immobile. Le visage fermé, les poings peut-être serrés. Le silence autour de lui est lourd, mais je sais ce qu’il pense. Il est furieux Il se sent humilié mais il est surtout… calculateur. Et ce que je ressens à cet instant me fait frissonner : ce n’est pas fini je sais que ce n’est pas fini Oooh non. Il ne laissera pas cette humiliation passer sans réponse. Je continue à marcher, le regard droit devant mais dans ma tête, une seule pensée résonn
Trois jours plus tard Je reste quelques secondes devant le miroir avant de quitter l’appartement de Viktor. La femme qui me regarde me semble presque étrangère. J’ai choisi une robe beige à manches longues et légèrement évasée simple, élégante. Mes cheveux sont lâchés sur mes épaules tombant en vagues naturelles dans mon dos. Pas maquillée c’est le cadet de mes soucis actuellement À quinze heures précises, je me tiens devant l’immeuble où travaille mon mari. Celui qui ne le sera bientôt plus. Le bâtiment de verre se dresse devant moi il est immense Le logo argenté de Hartwell Capital brille au-dessus des portes automatiques. L’une des plus grandes sociétés d’investissement du pays. Des milliards et des milliards circulent entre ces murs. Et quelque part là-haut…Il y a Gabriel. Directeur général adjoint de la société. Je serre légèrement les doigts autour de mon sac. L’image de Viktor me revient immédiatement. Sa mâchoire s’était contractée quand je lui ai
Je me réveille avec un léger mal de tête. L’horloge sur la table de chevet indique midi passé Je n’ai jamais dormi aussi longtemps. La pièce est plongée dans l’obscurité, mais pas totalement. La lumière du jour transperce à peine les rideaux dessinant des bandes pâles sur le sol. Je reste un moment assise sur le lit regardant un point invisible dans le vide Mon esprit tourne mais rien ne se forme vraiment. Des coups légers à la porte me sortent de ma rêverie. — « Oui ? » La porte s’ouvre doucement. Viktor apparaît un sourire doux sur le visage. — « Ah… te voilà réveillée à ce que je vois. » — « Oui… » dis-je à peine. Il s’approche un peu, la voix calme : — « Je voulais pas te déranger dans ton sommeil… tu as dû en baver dans ces cellules Désolé de pas t’avoir sortie plus tôt. » Je baisse les yeux un instant puis réponds doucement : — « T’inquiète… tu en as déjà fait énormément. Ne t’inquiète pas pour ça. » Il hoche la tête, satisfait. — « Okay… au fait je suis e
La cellule est plongée dans une lumière pâle, Je ne sais pas quelle heure il est. Peut-être minuit,Peut-être plus tard. Le temps semble s’être arrêté entre ces murs gris. Je suis assise contre le mur froid, les genoux ramenés contre moi. Viktor est assis à côté, les bras croisés, la tête légèrement penchée en arrière. Gabriel, lui est allongé sur le banc en face. Comme s’il dormait dans un hôtel.Comme si cette nuit n’avait aucune importance. Je n’ai pas fermé l’œil Chaque fois que je ferme les yeux, je revois Lina tomber le couteau le sang le regard de Gabriel. Puis ses mots. Un bruit de pas résonne dans le couloir. Des clés. La porte de la cellule s’ouvre. Un policier regarde à l’intérieur. — « Gabriel Collins. » Gabriel ouvre les yeux immédiatement. Comme s’il attendait ce moment Il se redresse tranquillement. — « Oui ? » Le policier soupire. — « Votre caution a été payée. Vous pouvez sortir. » Le silence tombe dans la cellule. Je sens Viktor s
On arrive enfin au commissariat,il sent le café froid et le papier. Les néons au plafond diffusent une lumière blanche qui me donne mal à la tête. Ma tempe pulse encore sous le pansement et chaque battement de mon cœur résonne dans mon crâne. On me fait asseoir sur une chaise métallique dans une petite salle d’attente.Les policiers échangent quelques mots à voix basse derrière un bureau. Je serre mes mains entre mes genoux pour éviter qu’elles tremblent. Tout paraît irréel. Comme si je regardais la vie de quelqu’un d’autre. Une porte s’ouvre dans le couloir. Des pas. Je lève les yeux et mon souffle se coupe. Gabriel. Il marche dans le couloir avec ce même costume sombre qu’il portait toujours pour le travail,il est calme comme si rien de tout ça ne le concernait. À côté de lui… Lina. Son bras est enveloppé dans un bandage épais. Elle joue parfaitement son rôle le visage pâle les yeux rougis. Quand elle me voit, ses lèvres se courbent très légèrement. Un
Je ne sais même pas comment je suis descendue de l’immeuble mes jambes bougent toutes seules. Une marche puis une autre.Le monde autour de moi est flou. Je reste immobile quelques secondes devant l’immeuble. Puis je marche. Je marche sans réfléchir. Je ne sais même pas combien de temps cela me prend pour rentrer. Les voix des gens dans la rue les voitures les klaxons tout semble lointain comme si j’étais sous l’eau. Ma tête me lance quand je touche ma tempe, mes doigts ressortent rouges. Du sang. Quand j’arrive enfin devant la maison, je reste quelques secondes devant la porte. Mes mains tremblent. Je tourne la poignée. La porte s’ouvre. — « Amara ? » La voix de Viktor vient immédiatement du salon. Il apparaît dans l’encadrement de la porte. Et se fige. Son regard tombe sur mon visage sur le sang. Ses yeux s’écarquillent. — « Putain… » Il traverse la pièce en deux secondes et me rejoint en deux temps trois mouvements — « Amara ! » Il attrape doucement mon visage







