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CHAPITRE 4 – Yvana quitte Anthony

Author: Plumas
last update publish date: 2026-04-28 15:42:12

Un soir, elle avait annoncé à Anthony qu’elle le quittait. Il avait pleuré. Il ne pleurait jamais. « Pourquoi ? » avait-il demandé, la voix brisée. « Parce que je ne t’aime plus », avait-elle répondu, mentant comme elle n’avait jamais menti.

Anthony était parti sans se retourner, mais il avait laissé une lettre sur la table. « Je t’aimerai toujours. Peu importe ce que tu deviendras. Je serai là, quelque part. » Yvana avait froissé la lettre, l’avait jetée à la poubelle. Puis elle l’avait reprise. Elle la gardait encore.

Gabriel avait emménagé dans son appartement, puis ils avaient acheté une maison, trop grande pour deux, pleine de pièces vides. Il avait parlé d’enfants, au début. « Quand tu seras prête. » Elle était prête, mais les enfants ne venaient pas. Il avait blâmé son alimentation, son stress, ses horaires. Puis il avait sorti les « vitamines ». Un jour. « Pour t’aider. Pour réguler ton cycle. » Elle avait accepté, reconnaissante.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, Yvana se souvenait de leur rencontre comme d’un vertige. Un vertige qui l’avait aspirée, retournée, vidée. Elle se souvenait du rire de Gabriel, de ses yeux clairs, de sa cravate bleu nuit. Elle se souvenait du chemin, aussi. De tous ses pas qui l’avaient menée là, dans cette cuisine froide, avec des comprimés blancs sur la langue.

Elle se souvenait d’Anthony, aussi. De ses mains calleuses, de ses baisers maladroits, de sa lettre qu’elle avait gardée. Une seule phrase revenait, en boucle, dans ses nuits sans sommeil :

« Je t’aimerai toujours. Peu importe ce que tu deviendras. »

Elle avait cru que c’était une sentence. C’était une promesse.

Mais pour l’instant, elle ne savait pas encore qu’il était toujours là, quelque part. Elle ne savait pas que, bientôt, une voiture noire s’arrêterait devant elle, et qu’une voix familière dirait : « Monte. » Pour l’instant, elle n’avait que ses souvenirs. Et le goût amer des « vitamines » qui fondaient sous sa langue.

***

L’appartement d’Anthony sentait le bois fraîchement coupé et la terre humide. Il rentrait d’un chantier, ses bottes encore maculées de boue, ses mains gantées de terreau. Il avait l’habitude de laisser ses vêtements de travail dans l’entrée, sur une vieille chaise en bois qu’il avait lui-même restaurée. Yvana, ce soir-là, avait fait attention à ne pas marcher dans ses traces. Elle était venue pour une chose, une seule, et elle ne voulait pas que la boue l’en détourne.

Il était dans la cuisine, en train de préparer des pâtes. Sa chemise à carreaux était déboutonnée sur le haut, dévoilant une peau mate et quelques poils bruns sur le torse. Il ne faisait jamais attention à son apparence. Il ne portait jamais de parfum, ni de costume, ni de montre de luxe. Le luxe, pour lui, c’était une pelouse bien tondue, un cerisier en fleurs, la lumière du matin sur un massif de lavande.

Yvana l’avait aimé pour ça. Pour cette simplicité désarmante, cette absence de calcul, cette manière qu’il avait de la regarder comme si elle était la seule femme au monde. Il ne lui disait jamais « tu es exceptionnelle », parce qu’il trouvait cela prétentieux. Il disait « tu es toi, et c’est bien plus que suffisant ». C’était moins flatteur, plus vrai, et infiniment plus précieux.

Ce soir-là, elle n’était pas venue pour l’aimer. Elle était venue pour le quitter.

« Assieds-toi, dit Anthony en la voyant hésiter sur le seuil. Les pâtes sont presque prêtes. »

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