تسجيل الدخولChapitre 42
Nyora
Maman est partie depuis une heure, peut-être plus, je ne sais pas exactement, je n'arrive pas à lire l'heure sur la grande horloge du salon parce que les aiguilles sont trop hautes et que la pénombre les rend floues, mais je sais qu'elle est partie depuis longtemps, trop longtemps, et que chaque minute qui passe est une torture, une brûlure, un supplice.
Je tourne en rond dans le salon c
Chapitre 57NyoraJe suis en colère, tellement en colère que j'ai l'impression que mon ventre est un volcan qui va exploser, que ma gorge est un canon qui va tirer, que mes poings sont des marteaux qui vont tout casser, tout détruire, tout réduire en miettes autour de moi.Maman nous a arrachés à Eldoria, elle nous a arrachés à notre père, elle nous a traînés dans ce train comme des prisonniers qu'on déplace d'une cellule à l'autre, et maintenant nous sommes de retour à Brumhaven, dans cette librairie qui était notre maison mais qui ne l'est plus, qui ne pourra plus jamais l'être, parce que maintenant je sais, je sais qu'il existe autre chose, je sais que mon père existe, qu'il est vivant, qu'il est réel, et qu'il est là-bas, à Eldoria, seul, triste, abandonné, sans savoir que s
Chapitre 56AélyraLe train entre en gare de Brumhaven dans un crissement de freins et un nuage de vapeur qui s'élève le long du quai comme un fantôme, et je regarde par la fenêtre le paysage familier qui réapparaît après des heures de voyage, les maisons de pêcheurs aux volets colorés, le port avec ses bateaux qui dansent sur l'eau grise, la jetée qui s'avance dans la mer comme un doigt tendu vers l'horizon, et je devrais être soulagée, je devrais être heureuse de retrouver ma maison, ma librairie, ma vie, mais tout ce que je ressens, c'est un vide immense, un gouffre qui s'est creusé dans ma poitrine et que rien ne semble pouvoir combler.Mes enfants dorment sur la banquette en face de moi, épuisés par le voyage, par les émotions, par les adieux déchirants à Marguerite qui pleurait sur le quai de la gare en agitant son mouchoir, et je les regarde, je regarde leurs visages paisibles dans le sommeil, leurs cheveux emmêlés par la nuit passée dans le train, leurs doigts encore serrés l'
Chapitre 55VaelorJe ne dors pas de la nuit, je ne cherche même pas à dormir, je reste assis dans mon bureau, le dossier ouvert devant moi, les photos étalées sur le sous-main, et j'attends, j'attends que le jour se lève, j'attends que les premières lueurs de l'aube filtrent à travers les rideaux de velours, j'attends de pouvoir me rendre au manoir Vossen, de pouvoir frapper à sa porte, de pouvoir exiger des réponses.Et quand le matin arrive enfin, quand le ciel pâlit au-dessus des toits d'Eldoria, je me lève, je passe un manteau, je ne prends même pas la peine de me raser ou de me coiffer, et je sors, je monte dans ma voiture, je donne l'adresse du manoir Vossen à mon chauffeur, et nous traversons la ville dans le silence du petit matin, dans les rues encore désertes, sous un ciel bas et gris qui promet de la pluie.&
Chapitre 54VaelorJe rentre chez moi, je congédie mon chauffeur d'un geste bref, je traverse le hall de ma demeure sans allumer les lumières, sans saluer les domestiques, sans même prendre la peine d'enlever mon manteau, et je monte directement dans mon bureau, cette pièce sombre et silencieuse qui est mon refuge et ma prison, mon sanctuaire et mon tombeau.L'image des enfants du parc ne me quitte pas, elle est gravée dans ma mémoire comme une photographie, comme un tableau, comme une brûlure. La petite fille aux boucles brunes, avec son rire qui éclate comme une bulle de savon, avec ses fossettes qui se creusent quand elle sourit, avec sa façon de pencher la tête quand elle répond à mes questions. Et le garçon, le garçon surtout, avec ses yeux gris, ses yeux gris qui sont exactement les mêmes que les miens, avec son s&e
Chapitre 53KaelisLe trajet du retour jusqu'au manoir se fait dans un silence presque complet, seulement troublé par le bruit de nos pas sur les pavés et par le souffle court de Nyora qui marche à côté de moi, sa main dans la mienne, ses doigts qui tremblent encore de l'excitation de la rencontre.La nuit est tombée sur Eldoria, une nuit douce et étoilée, et les réverbères projettent des halos de lumière dorée sur les façades de pierre, sur les devantures fermées, sur les arbres centenaires qui bordent les avenues, et je regarde tout cela sans le voir, sans vraiment le voir, parce que mon esprit est ailleurs, il est resté dans ce parc, près de l'étang, face à cet homme qui nous a parlé sans savoir qui nous étions, qui nous a regardés sans nous reconnaître, qui s'est &eac
Chapitre 52VaelorJe ne peux pas détacher mon regard de ces enfants, je ne peux pas, malgré tous mes efforts, malgré la voix de la raison qui me dit de rentrer, de m'éloigner, de ne pas m'attacher à des inconnus qui ne sont rien pour moi.Ils jouent sur la pelouse, un garçon et une fille, des jumeaux visiblement, six ans peut-être, sept tout au plus, et ils rient, ils courent, ils se disputent une balle avec cette énergie insouciante des enfants qui n'ont encore rien connu des souffrances du monde. Le garçon est brun, les cheveux en bataille, et il a une façon de bouger, une façon de se tenir, de pencher la tête, de plisser les yeux qui me rappelle quelqu'un, quelqu'un que je n'arrive pas à identifier, quelqu'un que j'ai peut-être connu dans une autre vie. La fille a des boucles brunes qui dansent autour de son visage comme de
Chapitre 5Suite du flashback AélyraIl s'arrête devant moi, et le monde disparaît.Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe à cet instant, je ne sais pas si c'est la chaleur des lustres ou le parfum des fleurs ou le bourdonnement des conversations qui s'estompent, mais tout ce qui existai
Chapitre 4Flashback Septs ans plutôt..AélyraJ'ai vingt-deux ans, et je suis debout devant le miroir de ma chambre, et je ne reconnais pas la femme qui me regarde.La robe que je porte est une merveille de soie et de tulle, une création couleur émeraude que ma mère a fait venir de la capitale il
Chapitre 3KaelisJe n'aime pas les secrets.Je n'aime pas la façon dont ils s'insinuent dans les silences, dont ils corrodent les sourires, dont ils transforment les mots les plus simples en pièges et en mensonges. Ma mère a un secret, un secret immense et terrible, et ce secret a un nom, un visag
Chapitre 2NyoraJe sais que maman ment.Je le sais parce que ses mains tremblent quand elle range les livres, parce que sa voix devient trop aiguë quand elle répond à mes questions, parce qu'elle évite de croiser mon regard, ce qu'elle ne fait jamais d'habitude. Maman me regarde toujours dans les







