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MON PSYCHOPATHE ET MOI
MON PSYCHOPATHE ET MOI
Autor: Déesse

Chapitre 1 : Mon Psychopate et Moi

Autor: Déesse
last update Última atualização: 2025-12-02 21:02:47

Anouk

Je l’appelle le Monsieur aux Pâtes. Depuis trois semaines, je le vois tous les jeudis soirs, 19h30 pile, au supermarché bio du coin, planté devant le rayon des pâtes. Il ne s’agit pas d’une simple hésitation. Non. C’est une étude comparée, une analyse stratégique. Il prend un paquet de linguine, le pèse du regard, le repose. Examine les spaghettis de sarrasin comme s’il lisait leur testament. Son front se plisse face aux penne rigate. C’est un homme d’une trentaine d’années, grand, brun, vêtu d’un costume sombre qui crie le contrôle et une ennuyeuse normalité. L’archétype parfait du comptable méticuleux, du fonctionnaire aux chaussettes tirées.

L’archétype parfait, aussi, de mon futur héros de dark romance kidnappé. Enfin, le héros dans le livre. Dans la vie, ce sera le cobaye.

Je suis désespérée. Mon dernier roman s’est vendu à 127 exemplaires, dont 80 achetés par ma mère sous différents pseudonymes. Mon éditeur me parle de « pause créative » avec des yeux qui disent « naufrage définitif ». Il me faut du vrai, du brut, du palpable. De l’émotion. Enfin, de la peur. Rien de tel qu’un kidnapping amateur pour pimenter le processus d’écriture et comprendre la psychologie du prédateur… et de la proie. Théoriquement.

Le plan est simple, élégant dans son absurdité. Une fausse panne de voiture dans une rue calme près du supermarché. Un appel à l’aide. Une tasse de thé (fortement dosée en somnifères) dans mon salon, présentée comme un geste de pure gratitude. Et puis… l’inspiration fraîche.

Mon sac à main est un arsenal de créativité : un rouleau de ruban adhésif large, un flacon minuscule de produits pharmaceutiques douteux achetés sur internet, un carnet Moleskine neuf, et un stylo à bille vert. La panoplie de la romancière déglinguée.

Je le suis donc, ce jeudi. Il quitte le supermarché avec, finalement, un paquet de tagliatelles aux oeufs. Le choix d’un homme qui a pesé le pour et le contre de chaque option de sa vie. Parfait.

Ma vieille 205 est garée pile où il faut, capot ouvert, dans une ruelle mal éclairée. Je suis appuyée dessus, l’air perdue, une clé à molette propre (je l’ai achetée hier) à la main. Je vois son ombre s’allonger sur le pavé avant de le voir lui-même.

— Excusez-moi, Monsieur, bredouille-je en jouant la fragile. Ma voiture… elle tousse. Et je ne sais pas du tout…

Il s’arrête. Ses yeux, d’un gris glacé, se posent sur moi, puis sur le capot, puis reviennent à moi. Il ne sourit pas. Il analyse. C’est un peu flippant, mais c’est exactement le ton que je veux pour mon roman.

— Vous avez appelé un dépanneur ?

Sa voix est calme, neutre, sans accent.

— Mon téléphone est à plat. Je habite juste à deux rues. Si… si je pouvais juste appeler de chez moi ? En buvant un thé ? Je me sens un peu… chavirée.

Je vois le calcul se faire derrière ses pupilles. Évaluer les risques, les variables. L’homme aux pâtes doit avoir un tableur mental pour les interactions sociales.

— Ce ne sera pas long, insinue-je avec un sourire tremblotant.

Il hoche la tête, une fois, sec. Une décision prise.

— Conduisez. Je vous suis.

Mon cœur bat la chamade. Ça marche. C’est grotesque, mais ça marche.

Mon appartement est le temple du chaos organisé : piles de livres en équilibre précaire, tasses de café moisi, feuillets manuscrits couvrant le sol comme un champ de bataille littéraire. Je le vois inspecter les lieux, une légère contraction à la commissure de ses lèvres. Une tic de dégoût ? D’intérêt ? Je verse le thé dans deux tasses, la mienne et la sienne, celle-ci recevant une généreuse poudre de sieste.

— Tenez, pour vous réchauffer.

Il prend la tasse, la renifle imperceptiblement. Je bois une gorgée de la mienne (sans rien) pour le rassurer. Il porte la tasse à ses lèvres, boit trois gorgées précises, et la repose sur la table basse, évitant soigneusement une tache de vin rouge.

— Vous vivez seule ? demande-t-il, son regard balayant les preuves accablantes de mon célibat et de ma folie douce.

— Oui. Enfin, avec mes personnages. Ils sont très envahissants.

Il ne sourit pas. Il vérifie sa montre. Une Rolex discrète mais indéniable. Trop chic pour un simple comptable ? Mon esprit, déjà en mode roman, esquisse une note en marge : peut-être fiscaliste ?

Soudain, il cligne des yeux, très lentement.

— Je me sens… un peu étrange, dit-il, les mots légèrement traînants.

— C’est sans doute la fatigue, dis-je, feignant la concernée. Allongez-vous sur le canapé.

Il se lève, vacille. Un géant qui flanche. C’est à la fois terrifiant et excitant. Je l’aide à s’allonger sur le canapé défoncé. Ses yeux se ferment.

Mon dieu. J’ai réussi.

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