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Miroirs Contraires
Miroirs Contraires
Author: L'invincible

Chapitre 1 : L'Or et la Rue 1

Author: L'invincible
last update publish date: 2025-12-04 19:53:00

Naya

La pluie sur Cebu a une odeur particulière. Un mélange d’asphalte chaud, de sel et de poisson séché. Elle tambourine sur le toit de tôle, une musique familière qui berce mes insomnies. À côté de moi, Mama Aling ronfle doucement, épuisée par sa journée de lessive. Je compte mentalement les billets froissés cachés sous la lame de plancher. Pas assez. Jamais assez pour la médecine qu’il lui faudrait bientôt.

Mon reflet dans le fragment de miroir accroché au mur est flou, fatigué. Vingt-cinq ans de survie y ont creusé des ombres. Je passe mes doigts sur la photo décollée d’un magazine : une tour de verre à Paris, élancée, froide, inaccessible. Mon rêve secret, mon échappatoire. Un endroit où le destin ne serait pas écrit d’avance dans la pauvreté.

Le téléphone de Mama , un vieux modèle à touches , vibre sur la table. Un message d’un numéro inconnu, en anglais. Une offre d’emploi. « Entretien en visioconférence demain, 9h. Société Varnier-Berthelot. Poste : assistante de direction junior. Logement et billet aller-simple pour Paris fournis si retenu. »

Le cœur bat à tout rompre dans ma poitrine. Un piège ? Une erreur ? Je n’ai postulé à rien. Mais les mots « Paris » et « billet » brillent comme des éclats d’or dans la pénombre. Je regarde Mama, sa respiration laborieuse. Parfois, le destin ne vous tend pas la main. Il vous jette une corde rugueuse, et il faut s’y agripper, peu importe les échardes.

Je réponds « OUI » avant que la peur ne me reprenne.

Liora

La lumière de ce matin parisien caresse les lignes parfaites de mon bureau, un bloc de marbre blanc face à la Tour Eiffel. L’air sent le lilas et le café Ethiopien. Parfait. Contrôlé. Comme tout dans ma vie.

— Votre agenda de la journée, mademoiselle Berthelot.

Claire, mon assistante, pose une tablette devant moi. Réunion avec les actionnaires à 11h. Déjeuner caritatif à l’Hôtel de Crillon à 13h. Séance d’essayage chez Dior à 17h. Le père veut que je sois le visage de la nouvelle campagne philanthropique de la holding. « L’avenir a un visage », dit le slogan. Le mien, apparemment. Lissé, souriant, impeccable.

Pourtant, ce matin, le reflet dans la baie vitrée me semble étranger. Une silhouette en soie ivoire, aux contours trop nets, comme découpée dans du papier. Il manque une texture, une imperfection. Une vie.

Le visiophone de mon père s’allume sur l’écran mural. Son image apparaît, tranchante, dans son costume bleu nuit.

— Liora. Une modification à ton emploi du temps. J’envoie un nouveau profil dans l’équipe support de la direction. Une recrue externe. Fais-moi confiance.

Il raccroche sans autre explication. Typique. Les décisions de Julian Berthelot sont des décrets. Je n’ai même pas le nom de cette personne. Une petite irritation pulse à ma tempe. Mon domaine, cet étage, cette vue… c’est mon royaume. Je n’aime pas les surprises, les éléments non contrôlés.

Surtout depuis que les rumeurs parlent du rapprochement avec Lysandre Varnier. Le génie turbulent des biotech, celui que même mon père ne parvient pas à acheter complètement. Je l’ai croisé une fois, à un gala. Des yeux qui voient trop, une présence qui dérange l’ordre établi de la pièce. Il ne m’a pas adressé la parole. Personne ne m’ignore.

Je termine mon café, laissant l’amertume sur ma langue. Paris est à mes pieds, mais aujourd’hui, il me semble étrangement étriqué.

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