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Chapitre III — Au Cabaret de la Demi-Lune

ผู้เขียน: Yzak
last update วันที่เผยแพร่: 2026-03-11 20:00:36

Le DEMI-LUNE était ce genre d'endroit qui se prenait pour mieux que ce qu'il était — lumières tamisées, nappes à carreaux, orchestre de quatre musiciens qui jouaient trop fort pour couvrir les conversations. Ça marchait. La salle était pleine la plupart des soirs, et les filles qui dansaient sur la petite scène du fond attiraient une clientèle fidèle et peu regardante.

Théo Beloeil, le gros détective provincial, et Albert Brien, le détective national des Canadiens français, occupaient une table dans l'angle. Beloeil avait commandé deux bières. Brien n'avait pas encore touché à la sienne.

— Ainsi, dit Beloeil en s'essuyant la bouche, c'est encore parce que tu es mal pris que tu m'appelles à ton secours. De quoi s'agit-il, cette fois ?

Brien souriait — ce sourire tranquille qui agaçait prodigieusement son partenaire parce qu'il signifiait toujours que Brien savait déjà tout.

— Il s'agit d'Alonzo Farinelli.

Beloeil fronça les sourcils.

— Connais pas.

— Farinelli, il y a dix ans, a fait un court séjour à la prison de Bordeaux. Possession de drogues.

— C'était un dôpé ?

— Tu l'as en plein.

— Et après ?

— Il est sorti de prison et on ne l'a plus jamais repincé. On a bien son portrait à la Sûreté, mais un homme change tellement en dix ans.

Brien leva un doigt.

— Les empreintes digitales, elles, ne changent pas.

— Tu l'as encore en plein, vieux. Mais dis-moi de quoi il s'agit, à la fin.

— Il s'agit du hold-up de la Banque Canadienne Nationale. La succursale de la rue Sainte-Catherine, coin Saint-Denis.

Beloeil se redressa.

— Celle-là même ?

— Celle-là même. Les empreintes digitales d'Alonzo Farinelli étaient sur les lieux du crime.

— Ah. Ça devient intéressant. Continue.

— Mes informateurs habituels m'ont dit que Farinelli avait l'habitude de fréquenter cet établissement.

Beloeil balaya la salle du regard.

— C'est donc la raison pour laquelle nous sommes à la DEMI-LUNE.

— Nous n'avons qu'à attendre et à ouvrir l'œil.

À ce moment, Albano Serra s'approcha de leur table. Le gérant du cabaret était un homme trapu, la quarantaine passée, les épaules larges et les yeux sombres de quelqu'un à qui on ne raconte pas d'histoires. Il connaissait les deux détectives — et eux le connaissaient.

Il s'arrêta devant eux, les bras croisés, un sourire en coin.

— Que me vaut l'honneur de cette visite, messieurs ?

Beloeil dit, direct :

— Albano, tu as toujours coopéré avec la police. Je vais te demander quelque chose.

Serra ouvrit les mains.

— Allez, Beloeil.

— Tu connais Alonzo Farinelli ?

— Oui.

— Y a-t-il longtemps qu'il est venu ici ?

Serra réfléchit. Ses mâchoires se serrèrent imperceptiblement.

— Il venait quand Aline Maranda était ma blonde. Puis le maudit Henri Joyal m'a enlevé Aline. C'est à peu près dans le même temps que Farinelli a cessé de venir ici.

Il posa les poings sur la table et ses yeux prirent cette lueur sombre qui précède les mauvaises nouvelles.

— Le torrieu de Joyal, dit-il, il vient encore de m'enlever ma blonde — Cécile Lévesque cette fois. Il va finir par me payer ça, lui.

C'est précisément ce moment que choisit Henri Joyal pour franchir la porte du cabaret.

Serra serra les poings. Brien et Beloeil regardèrent entrer le jeune homme avec intérêt. Joyal traversa la salle sans les voir, salua quelques têtes connues, et disparut dans les coulisses derrière la scène.

Les deux détectives échangèrent un regard, prirent congé d'Albano Serra et sortirent.


Il était minuit passé quand la dernière représentation commença.

Brien et Beloeil s'étaient postés de l'autre côté de la rue Sainte-Catherine, dans l'auto. Le moteur était froid. Beloeil soufflait dans ses mains.

La salle se vida peu à peu. Les lumières du DEMI-LUNE s'éteignirent une par une.

Puis Henri Joyal sortit, Cécile Lévesque pendue à son bras.

De l'autre côté de la rue, dans son véhicule, Serra avait tout vu. Il serra de nouveau les poings.

— Il va en avoir une tannante, se promit-il à voix basse.

Il dit à son chef de garçons resté dans l'embrasure :

— Tu fermes, Léo. Je m'en vais.

Sa voiture quitta la Sainte-Catherine, prit la rue Guy, et s'arrêta bientôt en face de la résidence des Joyal — une demeure imposante du boulevard Westmount, silencieuse et sombre à cette heure.

Serra attendit.

Dans la demi-obscurité, un homme sortit de la maison. Il s'approcha de la voiture et dit, sans même regarder le chauffeur :

— Bonne nuit. Je suis Emmanuel Joyal.

Le père du maudit Henri, pensa Serra.

Le vieillard ordonna, souverain :

— Conduisez-moi immédiatement auprès de ma femme millionnaire.

Serra, interloqué, demanda :

— Où ça ?

— Au cimetière. Il m'arrive souvent de passer la nuit avec elle, couché sur sa tombe.

Serra n'eut même pas le temps de répondre. Le vieux fou avait déjà oublié sa demande et rentrait paisiblement chez lui, les mains dans le dos, comme quelqu'un qui revient d'une promenade ordinaire.

Serra consulta sa montre. Une heure dix.

Joyal était sans doute encore en train de caresser Cécile. Il poussa un juron.

La lune se leva. Elle éclaira la porte principale des Joyal d'une lumière froide et précise.

Un homme sortit de la maison — pas Henri. Quelqu'un de plus mince, marchant à pas rapides, le col relevé.

Comme il passait près de la voiture sans regarder, Serra tressaillit.

Il le reconnut.

— Alonzo Farinelli, murmura-t-il. C'était Alonzo Farinelli.

Puis il pesta entre ses dents — si Joyal pouvait arriver maintenant, il lui sacrerait la volée promise et filerait. Mais ce ne fut pas Henri qui arriva. Ce fut une autre automobile dont les freins crièrent au moment de s'arrêter devant la demeure.

Serra vit, à sa grande stupeur, que la voiture était conduite par un constable en uniforme.

Il n'attendit pas la suite. Il embraya et déguerpit.

Mais Albert Brien était déjà hors du véhicule.

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