تسجيل الدخولChapitre 105AelysLe message arrive le lendemain matin, posé sur le seuil de ma chambre, glissé sous la porte, une enveloppe blanche sans timbre sans adresse sans nom. Je suis seule, Soren dort encore, sa respiration légère, apaisée. Mes doigts tremblent en ouvrant l'enveloppe. Une photo en tombe.La photo montre moi. Soren. Sur la terrasse du penthouse, il y a trois jours. Je le porte dans mes bras. Je souris. Il sourit. La lumière du soleil éclaire nos visages, nos cheveux, nos yeux. Nous sommes heureux. Nous étions heureux.Derrière nous, un cercle rouge est tracé. Un petit cercle rouge, précis, net, menaçant. Autour de ma tête. Autour de la tête de Soren.Des mots sont écrits au dos, à l'encre noire, une écriture hachée, nerveuse.&
Chapitre 104AelysLa nouvelle arrive un mardi matin, portée par la voix tendue de Miya qui entre dans la nursery sans frapper, son tailleur rose pâle froissé, ses cheveux en désordre, son visage livide comme si elle avait vu un fantôme. Je suis en train de donner le biberon à Soren, assise dans le fauteuil en bois clair près de la fenêtre, la lumière du matin qui caresse les petites joues rondes de mon fils, ses doigts minuscules qui se referment sur le verre avec une détermination étonnante.— Aelys, dit-elle, la voix étranglée. Il faut que tu viennes. Tout de suite. Kael est dans le bureau de M. Kurogane. Il y a eu une attaque.Je pose le biberon. Soren proteste, un petit cri aigu, ses mains s'agitent. Je le prends contre moi, je le berce, mes doigts caressent ses cheveux noirs, doux comme du duvet.
Chapitre 103AelysLes premiers gestes arrivent sans prévenir.Un matin, je trouve un livre posé sur la table de la nursery, à côté du berceau de Soren. Un livre ancien, relié en cuir, les pages jaunies, une couverture usée par le temps. Je l'ouvre. Une édition rare. Un recueil de poèmes. Le titre est en japonais ancien, des caractères que je déchiffre à peine. Une petite carte est glissée entre les pages. Pas de nom, pas de signature. Juste une ligne écrite à la main, son écriture, fine, nerveuse."Pour les nuits où tu ne dors pas."Je le pose. Je le repose. Mes doigts caressent le cuir. Il a cherché. Il a trouvé. Il a offert.Je ne le remercie pas. Je ne lui en parle pas. Mais je le garde. Je le pose sur la table
Chapitre 102AelysL'emménagement dans les deux ailes du penthouse se fait dans un silence minutieux, presque chirurgical. Les gardes, les domestiques, Miya, Kael, tout le monde s'active autour de nous, déplaçant des cartons, installant des meubles, rangeant des vêtements. Mais je ne vois personne. Je ne vois que l'espace qui se crée entre nous, l'organisation millimétrée qui va rythmer nos journées désormais.Mon aile est à l'ouest. La sienne est à l'est. Un long couloir les sépare, une moquette beige, des appliques en verre soufflé, des portes en bois clair. Nous avons nos propres entrées, nos propres salons, nos propres cuisines. Nous partageons seulement la salle à manger, pour les repas officiels, et la nursery de Soren.La nursery est au centre. Une grande pièce lumineuse
Chapitre 101AelysLa lumière du matin baigne le jardin du penthouse, dorée et douce, caressant les feuilles des érables, les pétales des roses, la surface du bassin où les carpes poursuivent leur danse immobile. Le vent est léger, presque tiède, chargé des parfums du printemps naissant. Soren dort encore, blotti dans ses bras, ses petites mains serrées contre sa poitrine, son souffle léger qui soulève à peine le tissu de sa chemise.Je le regarde, Ryuu, toujours agenouillé devant moi, ses mains jointes aux miennes, ses larmes séchées sur ses joues mais la trace encore visible, des traînées brillantes sur sa peau fatiguée. Il a attendu. Il a attendu tout ce temps, sans bouger, sans parler, sans exiger autre chose que ma présence. Ses yeux sont rouges, cernés, mais il y a une lueur nou
Chapitre 100AelysLe jardin du penthouse est baigné dans la lumière dorée du matin. Les rayons du soleil traversent les feuilles des érables, dessinent des ombres mouvantes sur le sol en pierre, sur le banc en bois, sur nos mains entrelacées. Les ombres dansent, glissent, s'étirent, se contractent. Elles sont fines, découpées, comme des dentelles, comme des arabesques, comme des rêves éveillés. Parfois elles ressemblent à des oiseaux, parfois à des fleurs, parfois à des visages. Elles bougent au rythme du vent, au rythme des branches, au rythme de nos souffles.Les carpes nagent dans le bassin. Le bassin est en pierre, ovale, ses bords sont moussus, couverts de petites plantes vertes, de lichens gris. L’eau est claire, presque transparente, on voit le fond, les galets, les petites algues qui ondulent. Les carpes sont orange, blanches, noires, leurs corps luisants sous la surface, leurs écailles brillent au soleil, des reflets dorés, argentés, cuivrés. Elles nagent lentement, paresseu
Chapitre 4Le regard de l'inconnu ne me lâche pas.Je sens son attention posée sur moi comme une main invisible, chaude, insistante. Elle glisse sur ma nuque, s'attarde sur mes lèvres quand je bois une gorgée de saké, suit le mouvement de ma gorge quand j'avale. Je n'ai jamais été observée ainsi. P
Chapitre 3L’escalier est raide, étroit, si étroit que mes épaules frôlent les murs. Mes doigts effleurent la brique froide, rugueuse sous la peinture écaillée qui s’effrite par endroits, laissant apparaître la terre cuite originelle. Plus je descends, plus l’air s’épaissit. Il se charge de senteur
Chapitre 2Le train ralentit dans un grincement doux, une plainte mécanique qui se répercute le long des wagons, et je découvre Yozora à travers la buée de la vitre. Mon souffle a dessiné un halo sur le verre, une auréole de condensation derrière laquelle la ville apparaît par fragments, comme un t
Chapitre 1Je sens le regard de Julian avant même de le voir.Il est là, debout près de la fontaine de champagne, une coupe à la main, l’autre posée sur les reins d’une femme que je ne connais pas. Une femme vêtue de satin blanc si pâle qu’il en devient presque irréel sous les lustres, un collier d







