LOGINIl recula, me sourit. Un sourire triste, résigné, mais pas vaincu. Un sourire qui disait « je t'aime et je t'aimerai toujours, quoi qu'il arrive ».— Va-t'en, Aurélia. Maintenant. Avant que je ne te dise des choses que je devrais garder pour moi. Des choses qui te feraient rester. Des choses que tu n'as pas besoin d'entendre.— Des choses comme quoi ?— Comme le fait que je suis amoureux de toi. Vraiment amoureux. Pas un caprice, pas une passade, pas une tentative de séduire la femme d'un ami. Un amour profond, entier, qui me consume. Qui me fait oublier de manger, de dormir, de vivre. Qui me fait sculpter ton visage dans chaque bloc d
AuréliaJe retournai à l'atelier.Le trajet fut un long tunnel. Les rues défilaient, les immeubles, les feux, tout ce décor urbain que je traversais sans le voir. Mon esprit était ailleurs, concentré sur les mots que j'allais dire, sur la manière de les dire sans faire trop mal, sur la force qu'il me faudrait pour ne pas céder.L'atelier se dressait au bout de la rue, sa verrière brillant dans la lumière de l'après-midi. Je me garai devant, coupai le moteur, restai un moment immobile, les mains sur le volant, le regard perdu dans le vide.Je pouvais
Il encaissa le coup. Je vis la douleur traverser son visage, déformer ses traits, assombrir ses yeux.— Je t'aime, Aurélia. Je t'aime d'une façon que tu ne comprendras jamais. Et oui, je te protège. Oui, je te défends. Oui, je suis jaloux. Parce que je t'ai perdue une fois, dans mes cauchemars, dans mes peurs, dans mes doutes. Et je ne veux pas te perdre vraiment.— Tu ne me perds pas. Tu m'étouffes.Il s'assit par terre, le dos contre le mur, les genoux remontés contre sa poitrine. Lui, l'homme qui faisait trembler toute la ville, était assis par terre comme un enfant perdu. Ses mains étaient ensanglantées, ses
Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Il avait raison. Tout était écrit sur mon visage, sur mon corps, dans l'air que je dégageais. Je puais la trahison. Je suintais le mensonge.Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui fait le tour de sa proie. Ses pas résonnaient sur le parquet, lourds, mesurés, inéluctables.— Tu sais ce que j'ai fait, moi, pendant que tu étais chez lui ? Je suis allé voir les familles des hommes morts dans l'attaque. Je leur ai dit que je les vengerais. Je leur ai promis que leurs maris, leurs pères, leurs fils ne seraient pas oubliés. Je leur ai serré la main, j'ai regardé leurs yeux, j'ai pris leur chagrin sur mes épaules.
Quand il s'écarta, j'avais les larmes aux yeux. Des larmes chaudes qui coulaient sur mes joues sans que je puisse les arrêter.— Pourquoi tu pleures ? demanda-t-il.— Parce que je ne devrais pas vouloir ça. Parce que je l'aime, lui, pas toi. Parce que je ne sais plus rien. Parce que tout est devenu flou et que j'ai peur. Tellement peur.— Tu ne l'aimes peut-être plus.— Non. Je l'aime. C'est ça le problème. Je l'aime, et pourtant…— Et pourtant ?
Il se planta devant moi, les bras croisés, le regard calme. Je sentis son odeur – la terre, la peinture, le café, et quelque chose de plus intime, de plus humain. Sa chaleur à quelques centimètres de moi, sa présence qui emplissait tout l'espace.— Tu n'es pas venue pour le portrait, dit-il.— Non.— Tu es venue pour me parler.— Oui.— Alors parle. Je t'écoute.Je fis face à lui. Ses yeux verts étaient calmes, patients, sans jugement. Il ne me pressait pas, ne me poussait pas. Il
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
AuréliaLe rapport s'étale sur la table basse, vingt-trois pages de données, de connexions, de noms. Matteo est en face de moi, dos à la fenêtre. La nuit est tombée sans que je m'en aperçoive.— Il a des ramifications jusqu'en Asie du Sud-Est, dit-il en poussant une photo vers moi. Triades, trafic
L’HOMME AU MANTEAUAméliaLa pièce n’est plus la chambre. C’est la salle de soins, aseptisée, blanc et chrome. L’odeur de l’antiseptique remplace celle du jardin, du sang, de l’ozone.Je suis assise sur une table d’examen, enveloppée dans une couverture, bien que je ne tremble plus. Le médecin priv
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan







