LOGINLe plaisir monte lentement, par vagues successives. Ce n'est pas l'incendie habituel, cette passion dévorante qui nous consume d'habitude. C'est autre chose. Une chaleur douce, enveloppante, qui monte de l'intérieur et irradie dans tout mon corps.Quand je bascule enfin, c'est dans un long frisson silencieux, les yeux toujours plongés dans les siens. Il me suit quelques secondes plus tard, avec un gémissement sourd, presque un sanglot. Son front tombe contre mon épaule, ses bras se resserrent autour de moi.Nous restons ainsi un long moment, enlacés, silencieux, immobiles. La vapeur retombe doucement autour de nous. Le miroir s'éclaircit peu à peu, révélant nos reflets flous, nos corps emmêlés.
Je reviens vers lui, m'agenouille devant lui. Nos visages sont à la même hauteur maintenant. Je peux voir chaque détail de son visage – la coupure sur sa pommette, le sang séché sous son nez, la poussière incrustée dans ses sourcils.Je déboutonne sa veste. Lentement. Très lentement. Chaque bouton est une petite victoire sur l'horreur, un petit pas vers l'humain. Le tissu est raide, imprégné de sueur et de quelque chose de plus sombre. Je le fais glisser de ses épaules, le laisse tomber au sol. Il fait un bruit mou, presque obscène.Puis c'est le tour de sa chemise. Le blanc n'est plus blanc. C'est une carte de ce qu'il a vécu cette nuit – des éclaboussures, des traces de doigts, des a
AuréliaLa nuit est tombée depuis longtemps quand Matteo revient enfin.Je suis restée au chevet de Sofia, à écouter les machines, à regarder son visage pâle sur l'oreiller. Les heures ont coulé comme un fleuve lent, charriant des pensées sombres, des peurs informulées, des prières silencieuses à des dieux auxquels je ne crois pas vraiment.La porte s'ouvre sans bruit. C'est lui.Il se tient dans l'encadrement, mais ce n'est pas l'homme que j'attendais. Ce n'est pas le Matteo aux costumes impeccables, au regard calculateur, aux gestes mesurés. C'est un spectre. Un survivant. Quelqu'un qui revient
Les minutes s'écoulèrent, lentes, interminables. Les machines bipaient en rythme, les infirmières passaient dans le couloir, la nuit s'épaississait dehors. La ville s'endormait, indifférente à notre drame, à nos peurs, à nos espoirs.Je pris la main de Sofia, doucement, en prenant soin de ne pas déplacer les perfusions.— Tu vas t'en sortir, murmurai-je. Tu es forte. Tu es une Rinaldi. Les Rinaldi ne se laissent pas abattre.Elle ne répondit pas, bien sûr. Mais je sentis ses doigts bouger, juste un peu, comme un signe. Un réflexe, peut-être. Ou peut-être un message. « Je t'entends. Je me
Je m'assis à côté de lui, pris sa main. Elle était chaude, moite, tremblante.— Elle va s'en sortir, dis-je. Elle est forte. Elle est une Rinaldi. Les Rinaldi ne meurent pas comme ça.Il tourna la tête vers moi, les yeux rouges.— Je vais le tuer, dit-il. Viktor. La femme. Tous ceux qui ont trempé dans cette affaire. Je vais les tuer un par un, lentement, doucement. Je vais leur faire regretter d'être nés.— Je sais.— Et toi, tu vas m'aider. Tu vas utiliser ton don pour les trouver. Pour les voir. Pour les traquer jusque dans leurs cauchemars.
Nous courûmes vers une berline noire garée un peu plus loin. Léo prit le volant, je m'assis à côté de lui. Le moteur rugit, la voiture s'élança dans la nuit.— Raconte-moi, dis-je. Tout.Léo déboîta, dépassa une voiture, se rabattit.— Sofia sortait de son cabinet. Elle travaillait tard, comme d'habitude. Un homme l'attendait dans le parking. Il a appelé son nom, elle s'est retournée, il a tiré.— Deux balles.— Oui. Une à l'épaule, une à l'abdomen. Les pompiers sont arrivés vi
AURÉLIAJe le regarde, incrédule.— Doser ? On ne dose pas la vie. On ne dose pas la mort !— Vous le faites pourtant déjà. L’étincelle est plus ou moins forte selon les fois, non ? Selon votre état, selon le… cadavre. Je veux que vous preniez conscience de ces variables. Que vous les maîtrisiez.I
AURÉLIAIl tend la main. Pas vers moi. Vers un livre sur son bureau. Mais le geste est proche, intrusif.— Et les gants que je vous ai offerts… portez-les ce soir. Pour moi. Considérez cela comme un premier geste de… bonne volonté.Son regard plonge dans le mien. Il n’y a pas de menace explicite. J
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
AURÉLIAMon cœur bat à tout rompre contre mes côtes, un oiseau affolé pris au piège. Le voir ainsi, dévasté, vulnérable, sur le pas de ma porte à trois heures du matin, est plus troublant que toutes ses démonstrations de pouvoir. C’est la statue qui montre une fissure. Et la fissure révèle non du v







