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Mais comprenez ceci : vous êtes à moi maintenant. Votre sécurité, votre confort, votre secret… tout cela dépend de moi. En échange, votre loyauté m’appartient. Pas votre soumission aveugle. Votre loyauté. Il y a une différence.
Elle me regarde, et je vois qu’elle comprend la nuance. Et qu’elle comprend aussi le piège plus profond. La loyauté, c’est ce qui s’attache, ce qui lie. C’est bien plus dangereux que l’obéissance.
L’attraction entre nous est palpable, un champ de force qui déforme l’air. Elle a peur. Je suis dangereux. Mais elle est fascinée. Et moi, face à cette créature de lumière et de douleur, je suis… captivé.
— Et si je trahis cette loyauté ? murmure-t-elle.
Je souris, et je laisse toute la vérité de ce que je suis briller dans mes yeux.
Alors, ma protection se retire. Et le monde apprendra ce qu’est Aurélia, la femme qui réveille les morts. Et ce monde, ma chère, ne sera ni courtois, ni fasciné. Il sera avide. Il vous déchirera en morceaux pour comprendre.
Elle ferme les yeux, absorbant le choc de cette vérité. Quand elle les rouvre, il y a une acceptation sombre, presque paisible.
L’accord est scellé. Non pas sur du papier, mais dans la lumière d’un oiseau ressuscité, dans l’électricité d’un contact, dans le silence chargé d’un appartement au-dessus du monde.
Je fais un pas de côté, brisant le sortilège.
Votre chambre vous attend. On vous y conduira. Demain, nous commencerons.
Elle hoche la tête, silencieuse, et se dirige vers la porte que je lui indique, sa silhouette mince et droite traversant la vaste pièce comme un fantôme doré.
Je reste devant la fenêtre, regardant la ville. Dans le reflet du verre, je vois l’oiseau mort sur le bureau. Et je sens encore, sur mes doigts, l’écho brûlant de sa peau.
Je l’ai. Maintenant, il faut que je la garde. Et que j’apprenne à me garder d’elle.
AURÉLIA
La chambre est immense. Un piège doré.
Les hauts plafonds m’écrasent, les murs couleur crème semblent s’éloigner, créant une vaste étendue de solitude. On m’a laissée ici avec ma valise , récupérée à la hâte de mon appartement par un homme au visage de pierre m, et la clé promise. Une clé lourde, froide. Un faux symbole de liberté.
Je ferme la porte à clé. Le déclic résonne dans le silence comme un coup de feu. Je m’adosse au bois, les paumes à plat, et je laisse enfin sortir le tremblement que je retenais depuis la voiture. Il monte des genoux, envahit le ventre, serre la gorge. Un sanglot sec et douloureux s’échappe, puis un autre.
Je regarde mes mains. Mes gants. J’ai retouché la mort devant lui. J’ai laissé cette partie sacrée, maudite, intime de moi-même être vue, évaluée, convoitée. L’expression sur son visage… ce n’était pas de la peur. C’était de l’avidité. De la vénération. Pire que tout.
Et pourtant, quand il a saisi mon poignet…
La sensation revient, violente, intrusive. Ce choc électrique qui n’avait rien à voir avec mon pouvoir. C’était lui. Une vague de volonté froide, de certitude absolue, de possession. Comme si son âme à lui, sombre et noueuse, avait tenté d’effleurer la mienne. Et quelque chose en moi… avait répondu. Pas avec peur. Avec une reconnaissance terrifiante.
Je pousse un cri étouffé de frustration et m’arrache à la porte. Je fais le tour de la pièce. Un lit large, un dressing vide, une salle de bain en marbre. Luxueux. Stérile. Une cage. La fenêtre offre une vue vertigineuse sur la ville endormie. Ma ville. Celle où je me cachais. Maintenant, j’en suis le prisonnier avec la meilleure vue.
Je sors mon téléphone. Aucun signal. Bien sûr. Emprisonnée, mais protégée. Le marché de Faust.
Ma main droite, sous le gant, palpite. Elle brûle depuis le contact avec l’oiseau, et depuis son touché à lui. Comme si son empreinte s’était gravée dans ma chair. Je retire le gant avec précaution.
Ma paume est rouge, sensible. Des veines dorées, à peine visibles, tracent un motif étrange sous la peau, là où la lumière a jailli. C’est nouveau. Ça n’a jamais fait ça avant. Le pouvoir… réagit-il à lui ? À la menace qu’il représente ? Ou à l’attraction ?
Je me jette de l’eau froide sur le visage dans la salle de bain. Mon reflet dans le miroir géant me fait sursauter. Une femme aux yeux hagards, cernés de violet. Les boucles blondes, échevelées, semblent électriques, vivantes. Une beauté glacée, oui, mais fêlée. Je ressemble à ce que je suis : une chose précieuse sur le point de se briser.
Un bruit discret à la porte. Un coup.
Mon cœur se bloque. Ce n’est pas lui. Il ne frapperait pas.
— Mademoiselle ? C’est Enzo. Je dépose quelque chose pour vous.
La voix est neutre, professionnelle. J’enfonce mes gants, vérifie que la porte est bien verrouillée.
— Laissez-le devant la porte.
Un silence. Puis le bruit d’un plateau qu’on pose sur le sol. Des pas qui s’éloignent.
J’attends, le dos à la porte, jusqu’à ce que le silence soit total. Alors seulement, je déverrouille et entrouvre la porte.
Un plateau en argent. Une carafe d’eau, une théière, une assiette de fruits, de fromages, de pain. Et un petit objet enveloppé de papier de soie. Pas de note.
Je ramène le plateau à l’intérieur, referme à clé. Je suis incapable de manger. Mais la soif… la soif est toujours là, tenace, après avoir utilisé le pouvoir. Je bois un verre d’eau, puis un autre. Ce n’est jamais assez.
L’objet dans le papier de soie m’attire. Je déplie délicatement le tissu.
C’est une boîte. En bois clair, poli, avec des charnières en argent. Simple. Belle. Aucun motif. Je l’ouvre.
À l’intérieur, sur un lit de velours noir, repose une paire de gants.
Je les prends avec une révérence involontaire. Ils sont d’un cuir plus fin, plus souple que les miens. Presque du daim. D’une couleur gris perle, discrète mais d’une qualité évidente. Ils sont doublés de soie. Et sur la face interne du poignet droit, brodés à même la doublure, deux initiales entrelacées : A et R.
Mes initiales. Et la sienne. Entrelacées.
Le message est limpide. Il ne s’agit pas de remplacer mes barrières. Il s’agit de les marquer. De m’habiller de lui. Je lance la boîte sur le lit comme si elle brûlait. Mais les gants, je les serre contre moi. Ils sentent le cuir neuf et… le santal. Son parfum. Il les a choisis. Peut-être même touchés.
C’est une violation. Une séduction. Un rappel : ma protection est sa possession.
La nuit est interminable. Je me couche, habillée, sur le lit immense. Je ne dors pas. Je fixe les ombres qui dansent au plafond, écoutant les bruits de la maison. Des pas étouffés. Une porte qui claque au loin. Le bourdonnement lointain de l’ascenseur. Je sursaute à chaque son.
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivante de sa poitrine. Son bras est un poids lourd, solide, en travers de ma taille, une ancre qui me retient à la réalité de ce lit, de cet instant. L’air sent la peau, le sexe, et cette odeur unique qui n’est plus la sienne ou la mienne, mais la nôtre. Un mélange enivrant et doux.Je garde les yeux fermés, savourant la quiétude. Le silence n’est pas vide. Il est plein du souvenir des murmures, des halètements, de la confession chuchotée dans la pénombre. J’ai peur. Moi aussi. Ces mots, déposés entre nous comme des offrandes fragiles, semblent avoir scellé un pacte plus profond encore que la fusion de nos corps.Un léger mouvement sous moi. Un changement dans le rythme de sa respiration. Il s’é
Aurélia — Matteo…Son nom est une supplique, un ordre.Il lève les yeux vers moi, son visage entre mes cuisses. Ses yeux sont des braises noires.— Dis-le, exige-t-il, sa voix vibrante contre ma peau.— Je te veux. Maintenant. Tout de toi.Un grognement lui répond. Une vibration qui me traverse de part en part. Il ne se fait pas prier. Il remonte, son corps glissant contre le mien dans un frottement délibérément lent qui me fait voir des éclats de lumière derrière mes paupières closes. Il s’arrête, notre bouche à un souffle l’une de l’autre.— Regarde-moi, dit-il encore.J’ouvre les yeux. Et je le vois. Je vois la bataille en lui : la tendresse brute, la possession sauvage, la vulnérabilité qu’il ne montre qu’ici, dans ce sanctuaire que nous avons créé. Je vois l’homme, pas le mythe. Pas le monstre. L’homme.Quand il entre en moi, c’est différent. C’est une reconnaissance. Un retour à la maison. Un soupir synchronisé nous échappe, un son parfait de satisfaction et d’achèvement.Le mo
MATTEOLe sommeil n’a duré qu’un instant, une éternité. Je me réveille avant elle, dans la nuit profonde. Son corps est toujours un poids doux contre le mien, une chaleur qui a redessiné les frontières du mien. Je ne bouge pas. Je retiens mon souffle. Je veux graver cette sensation : la courbe de sa hanche sous ma paume, le rythme lent de son cœur contre ma cage thoracique, le souffle tiède qui effleure mon cou.Je pense à la peur que j’ai vue en elle, au tout début. Une forteresse derrière ses yeux. Et puis, cette lente dissolution. Pierre après pierre. Jusqu’à ce tremblement final, où elle s’est offerte non pas en vaincue, mais en conquérante. En égale.Mes lèvres frôlent son front. Un contact si léger qu’il ne devrait pas la réveiller. Mais elle soupire, un son profond et satisfait, et se blottit plus profondément contre moi. Mon sang, paisible un instant plus tôt, se remet à chanter. Ce n’est pas l’urgence du désir, c’est plus profond. C’est une reconnaissance cellulaire. Une affi
AURÉLIAL'air entre nous devient épais, chargé de l'odeur de notre peau chauffée, du sel de notre transpiration mêlée. Chaque respiration synchronisée crée un rythme primal , un souffle partagé qui scelle notre union bien au-delà du simple contact charnel. Quand j’inspire, c’est son exhalation que je reçois, et quand il respire, c’est ma vie qui entre en lui.Mes doigts creusent son dos, parcourant la vallée de sa colonne vertébrale, sentant chaque muscle se contracter puis se relâcher dans un mouvement de marée. Sous mes paumes, sa peau est un parchemin brûlant, tendu sur une architecture de désir. Je remonte jusqu'à sa nuque, y enfouissant mes mains dans ses cheveux humides, l'attirant plus près encore, jusqu'à ce que nos fronts se touchent.Ce contact front contre front est plus intime encore que notre jonction plus basse. Nos regards à présent si proches qu'ils se brouillent, nos haleines se confondent. Un gémissement rauque lui échappe , un son qui vient des fondations de son êtr
AURÉLIAIl ne bouge pas. Il me laisse regarder. Boire la vue de lui.Puis il fait un pas vers moi. Sa main se lève, se pose sur mon épaule, à travers le tissu fin de mon t-shirt. Sa paume est chaude, lourde de sens.— À toi, maintenant.Mes doigts tremblent légèrement. Je lève les mains, les pose sur ses hanches. La peau est douce, chaude, vivante. Je laisse mes paumes remonter, glissant sur les flancs durcis, sentant les muscles frémir sous mon toucher. J’explore la courbe de ses côtes, la planéité de son ventre. Je m’attarde sur une cicatrice plus longue, près de ses dernières côtes. Je la touche, questionne.— Un couteau, dit-il simplement. Il y a longtemps.Je lève les yeux vers lui. Son regard est sombre, intense, fixé sur mon visage. Il respire plus profondément, mais il reste parfaitement immobile, me laissant mener la danse.Je me hausse sur la pointe des pieds, attirant son visage vers le mien. Notre front se touche.— Maintenant, moi, je murmure.Je recule d’un pas. Je prend
AURÉLIALe sommeil a été une mer noire et douce, sans rêves, peuplée seulement de sa chaleur et du rythme apaisant de son cœur contre mon oreille. Je me réveille par fragments. D’abord à la sensation : le poids de son bras autour de ma taille, la texture de son pull contre ma joue. Puis à l’odeur : toujours l’ozone et le papier, mais enveloppés maintenant d’une note de sommeil partagé, chaude, salée, profondément humaine.Enfin, à la vue.La lumière du matin filtre à travers les persiennes, dessinant des raies dorées sur le parquet et sur le lit. Elle caresse son visage endormi. Matteo. Les traits détendus, la bouche légèrement entrouverte, les cils sombres jetant de petites ombres sur ses pommettes. La froideur du stratège, la tension du combattant, tout cela est fondu. Il est vulnérable. Et cette vulnérabilité, qu’il m’offre en pleine confiance, est un cadeau plus précieux que n’importe quelle déclaration.Je ne bouge pas. Je retiens mon souffle. J’étudie cette géographie nouvelle.







